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Magazine Dijon

Hiver 2014 2015

 N°61
 
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02

La chronique du mégalo

Moi contribuable par Jean-Guillaume Dufour

Contribuable, quelle est ta gloire ?

Moi, a posteriori, ma gloire, c’aurait été de ne pas être contribuable, justement, seulement voilà, pour embrasser une carrière dans l’illégal, faut avoir plaisir à sursauter à chaque coup de sonnette ou à chaque fois que l’on croise un type en bleu avec képi et menottes au côté, c’est donc plutôt du domaine de la vocation que de la carrière. Or moi, ma seule véritable vocation, ce serait gagnant de l’Euro Millions, héritier, rentier ou quelque chose d’approchant. J’attends les propositions à ces sujets, je suis très ouvert, géographiquement mobile, libéré des obligations militaires, disponible de suite, écrivez au journal qui transmettra.


attablé avec François Hollande

Devinez qui vient dîner chez moi !

Pour en revenir à cette histoire de contribuable, j’ai décidé de réduire mes impôts et pour cela, je prends à ma charge une dépense publique en nourrissant le temps d’un repas le Président de la France ! Autant dire que le coût du père François, c’est pour moi !

Attention, Président ou pas, pas question de lui sortir le classique foie-gras-homard-truffes-grands crus-champagne, que nenni, d’une part ça lui rappellerait le bureau, d’autre part, ça c’est réservé à mes copains, et encore, les meilleurs !

Je l’invite donc dans un de mes restaurants, dans le 14ème, le plus populaire, là où s’est tourné “Coup de tête” (faut dire que Patrick Dewaere habitait à trois rues de là !), Les Tontons que ça s’appelle, comme quoi on reste dans le cinoche.

Attention, pas question de le planquer, le Président, c’est un p’tit bistrot, sans prétention gastronomique, pas de salons privés façon Drouant, ni de paravent ou table discrète. Va falloir commencer par passer devant le bar et là, attention, on n’est pas à la buvette de l’Assemblée, on trouve pas que du col blanc, on trouve du sans-col et du sans-dent. Tiens ce serait cocasse qu’il croise Ben, le François. Ben, pas loin de 60 ans, ancien légionnaire devenu déménageur et un peu décorateur d’intérieur. Je veux dire par là qu’il se décore l’intérieur dans les tons jaunes. Sa tendance à lui, c’est 40 Ricard et un bon paquet de Gitanes par jour. Autant dire qu’il est armé pour des analyses politiques empreintes d’une finesse rare pour qui a fait des études d’orthophoniste option apéro et post-apéro.

Dans le genre, y’a aussi Noureddine, pas vraiment islamiste, plutôt tendance martyre, commando-suicide, prêt à se faire péter le foie avec une ceinture, comme lui, bourrée de Kir. Et Pierrot qui me fait ses 50l de bière par semaine, parce qu’il ne vient pas le week-end : il habite loin, alors il va vers chez lui en banlieue pour faire la fête vu que c’est le week-end.

J’aimerais bien organiser un débat, ça serait pas un échantillon représentatif, mais en même temps, ça pourrait voler haut, le Pierrot un jour qu’il était en veine de réflexion, il m’a quand même dit : Moi dans ma vie, j’ai plus cuvé que vécu !

Le café du Tonton !

Ils seraient largués les Duhamel, Chabot, Aphatie et consorts, à l’ouest ! En revanche, derrière les écrans ça rigolerait, ça comprendrait, pas un pour parler de populisme, de politique politicienne ou de petites phrases. On serait dans le vif du sujet, au cœur de l’agora, au milieu de la cité, bref d’après nos dirigeants, le dernier endroit pour faire de la politique, tu penses, tu tombes toujours sur le peuple, tu peux rien faire !
 

Qu’y z’aillent pas me le lyncher quand même, le Président de la France, on n’en a pas de rechange c’est le moins qu’on puisse dire, pis surtout j’ai pas vocation à devenir un lieu historique, façon café du Croissant, parce que dans le cas présent, y’aurait pas lerche de pèlerins à servir rapport à sa popularité, je préfèrerais une apparition de la Vierge, ça c’est du solide, ça dure dans le temps, deux statues, une bougie et t’as un sanctuaire ! Plus qu’à vendre de la médaille miraculeuse, de la carte postale, du cierge béni et l’affaire est dans le sac !
Donc faut travailler dans le suave : léger apéro un tantinet distingué, un Martini Gin, ou un Lillet, genre qui a ses habitudes dans des lieux un peu plus distingués, mais dans les bistrots quand même, le petit peuple, faut lui ressembler mais l’éblouir un peu, qu’il sente qu’il a face à lui un être un peu supérieur. La réussite d’un génie ça se comprend, celle d’un tocard comme nous, c’est insupportable et inexcusable !

Moi Président... tu te souviens !

Après l’apéro, on passe à table, on tient les gens de sécurité à distance, et on commande une bricole de charcuterie pour démarrer. Mon fournisseur est un artisan corrézien, un voisin, presque un compatriote me dit le lunetté qui est d’ailleurs né à Rouen. Ensuite on donne dans le normal, en cette fin d’automne, un plat de saison, une Morteau aux lentilles, je remarque que mon commensal est peu bavard, il est plutôt concentré sur la bouffe, j’aime autant, des fois qu’il lui vienne l’idée de se lancer dans des grands discours, qu’il me parle de la Morteau, j’aimerais éviter les envolées du genre : “Mon ennemi c’est la tête de veau !” ou encore, “Moi Président, ce sera fromage et dessert !”, des déclarations historiques, des caprices, des choses qui s’oublient vite… Faut dire aussi que j’ai pas grand-chose à lui dire à ce gazier, je le connais pas, c’est pas un habitué, même pas un gars du quartier, juste un prétexte fiscal.
Paraît que c’est aussi ce que disent les gars qui passent les frontières pour de lumineuses raisons financières.
En dessert, pour lui c’est île flottante, et pour moi crème caramel (genre Flamby mais maison, vous voyez l’aspect opposant de mon choix, ça c’est un acte politique !), on donne vraiment dans l’ultra-classique, moi c’est ça qui me plaît, manger comme si j’étais chez ma grand-mère, le reste, c’est de la foutaise, sauf à aller chez les très grands, mais malheureusement, à cause de gens que je ne citerai pas, pour éviter les redites, on n’a pas les moyens.
Je tente quand même de me voter un amendement, je déclare au Président que je songe à signer un accord fiscal avec le gouvernement luxembourgeois, histoire de prouver que je ne suis pas plus con que les dirigeants d’entreprises du CAC 40 et autres multinationales.
Il sourit, l’insolent ! J’ai l’impression qu’il ne me croit pas ! Limite qu’il se moque !
En même temps, il a pas tort, moi non plus je le crois pas, moi aussi je me moque, c’est ma seule force. La grosse différence, je vais vous la dire, c’est qu’il ne me fait pas toujours sourire. Et perdre le sourire, c’est plus grave que de perdre la face !


 
 

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