66
Magazine Dijon

Printemps 2016

 N°66
 
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06

par Jean-Guillaume Dufour

Moi Titine Ducomté, mère maquerelle La chronique du mégalo


Jean-Guillaume Dufour

Dans le port du canal Y’a des marins qui boivent A la péniche Cancale Et qui ressortent bancals

Et pis après, c’est où la prochaine étape de la bordée, qu’ils disaient ? Y’aurait-y un lieu de délassement et d’assouvissement des sens digne de ce nom pour la finir ? En bon français, un claque, un bric, une maison, un bobinard, un clandé, un bouic, une taule…
Apparemment, ce genre d’endroit se fait rare, mon pote. Et je comptabilise pas les bars à bouchonneuses ou les serveuses montantes, ni les boîtes à cul où tu dois amener ta propre femme pour qu’elle se fasse consommer par les autres, nan nan nan, je parle d’un vrai claque officiel et contrôlé. D’après moi, dans toute notre bonne région, la proportion des maisons existantes est proche de celle des alligators dans le Doubs ou d’honnêtes gens dans une assemblée élue au suffrage universel.
Alors, comment qu’y font tous ces marins de Besançon, Port-Lesné, Saint-Jean de Losne, Seurre ? Et ben ils viennent jusque dans nos bras honorer nos filles et nos compagnes ! C’est un facteur de désordre et de mauvais sommeil, pis en plus moi j’ai pas de fille, non vraiment faut songer à reformer des corps de professionnelles dans notre bon Ducomté burgonde.
T’imagines tout de suite l’effet sur l’attractivité du territoire, la hausse du nombre de nuitées, sans compter l’emploi. Et l’emploi des jeunes et l’emploi des femmes ! On a des professeurs de première bourre, si je puis m’permettre, j’verrais bien un DSK en chargé de mission auprès du Conseil Régional (en plus faut aider les repris de justice !). Il nous embaucherait un Dodo la Saumure comme directeur du CFA et responsable de la scolarité dans la section d’apprentissage au plus vieux métier du monde.

Politique municipale au petit poil !

Tels que je les connais, les politiques, à vouloir rebaptiser le métier, j’les vois d’ici nous proposer une section d’Altruisme Corporel à Vocation Soulageante, de Générosité Physique à l’Altérité (la fameuse GPA). Pour les diplômes, on aurait le choix : Agents de Soulagement Corporel ou Adjointes de Plaisir à Vocation Professionnelle ou encore, mais il leur faudrait pour cela un peu d’humour, Techniciennes de Braguettes et de Surfaces Erogènes ou Expertes en Pucelagectomie.
Moi, de mon temps, on les appelait les écrémeuses, ou bien les escaladeuses ou encore les sujets, les pensionnaires, les turfs, les gagneuses, les catiches…Tout ça avait une autre saveur, une poésie, on n’était pas dans la nomenclature administrative, ni dans la langue de bois ; d’ailleurs, avec une langue de bois, impossible de faire carrière dans la fesse. Les portes du Sphinx, du Monocle, du Panier Fleuri ou du One to One se fermaient tout de suite. Du coup, fini le confort des maisons, on se retrouvait à l’abattage, au tapin avec sa kyrielle de mabouls, de dangereux, d’incontrôlables, sans compter les intempéries, les julots impitoyables, les frais et l’absence de confort. C’est quand même plus simple de rester propre et en bonne santé avec une visite médicale par semaine. Quand la taulière disait : « Ninon, faudra mettre des serviettes propres et une savonnette à la 12, on attend Monsieur le Préfet, c’est son jour ! », c’était mieux que de se contenter du bidet qui fuit dans la chambrette de l’hôtel du Morpion Furibond où ces demoiselles épongeaient leurs clilles. Je ne te parle même pas des pratiques actuelles au fond des camionnettes dans des forêts pas sûres et sans eau courante !
Des conditions de travail déplorables, des conditions d’accueil du client de plus en plus précaires, conclusion : un secteur entier de l’économie que l’on laisse à l’abandon. Du coup, c’est la porte ouverte à la main d’œuvre étrangère peu qualifiée, sous-payée, souvent clandestine et forcée, et c’est encore un métier qui disparaît ! Un beau et utile métier manuel.

Un quartier Rouge à Dijon et Besançon !

