44
Magazine Dijon

Octobre novembre 2010

 N°44
 
Accueil > Les numéros > N°44 > 03 > SLOWFOOD
03

Dans la série,
« petites rencontres entre amis des bons produits »

SLOWFOOD Cool, Hype, mais encore ?

Au pays de Musset et de Carême,
l’association ne badine pas avec la bouffe


L’automne sera slow. Un partenariat avec le festival Alimenterre, festival de films documentaires sur les désordres alimentaires mondiaux, qui se tiendra les jeudis à l’Eldo jusqu’au 15 novembre. Un « Terra Madre Day »
le 10 décembre, manifestation internationale qui donnera lieu à Dijon à diverses animations autour de la cuisine sincère et des produits agricoles menacés. Sans oublier les activités pédagogiques ordinaires de l’association, tel fin octobre le célèbre et exemplaire Salone del Gusto de Turin à ce jour la plus passionnante, éducative et festive manifestation qui se fasse au monde autour de l’alimentation, de la production à la consommation.

Ainsi va la vie de Slowfood. Une toute autre vision de la mondialisation, dans la conscience que tout se tient, la disparition d’une cressonnière locale et l’exploitation des ouvriers agricoles brésiliens ; la perte du blé ancien de la vallée de la Saône et les saloperies des lobbys alimentaires. Lentement, Slowfood gagne du terrain dans le monde entier. Partie de rien : le basta de deux-trois piémontais transfuges du PC italien, elle a gagné l’Europe, et maintenant, plus ou moins, 130 pays. En Italie, c’est une force concrète. En Californie aussi. Ailleurs moins, vu les faiblesses structurelles, mais ça avance tout seul parce que le besoin est réel, et le ras-le-bol de plus en plus clair. « On devient ce qu’on mange ». Raison de plus pour ne pas laisser transformer en gogos, au nom de l’universel et souverain pognon qui aspire ouvertement à nous faire avaler n’importe quoi. Il aurait pu se faire que Dijon organise le national salon du Goût. Ça ne s’est pas fait ; c’est la ville de Tours qui en profite. En tout cas cet automne nous a paru propice à une discussion avec la présidente de Slowfood Dijon, Laurence Fermont.

JM : Slowfood, le titre, ça sonne bizarre, non ?
LF : C’est un clin d’œil. Le fondateur, Carlo Petrini n’a pas bien supporté de voir un Mac Do s’installer au beau milieu de la Rome historique. Il fallait réagir. Il a donc lancé un mouvement anti fast food qu’il a tout logiquement intitulé Slowfood. La lenteur d’ailleurs, est une donnée qui nous paraît avoir du sens, celle des saisons par exemple. Nous militons pour les productions proches et saisonnières.
JM : On lit dans votre charte, je résume, que vous voulez une nourriture bonne, propre et juste. Bonne, je vois. Propre, on saisit que ça a trait à la santé. Mais juste ?
LF : Propre, ça veut dire aussi : morale. C’est aussi que la production doit respecter la nature, les lieux, les cycles. Nous appuyons par exemple la production bio, mais pas seulement les modes de production soucieuses de l’environnement. Nous nous préoccupons aussi du producteur, nous voulons qu’il puisse vivre de son travail. Ça, c’est un vrai sujet alors que les agriculteurs, les petits surtout, vivent de plus en plus difficilement de leur travail. Tout le monde le sait, mais ah ! C’est politique. Nous nous en occupons par le petit bout, peut être, mais concrètement.
JM : Exemple ?
LF : Nous participons, avec le soutien de la Région, au collectif « Bourgogne Action Citoyenne OGM ». Nous organisons des rencontres régulières avec les producteurs qui s’attachent à remettre au jour des produits, voire des graines, menacés, quoique bons, parce que pas forcément rentables. Dans l’Yonne le coco de chéu. Mes volailles de race ancienne près de Bligny sur Ouche. Des plantes aromatiques et médicinales à Baume la Roche. A l’échelle nationale, le porc noir de Bigorre qu’on retrouve dans les bons restaurants (et même à Métro, NDLR), il a vraiment failli disparaître. Comme notre seule cressonière, tout près d’ici.
JM : Et juste, alors ?
LF : On y est ! Au fond, l’enjeur majeur de notre action, c’est la souveraineté
alimentaire, qui doit aller de pair avec la biodiversité. Nous nous donnons quatre missions : repérer les producteurs locaux et les produits exceptionnels. Participer à l’événementiel local, comme ce fut le cas avec la BIAC 2007, comme ce sera le cas en novembre (du 6 au 9) dans le cadre du festival des saveurs d’automne, au Jardin des Sciences à Dijon. Travailler à la préservation de la biodiversité, en participant à la création du collectif « Urgence bio 21 », qui veut créer une ceinture maraîchère bio autour de Dijon. Il y a plein de clients pour ça. Et enfin, tout faire pour l’éducation du goût des plus jeunes.
JM : C’est pas gagné.
LF : Non, mais c’est fondamental. C’est la question de la Haute Qualité Alimentaire que défend Slowfood, en oeuvrant avec les structures de restauration collective, à commencer par les cantines scolaires. A Millau, à Bègles, c’est une affaire qui tourne.
JM : Et à Dijon ?
LF : On espère que ça se fera. Pour y aider, nous avons nous-même besoin de nous structurer. Slowfood Dijon, c’est une cinquantaine de personnes, mais comme pas mal d’associations, nous avons besoin de membres actifs, et de temps.
JM : C’est un appel ?
LF : Si vous voulez. C’est plutôt agréable comme travail, non ?
JM : Absolument, et utile. Dernière question :
qu’est ce que c’est le coco de chéu ?
LF : Un haricot.
JM : Comme mot de la fin, on ne pouvait rêver mieux…
Voici comment, partant d’un haricot, on se retrouve à faire de la politique ; ça peut mener loin, la simple attention à ce qui nous nourrit, à tous les sens du verbe. Bien plus loin en tout cas que le gadget pour bobos de pays riches qu’on pourrait voir en Slowfood.


Répondre à cet article

 
 

 RSS 2.0 | Plan du site | SPIP PUBLICITÉ : 03 80 73 01 15 ou 06 86 86 48 28 - contact@bing-bang-mag.com
BingBang magazine Dijon - Edité par EDIBANG : SARL au capital de 14 400 euros - 52, avenue de Stalingrad - 21000 DIJON - Tél : 03 80 73 01 15 - E-mail : 

Création sites internet Dijon : i-com - Photographic : Photographe publicitaire - Marielys Lorthios Photographe culinaire
Toute reproduction même partielle des articles et des photos interdite. Droits réservés.