70
Magazine Dijon

Printemps 2017

 N°70
 
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05

Rencontre avec Adrien Huguet un attaché parlementaire dans « LR » du temps.

À 24 ans, ce garçon pressé – ancien serveur devenu serviteur de la nation – n’a perdu ni son humour ni sa confiance dans la vie politique.


Adrien Huguet
On l’avait laissé Place de la Libération, à la fin de l’été 2016, avec le tablier mal ajusté du serveur qui n’est là que pour la saison, voire pour seulement quelques semaines. C’est sur cette même place que nous l’avons retrouvé pour préparer ce portrait d’un jeune loup, affamé certes mais « sans avoir les dents trop longues ».
Car Adrien Huguet n’est pas un attaché parlementaire comme les autres. Attachant, et pas détaché de tout. Pas fictif pour un sou (ni pour 10.000 par mois), parmi les plus proches collaborateurs d’un député Républicain qui embauche lui-même son épouse.
L’affaire Pénélope ? Il n’en a que faire, et nous le dit franchement, même si c’est ce qui nous a amené à le revoir. Et gare à ceux qui l’interrogent sur l’emploi de la femme de son patron : « Chantal travaille comme tout le monde, et cela est connu et apprécié. Ceux qui veulent mettre en cause mes collègues me verront toujours les défendre et apporter la preuve d’une équipe pleinement engagée et motivée ». On sent celui qui n’a pas besoin d’être formellement à la tête d’une équipe pour la défendre.

À quoi rêvent les attachés parlementaires

Mais lui, concrètement, que fait-il, pour son député-maire, son « Boss », comme il se plaît à l’appeler en référence aux séries télé politiques dont il raffole ?
« Je gère autant la communication que le travail législatif. Mon boulot : décortiquer les projets de loi et piloter l’équipe, gérer les relations avec la presse et m’assurer que chaque habitant du territoire a reçu une réponse utile de la part du député… » On comprend que les missions sont vastes pour cet attaché parlementaire qui se décrit volontiers comme un « couteau-suisse » de Rémi Delatte dont il ne peut s’empêcher de parler… en bien, naturellement. Rien d’un second couteau, cependant, il n’a pas la carrure de garde du corps. Avant de parler de son avenir à lui, on s’attarde donc sur la rencontre entre ce jeune collaborateur ambitieux et son patron qui, député depuis 7 ans, ne cherchait pas forcément un collaborateur nouveau.« Comme beaucoup de politiques, j’ai commencé comme délégué de classe ». Fayot ? Même pas. Avec la même ironie, il poursuit : « Mais comme on vise toujours le mandat au-dessus, j’intègre en 2014 l’équipe municipale à Saint-Apollinaire » où Adrien assume un temps la délégation à la Communication. Il se braque lorsqu’on lui demande pourquoi il est redevenu entre temps simple Conseiller Municipal. Langue de bois (une matière qu’on apprend vite en politique) oblige, il nous répond qu’il a demandé à Rémi Delatte de lui laisser du temps pour finir ses études. En « off » comme on dit, il nous confiera avoir voulu se concentrer de manière privilégiée sur le travail parlementaire avant de revenir plus fortement sur Saint-Apollinaire dans quelques temps.

Représentant d’une génération qui peine à s’engager en politique

Mais que fait un jeune de 24 ans en politique, collaborateur parlementaire et élu municipal, alors que tant de ses amis terminent leurs études ou entament une vie professionnelle faite de passions et de voyages ? On a cherché à savoir ce qu’il pensait apporter comme représentant d’une génération qui peine à s’engager en politique.
« Les jeunes ne s’engagent pas moins qu’avant. Ils le font plus pour des causes que pour des partis, tout simplement ». Et lui, quelles sont les causes qui le font se lever chaque matin ? L’intérêt général ? Même les vieux briscards de la politique sont capables de nous le sortir ! Lui préfère nous parler de la philosophie avec laquelle il aborde ses métiers et mandats. « Surtout, ne pas être blasé, résigné. Garder une capacité d’indignation comme d’émerveillement. » Il en profite, en bon ambassadeur, pour citer son patron : « Pour faire de la politique, au-delà d’avoir du temps, il faut aimer les gens ». Aimer les gens ? « C’est les comprendre. Pas se grimer pour leur ressembler coûte que coûte, mais savoir ce qu’ils vivent et y apporter une réponse qui ne soit ni décevante ni méprisante ».
Et lui, que vit-il, ou qu’a-t-il vécu ? Quand on l’interroge sur son enfance, sur ce qu’un gamin de 24 ans peut porter comme héritage spirituel, il se redresse. La fierté d’un jeune Lion né un jour d’août 1992, dont l’histoire est aussi attachante qu’imperceptible. Vraiment ? « Chaque responsable politique a connu une blessure. C’est ce qui permet de supporter la dureté de la politique en visant un objectif qui le dépasse : le bien de tous les autres ». Sa blessure à lui ? Il ne s’épanchera pas là-dessus. Au-delà de parents partis très tôt, et un frère perdu tragiquement à l’âge où l’on viendrait pourtant quémander ses conseils pour devenir grand, il confiera simplement : « J’ai été élevé par une famille d’accueil aimante et attachée aux plus beaux principes de la vie. J’y ai acquis une attention particulière à deux choses : la justice et la justesse ».

Ni enfant de chœur, ni enfant de cour

Des principes que l’on retrouve dans son action politique ? « Je ne suis pas un enfant de chœur, et j’ai découvert très tôt que la politique était sans pitié pour ceux qui s’avançaient sans défense ». Et la justice dans tout ça ? La justesse ?
Il nous explique qu’il sait faire la différence entre ce que nécessite la conquête du pouvoir et ce qui guide son exercice. On profite d’un moment de silence pour le relancer : un jeune de 24 ans, il apporte quoi en politique ?
« Je revendique la nuance, la complexité ». Où il disserte sur son regret d’avoir vu son propre parti s’opposer au Mariage pour Tous alors qu’il n’avait pas tenu sa promesse d’une union civile, ou ses réticences à citer tel ou tel nom juste pour faire siffler une salle.
« Et puis la politique, c’est un métier ». Voilà, le mot est lâché. Et si, finalement, la jeunesse en politique, était plus une façon d’assumer des pratiques que de les condamner ? « Il y a 3 ans, je ne connaissais rien sur certains sujets. Et dans 5 ans, je serai plus capable qu’aujourd’hui de régler certains problèmes La politique est un travail qui prend du temps et nécessite une formation continue, ne serait-ce que pour ne pas finir déconnecté ».
Une attitude un peu décomplexée qui nous a amené à lui poser la question classique mais non dénuée de fondement : et si, dans quelques années, on le retrouvait en face, dans ce Palais des Ducs si convoité à droite comme à gauche ? En bon politique, il nous répond que rien n’est défini mais qu’il est encore en apprentissage. Et que Saint-Apollinaire reste la ville où il veut s’engager et où il a déjà beaucoup de projets à mettre en œuvre.
Mais Bing Bang lui reposera bien un jour la question…
■ Anne Onyme


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