Moi, c’est décidé, je sauve le patrimoine, j’en rouvre des établissements, un à Dijon, un à Besançon et j’me fais maquerelle ! Ne me dis pas qu’avec un pont Charles deux gaules et une avenue Gaulard, y’a pas de la place pour une gentille institution avec possibilité de payer en Francs suisses pour attirer le touriste d’outre-Morteau, carte de fidélité, newsletter, page Facebook, compte Twitter, community management et tout l’toutim ! Je l’appelle Au Bisontin allégé, ou le Franc-Comtois Réjoui ou alors A l’Essoreuse Jurassienne, et que je te détaille le catalogue. D’ailleurs, tu sais quoi, je fais une chaîne nationale, je te loue l’Alhambra à Dijon et je te refais la même : A l’Essoreuse Bourguignonne, je te reçois tout le gratin du monde des affaires et de la politique locale, je me fais déclarer d’utilité publique et les prestations que je facture donnent droit à des déductions d’impôts !
Le catalogue, version papier et électronique avec le détail des prestations, la Pirouette malgache, le Laboureur et ses filles, le Tourniquet burgonde, la Sarabande comtoise, le Doigt perdu, l’Ouvrière de Saint-Claude, les Ronds de flan et la Gélatine fondante, sans oublier la Sagaie du Papou, le Glaive vengeur et l’Haroun Tazieff autrement nommée le Trou qui fume, et j’te cite pas tout !
Pas bête ça, l’Alhambra, c’est central, à deux pas du Conseil Régional et vu qu’ils ont, dans un contexte budgétaire très serré, réussi à n’augmenter que de 12 % les indemnités des élus, devrait y avoir de la place dans leurs budgets pour venir rendre visite à mes petits sujets, à Eugénie dite Le Crêt de la Neige, à mes jumelles qu’on appelle Les Rousses, à Jessica surnommée le Grand Cru, à Kimberley surnommée Kimbeurre, à Marie-Sixtine surnommée la Baronne, à Jean-Charles, surnommé Jeanc… et à tous les autres. Et pis, mon nom de scène, faudrait pas l’oublier, un genre de marque, un truc qui fait l’union entre Besançon et Dijon, Titine Ducomté, ça claque (c’est le cas de le dire !).

Femme, femme, femme

Le seul truc qui pourrait faire de l’ombre à ce beau projet de création d’entreprise, c’est la féminisation de la vie politique, c’est un drame pour les honnêtes artisans comme moi.
Fut une époque où c’était facile et compréhensible, les gars partaient au boulot pour gagner de quoi traîner au claque, ensuite ils se mariaient et leur femme allait à la messe, ils lui cloquaient quelques marmots à la va-vite, de nuit, toutes lumières éteintes pour être sûr de pas filer de mauvaises habitudes à leur rombière et de leur filer du boulot avec les chiards à élever. Du coup, son temps libre, le gars, il le passait au claque avec ses poteaux. Pas très parité, tout ça, mais bien lisible.
Aujourd’hui, avec les nouvelles femmes qu’on a, c’est pas possible. D’abord, elles veulent que toi aussi t’allaites le petit, mais aussi que l’énergie que tu réservais aux petits sujets de Mme Reine, tu leur consacres et que tu sois performant encore et que sinon, c’est elles qui vont au claque. Sauf que ça s’appelle pas comme ça aujourd’hui, ça s’appelle un site de rencontres et ça leur rapporte rien aux nanas, si ce n’est le fallacieux sentiment d’être libres, et seules et dépendantes d’une machine pour assouvir leurs besoins.
Finalement sont pas beaucoup plus intelligentes que nous non ?
Moi je m’en vais te repeindre les centres-villes en rouge, en rouge vif, comme le quartier d’Amsterdam du même nom, j’en veux de la vitrine éclairée la nuit, sinon y serviraient à quoi les tram, si c’est pas pour amener le client à la porte de mes taules ! J’vais te les meubler moi, et vite fait, les magasins vides, un plumard, un rideau un bidet et l’affaire est dans le sac. J’en veux du pain de fesse, j’vais en croquer, j’vais m’sortir de la crise et te les créer les quartiers rouges ! A Amsterdam, à Hambourg et ailleurs, ils peuvent commencer à se reconvertir dans le chapelet ou dans l’imagerie sainte, maintenant le chaud du chaud, c’est chez Titine, c’est Besançon-Dijon l’axe du vice !


 
 

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