79
Magazine Dijon

Été 2019

 N°79
 
Accueil > Les numéros > N°79 > 08 > Roc(k)s around the Morvan
08

par Germain Arfeux

Roc(k)s around the Morvan


Vézelay, Saulieu, Saint-Père, Avallon, Autun… Le Morvan possède sans conteste quelques-unes des plus belles églises de France, ornées par les plus grands chefs d’œuvre de la sculpture romane. Mais pour visiter tous ces splendides monuments, vous n’avez pas besoin de moi. Les panneaux routiers vous en indiqueront facilement le chemin. Suivez-les. Vous serez éblouis. Moi, je vous emmène dans des contrées plus secrètes, visiter des monuments plus frustes.

Le Morvan c’est grave et c’est lent. C’est profond. Ça vit au rythme du mouvement du soleil sur les pierres, de l’éclosion des bourgeons dans les arbres et du souffle du vent dans les hauteurs. Ça vibre tout en mystères silencieux. On ne peut pas comprendre ce pays si on le traverse en voiture. Ça file trop vite ces engins-là, pour laisser le temps de sentir les choses intensément. Non, laissons ces machines derrière-nous, délaissons la foule, fuyons tout tourisme ! Prenons plutôt un bâton et mettons nous en marche. Pour connaître ce pays, de façon intime, il faut s’enfoncer dans les solitudes de ses forêts noires. C’est là que se trouvent les rochers du Morvan.
Les rochers, les merveilleux rochers, qui ne passent jamais. Les rochers bruts, granitiques, intailles, sévères, lourds, massifs, reposants, implacables. Le Morvan est parsemé de rochers gigantesques, aux formes féériques, sur lesquels circulent des légendes fascinantes qui sont la vraie poésie des lieux.
En voici quelques-unes, en vrac.
Aux environs de Lacour d’Arcenay par exemple se trouve un rocher qui servait autrefois de billot pour les exécutions. On l’appelle le Perron de la Louise, parce qu’on raconte qu’une fée, la Louise, vient y pratiquer des sacrifices humains. On l’entend d’ailleurs parfois hurler d’une voix stridente lors des nuits de pleine lune.
À Vaumignon, près d’Anost, se dresse ce qu’on appelle le château des fées. Un joueur de vielle vint un soir les écouter chanter, et il trouva tant de charme dans leur chant et dans leur danse, qu’il y puisa assez d’inspiration pour devenir le meilleur musicien du Morvan.
Au sommet du Beuvray, le Theurot de la Vouivre jaillit du sol, comme un monstre jaillit du fond des mers. Ce rocher serait formé par les écailles de ce dragon, qui dort son sommeil sous la terre et garde un antique trésor. C’est au sommet de cette pierre bestiale que Vercingétorix aurait été désigné comme général en chef des armées gauloises, sous les acclamations des Éduens.
Un peu plus loin, au bord d’un petit sentier qui zigzague sur les flancs de la montagne, se trouve le Pas de Saint Martin. Poursuivi par une troupe de Païens qui voulaient le mettre à mort, le saint aurait galopé à toute vitesse sur son âne et, priant Dieu, sa monture aurait frappé le sol avec tant de force qu’elle serait parvenue à s’envoler jusqu’à Larochemillay, sur la colline d’en face. La terre fut si marquée par ce fantastique coup de sabot que l’empreinte en serait restée sur le sol, sous la forme d’un rocher.
Des légendes semblables, il en existe des dizaines, partout dans le pays. Que l’on y croit ou non ne change rien à la valeur de ces sites. Quand gravit les hauteurs de Uchon, et qu’on voit ces totems de pierre se dresser devant les montagnes noires du Morvan et défier le ciel de leur force préhistorique, ou bien quand on voit ces empilements de roches immenses qui forment comme les murailles d’un temple venu d’un âge immémorial, perdu au fin fond de la forêt aux ducs, près de Quarré-les-Tombes, alors on ne se pose plus cette question. On se trouve simplement face à la l’immuabilité de ces colosses minéraux, qui pèsent de toute leur énergie pour demeurer tel pendant des millénaires. On est tout bonnement fasciné par ces formes d’autant plus grandioses qu’elles sont inhumaines. Tout le mystère du Morvan vibre à leur surface de granit, et il nous initie à la vanité des choses éphémères et à la valeur véritable de ce qui ne l’est pas. Comme Vercingétorix, comme saint Martin ou comme le vielleux de Vaumignon, on est alors littéralement propulsé au-dessus de nous-même.
Ceux qui ont marché dans les profondeurs des forêts morvandelles pour débusquer l’un de ces rochers gigantesques pourront comprendre le sens de ces légendes. C’est toute la grâce que je vous souhaite. ■
Bien manger
et bien boire en Morvan

