79
Magazine Dijon

Été 2019

 N°79
 
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08

par Germain Arfeux

Saulieu son bestiaire, ses restos, ses voitures, ses habitants.


Prenons la bagnole et filons vers Saulieu, puisque c’en est la porte. Quelle cohue ! Je suis toujours étonné, quand j’arrive dans cette ville, d’y trouver une circulation aussi dense. Ça remue, ça vrombit, ça roule de partout. On a toujours l’impression d’y vivre un jour de départ en vacances, pourtant c’est l’ordinaire ici, à cause de la route de Paris. D’ailleurs toute cette agitation ne date pas d’aujourd’hui Déjà pendant l’Antiquité, la via agrippa passait par là et rameutait toute une légion de chars romains. Aujourd’hui ce sont les Parisiens qui défilent. Ça ne change guère. Le bœuf de Pompon les regarde passer, impassible.

Sous une pluie battante (comme dans tous les pays celtiques, le climat du Morvan a des sautes d’humeur), nous nous garons devant chez Loiseau. Le maître des lieux n’y est plus, mais son ris de veau, lui, est toujours bien présent, et continue de régaler les foules. Hélas pour moi, BINGBANG ne m’a pas invité à aller y goûter. Je me rabats donc sur un petit restaurant, à côté, que m’ont conseillé des Morvandiaux : le 7. Je suis d’abord un peu déçu, quand j’y pénètre, par la décoration clinquante des lieux. On les croirait dessinés par Etchebest. Où est la vétusté morvandelle ? Je maugrée un peu, et puis la patronne, très sympathique, me redonne le sourire quand elle m’apporte son fondant de veau, qui porte bien son nom. Un vrai régal. À mon tour de vous recommander l’adresse !
Entrons dans la ville à présent. Dès qu’on en franchit les remparts, l’atmosphère change, du tout au tout. Tout devient calme, lent, désert, désuet : vraiment morvandiau. Même sous la pluie, on parcourt avec plaisir ces petites rues étroites et grises, austères comme le Morvan. Quelques adorables vieilles dames se figent devant les vitrines de boutiques qui n’ont pas changé depuis les années 70. Et pourquoi changeraient-elles ? Dans ce pays, on aime à jouir de l’immuabilité des choses. To all things I prefer the Permanent chantait le poète anglais Samuel Coleridge. Saulieu pourrait en dire autant, cette ville dont le principal café existe depuis déjà deux siècles.

Deux siècles, c’est encore bien court, en comparaison avec la basilique, qui elle, célèbre en ce moment les 900 ans de sa construction. 900 ans bien agités. Au cours de ces neuf siècles, elle a été tour à tour brûlée par les Anglais, pillée par les protestants, frappée par la foudre deux fois ! Les reliques de saint Andoche ne lui ont guère porté bonheur. Dernier fléau en date : les restaurateurs. Ils ont tellement nettoyé l’intérieur de l’église qu’il en a perdu tout son mystère. Il faut à présent se plonger dans ses chapelles basses pour retrouver l’atmosphère sombre et puissamment religieuse des lieux. Qu’importe, je fais confiance au temps pour renoircir tout ça. Et puis, récurés ou pas, les chapiteaux romans de l’église sont toujours des chefs d’œuvre qu’on ne se lasse pas de contempler.
Je lève les yeux. Au-dessus de moi, l’ânesse de Balaam me jette un regard aussi doux que profond, qui me bouleverse. J’y retrouve la même candeur que sur les visages des tombes gallo-romaines exposées au musée de la ville. La même candeur que dans les yeux de l’ours blanc de François Pompon. Elle a parcouru les siècles et même les millénaires. Que peut-elle bien symboliser ? Ce que certains ont cherché à retrouver, mais qu’ici, en Morvan, on n’a jamais égarée.
Quoi donc ? Je pose la question à l’ânesse, qui se tourne vers moi et me souffle la réponse :

- L’éternité. ■


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