59
Magazine Dijon

été 2014

 N°59
 
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03

La chronique du mégalo

Moi Président de Franche-Bourgogne

J’étais seul, recueilli, mes cheveux teints nimbés de lumière, à genoux sur l’épais coussin de velours rouge et or posé à même les dalles de Saint-Bénigne ornée pour l’occasion de dais d’or, les grandes orgues ronflaient, crachant avec magnificence le Te Deum... La foule assemblée dans la cathédrale était elle-même recueillie, touchée par la grâce divine que les vitraux semblaient filtrer et distribuer avec douceur à l’ensemble de ma cour.


Le sacre du Président de Franche-Bourgogne

Mon Rebsamen, mon vassal le plus dévoué, était éperdu d’admiration pour ma personne couronnée, et lorgnait mon manteau pourpre orné de brocart et d’hermine. Le Pape lui-même avait fait le déplacement. Je lui avait demandé d’annuler mon précédent mariage pour tous avec René, ce qu’il avait refusé à mon grand étonnement. Je lui ai promis qu’il serait choisi pour célébrer mon nouveau mariage avec Kimberley (entre temps René était devenu Kimberley), il a donc accepté.

On m’oint, on m’encense, on me couronne, le Pape me relève, baise mon anneau, je me retourne vers mes gens, ils tombent tous à genoux de saisissement, prient Dieu à haute voix, on crie au miracle, des femmes s’évanouissent, les hommes semblent ébranlés, livides, balbutiants, l’assemblée m’acclame, le Pape lui-même est à genoux en oraison, le regard perdu vers l’immensité des voûtes, songez que je suis en train de pleurer des larmes de moutarde et de cancoillotte en même temps !


Je suis content, j’avais demandé à mon maître de protocole une petite cérémonie toute simple, un tout petit peu solennelle, peut-être est-il allé un peu loin avec ces larmes ?




Alléluia, en ce jour mes frères Alléluia, Dieu est grand qui a permis mon couronnement, à moi Steevie Gold Premium, Président de la région de la Franche Bourgogne.

Me voici investi du pouvoir divin, ma personne est sacrée, je guéris les écrouelles par simple imposition des mains, je provoque aussi des écrouelles par simple envoi des feuilles d’imposition locales, j’arrête les tramways sur simple décret, je boute le Suisse vers ses cantons, chacune de mes visites dans les bonnes villes de ma région donne lieu à des réjouissances de plusieurs jours durant lesquelles la Préfecture nourrit les gueux et les dispense de travail, comme faisaient les Conseils Généraux dans les temps obscurantistes où ils existaient.

Il y a de nombreux tableaux peints par les peintres de ma cour qui en attestent, ainsi le tryptique peint par Touffik l’Ancien à l’aéro de l’Arrivée du Président en sa bonne ville de Dole est déjà célébré par tous, le contraste de ma litière portée par vingt-huit chômeurs et précédée de mes quarante-deux pages défilant devant les usines Peugeot (devant lesquelles se tenaient en rang les ouvriers chinois !) fait partie du patrimoine culturel. Il en va de même pour mes DJ de cour, Kevin Rameau et son mix Les Indes trop trop Galantes est déjà dans toutes les discothèques, ainsi que ses Mottets de Ta Race. Je suis l’inventeur, promoteur et soutien du Baroque’n’B, je vais vous faire une confidence, Jack Lang m’adore, c’est une véritable référence non ?

J’ai aussi engagé MC Brandon pour taguer un peu ma résidence, c’est sur les conseils de mon hérault en communication qui souhaitait, pour complaire aux gazettes je crois et je cite Jason de mémoire, « Claquer un ouc de djeunes sur la téci présidentielle. », ainsi chacun peut voir en passant place Moi-Même (je l’ai rebaptisée, c’était plus simple) ces merveilles graphiques que sont les signatures violet et argent de MC Brandon - qui signe, quel génie « MC B » ou « Fuck U toi-même » - s’étaler jusqu’au sommet de la Tour de Bar ! Ça c’est exclusif, personne n’y avait pensé avant moi, pas le plus petit tag sur Buckingham, rien sur le Kremlin ou la maison Blanche, même mon cousin Momo II qui règne sur la modeste région Ile-de-France-Région Centre-Normandie-Picardie et qui ne se déplace qu’avec des Nike entièrement en or, n’y a pas pensé, Versailles, pas un graf, trop la teuhon comme dit Jason.

Alors bien sûr, il a fallu faire un peu de place au Palais, virer le bourgmestre et les échevins, je leur ai trouvé un endroit très bien, Grésilles, c’est là-bas qu’ils administrent, sous mon contrôle, la bonne ville, de plus je leur ai interdit de partir à Paris, dites-moi donc ce que l’on peut y faire pour administrer sa ville ? Faire le ministre tout au plus, donc rien de bon.

De plus j’avais besoin d’une belle chambre, le bureau du margrave fait l’affaire, songez qu’au petit coucher d’hier, plus de quatre cents courtisans dont certains sont venus à pied par le train-qui-ne-peut-pas-toujours-entrer-dans-les-gares depuis la Nièvre, et d’autres de Belfort ou de Beaume-les-Dames.

Et puis il y a la diplomatie, j’ai nommé mes ambassadeurs, mais attention, pas partout, tout de même, on a son quant-à-soi. En Afrique, aucun, en Asie, aucun, en Océanie, aucun, aux Amériques, aucun, mais un à Jersey, un en Suisse, un au Luxembourg, un aux Iles Caïman, un au Liechtenchtein, un à Monaco et stop fini. Moi j’ai retenu la leçon, je ne veux d’ambassadeurs qu’aux Paradis, et les meilleurs paradis comme les chevaux sont fiscaux.

Bien sûr on a dissout les départements, c’était mesquin, minuscule, coûteux, et puis on ne peut pas avoir trop de palais dans ma capitale, les miens (celui d’hiver Place Moi-Même, et celui d’été que j’ai fait construire à Chenôve, au beau mitan du mail, par le même architecte que celui qui a construit la tour Kennedy). Ce palais d’été est ma fierté, ma pyramide, mon Sam’suffit.

Hier, j’ai été élu le Président le plus moderne de France, le plus représentatif de son époque, le plus populaire par un jury de référence, composé, tenez-vous bien, des membres du jury de Miss France, de ceux des émissions de chansons, et surtout des abonnés de Facebook et Twitter, la crème de la crème, l’élite intellectuelle mondialisée !

La classe totale, pas un de ces jurés ne sait écrire sans faute (sauf un qui n’a fait que deux fautes à la dictée de Pivot, l’une à dictée, l’autre à Pivot), pas un ne sait parler sans barbarisme, pas un n’a lu plus de deux livres dans sa vie dont un de PPDA et pas un ne saurait vivre sans connexion plus de quinze minutes, car il envoie 6 messages à l’heure, 4 photos et 8 twitts, tous totalement dénués d’intérêt (son message favori est « Trop bo !!! »), le rêve absolu, la consécration ultime, la plus haute distinction, c’est eux qui me l’ont accordée, du coup 28 428 like de plus sur mon statut Facebook et j’arrive à presque 428 000 followers sur Twitter ! Si ce n’est pas une réussite cette réforme, c’est quoi ?


 
 

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