La marche, c’est bien beau, mais ça creuse. Et ça donne soif aussi. Et puis, on ne peut pas prétendre connaître un pays si on n’en a pas goûté les spécialités. Le Morvan ça ne visite pas seulement avec les pieds, mais aussi avec le ventre. Allons donc casser la croûte et vider un godet. Je connais quelques bonnes adresses, et je suis même prêt à vous les refiler. Vous me remercierez quand vous aurez la bouche pleine.
En général, les gastronomes qui visitent le Morvan se rendent à Vézelay, chez Meneau, ou à Saulieu, chez Loiseau. Les plus aventureux vont jusqu’à Quarré-les-Tombes, dont les rues sont emplies d’une bonne odeur de gaufre, et dont les auberges sont si savoureuses qu’elles arracheraient les Quarréens de leurs tombeaux, s’ils n’en étaient pas déjà sortis.
Pourtant, en plein cœur du Morvan, il existe un village moins réputé, gastronomiquement parlant, et qui gagnerait à l’être.
Je veux parler de Duns-les-Places. >>>
Le restaurant le plus fameux ici, c’est l’Auberge ensoleillée. Si vous avez faim, vous êtes bien tombé. Pour bien manger, on y mange bien, et goulument ! Et morvandellement ! Servis sur de grandes tablées familiales : des œufs en meurette, de la tête de veau, du fromage à volonté et des tartes fait-maison tartinées de crème glacée ! Il faut un solide appétit pour terminer tout ça, mais les Morvandiaux n’en manquent pas. Il faut donc tâcher d’être à la hauteur. Et pas question d’en laisser dans l’assiette ! Dany, la patronne, en aurait le cœur brisé. On dévore donc tout ça dans la bonne ambiance générale et on sort de là gavé, ravi… comblé dans tous les sens du terme.
Le repas achevé, on peut avec profit aller faire un saut à l’épicerie du village. Duns-les-Place est isolé, il se terre au fond de la forêt morvandelle. Puisqu’il n’y a pas d’autre commerce à des kilomètres à la ronde, l’échoppe est particulièrement bien approvisionnée, et elle vaut le coup d’œil. Elle tient lieu tout à la fois d’épicerie, de boucherie, de fromagerie, d’horlogerie, de maison de la presse, de buraliste, de librairie et même de casino ! Des tranches de jambon du Morvan voisinent des montres électriques. Un rouleau de boudin noir se tient face à des billets de loterie. Une bouteille de gaz s’achète aussi facilement que des rillettes de porc. Foin des boutiques standardisées, ici la poésie de la rencontre fortuite s’illustre sur chaque rayonnage. 
Et puisqu’on est à Duns-les-Places, on serait bien bête de ne pas aller se prendre un petit digestif au Mont Velin, juste en face de l’église. Le patron est fruste à souhait, le décor bordélique, vieillot, presque fantomatique. Bref, tout y est magnifiquement morvandiau et c’est pourquoi je l’aime autant. C’est l’endroit parfait pour lamper un tord-boyaux en regardant les nuages passer au travers des vitres anciennes.
La meilleure adresse de tout le Morvan, pour boire un coup, ce n’est pas à Duns-les-Places qu’on la trouve, mais à Lacour d’Arcenay, dans un endroit presque secret : chez Mado ! Voilà plus de 30 ans que la patronne est derrière son comptoir, tous les jours de la semaine. Ici, on est reçu comme à la maison, et ce n’est pas une image : on est à la maison, celle de Madeleine. Dans la salle à manger précisément, qu’elle a aménagée en bistrot. La cuisine est juste derrière, on l’aperçoit derrière une petite porte. La toile est bien cirée, le fornica luit, le carrelage étincèle : tout est nickel. Sur les murs, une tête de sanglier empaillée voisine une assiette peinte avec des dauphins bleus et un arrosoir Ricard. Le décor est en place. Rien ne dénote. Tout est parfait. Au comptoir, tous les chasseurs du village sont là, qui vous roulent des R jusqu’à vous en donner le tournis. L’âme du Morvan n’est pas seulement au fond des bois, sur ses grands rochers noirs, elle est aussi chez Mado, assurément ! ■


Répondre à cet article

 
 

 RSS 2.0 | Plan du site | SPIP PUBLICITÉ : 03 80 73 01 15 ou 06 86 86 48 28 - contact@bing-bang-mag.com
BingBang magazine Dijon - Edité par EDIBANG : SARL au capital de 14 400 euros - 52, avenue de Stalingrad - 21000 DIJON - Tél : 03 80 73 01 15 - E-mail : 

Création sites internet Dijon : i-com - Photographic : Photographe publicitaire - Marielys Lorthios Photographe culinaire
Toute reproduction même partielle des articles et des photos interdite. Droits réservés.