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Magazine Dijon

Hiver 2019/20

 N°81
 
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Une Vie de Charlopin

Rencontre chez Bruno, à Dijon, avec le président de la Saint-Vincent Tournante de Gevrey, une grande gueule comme on les aime.


Philippe Charlopin et Bruno, Chez Bruno © RP
On nous l’avait montré discrètement, au Castel de Très-Girard, dont il semblait être un familier : « le gilet jaune, là-bas, c’est lui, Charlopin ! ». Gilet jaune ? Un vigneron qui porte ce genre de couleur, ça intrigue, forcément. Surtout quelqu’un qui a « réussi », comme on dit par ici. On aurait voulu lui parler à l’époque du Roi Chambertin, début novembre, la fête qui fait accourir chaque année à Gevrey tous les journaleux du vin. Une dégustation où il faut montrer patte blanche et pif rouge pour être invité.
Vu nos délais de parution, on nous a conseillé d’attendre. Bientôt c’est en tant que président qu’on pourrait le rencontrer, à propos d’une fête plus démocratique celle-là : la Saint-Vincent. Un rôle qu’il semblait prendre au sérieux, déjà plus en phase avec l’époque, même si être président aujourd’hui, ce n’est pas mieux qu’être roi hier. L’important c’est de garder la tête froide. Et sur ses épaules de préférence.

Qui a peur de Philippe Charlopin ?

“ Faites gaffe, il a un fichu caractère. Et il n’aime pas les cons ». Connaissant mon interlocuteur, j’ai compris qu’il s’était fait jeter de sa cave. Les gens du vin, même à jeun, faut qu’ils parlent comme Gabin, Blier, Ventura ou d’autres acteurs des années 50-60 ayant eu la chance d’avoir un Audiard comme scénariste.
Du coup, on s’est retrouvé « par hasard » chez Bruno. Une autre grande gueule, qui a ses têtes, lui aussi, mais le montre moins en vieillissant. « Le » Bruno, pour parler comme à Gevrey, c’est un gros nounours qu’on adore, dans le quartier Jean-Jacques. Et du coup, on les a laissés parler tout en dégustant le Bourgogne Côte d’Or apporté par Philippe Charlopin. Une appellation dont on vous parle par ailleurs, car il y avait eu une dégustation à l’aveugle, trois jours plus tôt. À peine plus cher qu’un autre, faut bien payer le nom. “ Mieux vaut prendre un bourgogne générique qu’un grand vigneron », un conseil pour « ceux qui n’ont pas beaucoup de moyens ». Heureusement, il n’y avait pas encore trop de monde au bar, et aucun de ceux qui sortent ici les billets de 100 € roulés en boule dans la poche.
“ Plus le vin est cher, plus il y a de cons qui l’achètent ».
“ Un petit menu chez un grand vaut mieux qu’un grand menu chez un nul », c’est bien connu. Du coup, on a parlé bouffe, en grignotant du jambon et du comté rapportés du Jura le matin même par Bruno, l’homme qui taille la route à l’heure où d’autres filent à la messe, le dimanche matin, et rentre heureux le lundi soir retrouver son bar.

Brêves de comptoir

Retour sur le passé, avec une vocation acquise grâce aux parents, à une époque où « ceux qui gagnaient de l’argent, c’étaient les agriculteurs ». Retour aux années 70, au rugby, au Bordeaux qu’il buvait avec ses potes. « C’était cher ? » « Non, coûteux ! » « Quand tu compares un Bordeaux à 20 balles à un Bourgogne à 20 balles, tu vois la différence », etc, etc… On les écoutait, ces deux-là, complices dans le diagnostic d’une société du vin qui semble toujours les faire marrer...
“ Et la mode du vin nature ? » “ De la merde ! C’est pour les Parisiens, ils boivent ça en terrasse en reniflant les pots d’échappement. » On a un Dingo dans l’équipe qui va apprécier. “ Le terroir qui parle, ça me fait rire, c’est le cul de la vache ».
Bon, tout ça, c’est juste pour dire. Il nous a rassuré sur un point, le roi du Chambertin : dans la future Halle de Gevrey, regroupant boutique, musée, office et oenothèque, on ne va pas se contenter, comme un peu partout aujourd’hui, d’installer une machine à vin distribuant avec un bec verseur le vin au verre prépayé avec une CB. Les 30 vignerons locaux partenaires viendront animer à tour de rôle. Et vous pourrez donc approcher celui que certains Japonais (ils seront présents à la Saint-Vincent) doivent considérer un peu comme un dieu vivant, même si on se garderait bien de le comparer avec le Dalaï-Lama. On a parlé des Japonais, mais on aurait pu citer les Américains. Grave erreur : “ je ne vends pas aux Anglais et aux Américains ».

Rendez-vous à la Saint-Vincent

Inscrivez-vous à un des deux repas organisés dans le cadre de la Saint-Vincent. 1200 personnes attendues chaque soir. Les vrais chiffres. Comme pour les entrées, il préfère rester en dessous pour ne pas faire peur à ceux qui auront à gérer le service d’ordre. De grands vins à goûter, des assemblages réalisés pour l’occasion des 27 premiers crus.
On a continué à parler passé, présent, avenir. De sa mère, qui a 96 ans, de son fils, qui bosse à ses côtés, de son travail d’accoucheur. Il est devenu sérieux, pour mettre l’accent sur l’essentiel, le travail fait sur la vigne : “ j’en suis à ma 45ème vinification, en Bourgogne on peut avoir toujours des surprises, ce n’est pas un truc que tu écris d’avance. On est des gens de la terre, les citadins ne peuvent pas comprendre ça ».
Bruno nous a rassurés : “ non, il ne vous a pas pris pour des cons, il l’aurait dit. » Pas pour des spécialistes non plus, il avait compris. Même Parker lui-même, le critique américain le plus célèbre, il ne l’avait pas pris au sérieux : “ Monsieur Parker, vous ne savez pas goûter ! » On est parti avant qu’il nous fiche à la porte. Même s’il n’était pas chez lui, il en aurait été capable. ■ GB


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