44
Magazine Dijon

Octobre novembre 2010

 N°44
 
Accueil > Les numéros > N°44 > 02 > Soit dit en passant
02

Soit dit en passant Bonjour la mixité Billets de retour (2)


N’étant pas moi-même cheval, je ne vois que peu de raisons de me considérer comme le meilleur ami de l’homme. J’habite généralement un hameau de huit âmes, en Provence, et je considère que ça fait beaucoup trop depuis qu’un voisin est venu me polluer l’horizon avec une cabane en tôle destinée à abriter son 4 x 4 et le quad du gamin. Alors je sais de quoi je parle.

«  Aime ton prochain comme toi-même  », ordonne la Bible. Certes  ; mais en l’occurrence c’est difficile. Et puis ce n’est pas mon prochain qui m’embête  ; c’est mon précédent. Celui qui met dix minutes à démarrer au feu vert. Celle qui raconte sa vie au guichet de la Poste. L’autre qui cherche sa monnaie à la caisse du Leclerc. Et ainsi de suite, en ville surtout, où, pour cause de concentration l’homme devient obstacle à l’homme.
Le prochain est plus supportable, du simple fait que par définition, on le précède. Mais pas toujours  ; des fois c’est un con, le fameux con qui klaxonne parce que tu mets dix secondes pour démarrer au feu vert  ; ça peut créer un fâcheux précédent.

L’autre jour, en revenant à Dijon, je me gare devant chez moi, je découvre un panneau  : construction d’un immeuble HLM de quinze logements. Juste à côté. Un jardin avec un prunier. Ah bon me dis-je. Super. J’aime pas trop les mirabelles  ; mais surtout, la mixité sociale est une chose autrement importante. Un principe sacré. Le fondement d’une société harmonieuse qui s’enrichit de ses différences. D’ailleurs, j’ai toujours voté à gauche. Quand il y eut l’affaire des HLM avenue Victor Hugo, j’approuvais spontanément l’initiative municipale. Des travailleurs sérieux dans ce quartier de bourges  ? Super  ; on y aurait mis les Roms, bon  ; mais là, non. Super. Je me suis même engueulé avec un copain – un vieux réac – qui trouvait ça moins bien sous prétexte qu’il habitait à côté. J’avais des arguments imparables, j’en étais moi-même ému.

Donc, on sort les valises, après quoi je vais mettre la voiture au garage. Dans le garage, il y avait la voiture de ma femme. Pétée par des malfaisants – je dis «  des  » vue la taille de l’engin – à grands coups d’extincteur. Vous voyez les enfoirés  ? Vous saisissez la fragilité des principes  ? Les travaux n’ont même pas commencé, et voilà que déjà on se fait agresser. Qu’est-ce que ce sera quand ils seront là, à bouffer mes prunes  ?

La vérité, je vous la dis  : plus le prochain est proche, plus il est difficile de l’aimer. Au point, parfois, qu’il vaut mieux prendre ses distances avec soi-même. Car si je est un autre, comme disait l’autre, cet autre n’a pas toujours à voir avec moi. On a tous nos contradictions.

Jean Maisonnave


 
 

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | SPIP PUBLICITÉ : 03 80 73 01 15 ou 06 86 86 48 28 - contact@bing-bang-mag.com
BingBang magazine Dijon - Edité par EDIBANG : SARL au capital de 14 400 euros - 52, avenue de Stalingrad - 21000 DIJON - Tél : 03 80 73 01 15 - E-mail : 

Création sites internet Dijon : i-com - Photographic : Photographe publicitaire - Marielys Lorthios Photographe culinaire
Toute reproduction même partielle des articles et des photos interdite. Droits réservés.