62
Magazine Dijon

Printemps 2015

 N°62
 
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10

par Jean-Guillaume Dufour

Moi Dijonnais La chronique du mégalo

... Il en dit quoi le lecteur ? Il dit que c’est un peu court, que c’est un peu nul, que ça manque de relief, qu’on est loin des envolées qui ont fait le succès, que dis-je, la gloire de cette rubrique. Seulement voilà, moi on m’a demandé de parler de Dijon et du Dijonnais, j’ai donc repris mes archives, regardé autour de moi et un peu dans mon miroir, un vrai travail d’enquête, une plongée au cœur du terrain, et tout à coup on se rend compte que le dossier n’est pas bien profond, on flirte avec le pédiluve, on est loin des grands fonds !


Dijon ? J’y suis né c’est tout dire. J’y ai fait des études (brillantes cela va de soi),
j’y suis sorti (très tard, cela va de soi), j’y ai traîné (des heures en terrasse du Carillon, cela va de soi), j’y habite (un hôtel particulier, cela va de soi), j’y travaille (médecin, notaire, pharmacien ou avocat, cela va de soi), je m’y ennuie (malgré mes maîtresses, cela va de soi), j’y investis (dans l’immobilier, cela va de soi), j’y mourrai (enterré par Meurdra, cela va de soi). Voilà fin de l’article, pour une fois que je réussis à faire concis, précis, pertinent, je crois que c’est le moment idéal pour demander une augmentation, il est content le patron,
et le lecteur, il en dit quoi ?...

En terrasse avec Jean-Guillaume Dufour

Pourquoi du Bellay n’était pas Dijonnais ?

Heureux qui, Dijonnais, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy qui conquit la toison d’or

Et puis est retourné, plein d’usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste en Côte d’Or !

Quand reverrai-je, hélas, de ma jolie Dijon

Fumer les cheminées, et en quelle saison

Reverrai-je la Chouette et le Palais des Ducs,

Qui m’est une province, que j’emmène en voyage ?

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,

Que des palais Romains le front audacieux,

Plus que le marbre me plaît la tuile vernissée :

Plus ma Saône grivoise, que le Tibre latin,

Plus ma place D’Arcy, que le mont Palatin,

Et plus que l’air marin, la doulceur dijonnaise.

Seulement pour écrire un tel sonnet, encore faut-il être parti, et même faut-il être loin. Alors partez, partez tous, foutez-moi le camp tous, tout de suite, prenez le temps d’être absents, ne revenez que quand vous n’en pouvez plus d’être loin. Voilà, c’est dit, dorénavant, je n’adresserai plus la parole à quiconque n’a pas passé au moins deux ans (c’est pas énorme deux ans) hors de Dijon. C’est le seul moyen de créer des courants d’air, ces va et vient, et les courants d’air, c’est quand même ça qui régénère l’air, c’est pas les calfeutrages on est bien d’accord. Le Rebs, il l’a bien compris, il est parti le bougre, et sous quel prétexte ? Ministre !!! Vous y avez cru plus d’une minute ? Non, évidemment, alors vous attendez quoi, allez faire ministre, journaliste, chercheur de truffes, n’importe quoi, mais allez voir ailleurs comment ça se passe ! Vous verrez, ça fait du bien, et en plus on est content de revenir. Pas la peine de me montrer du doigt, comme on dit chez M. Meuble, vous prêchez un convertible ! J’ai passé plus de 15 ans hors la ville. J’ai même pas attrapé de maladies ou pas beaucoup, j’ai bu d’autres vins sans séquelle, j’ai mangé des trucs pas bons, ça m’a fait comprendre ce qui était bon, ce qui me manquait, et du coup, de retour à Dijon, je ne vois plus que l’essentiel, je ne vais que droit au but, pas de restau à la con où il faudrait mieux manger le décor que ce qui est dans l’assiette, plus de discussions avec les commerçants qui ne sont pas accueillants, des claques, de la rééducation, la fessée pédagogique, thérapeutique. Plus un sou, embargo, blocus, bannissement, indignité !!!

Debout Dijonnais, boutons le commerçant félon, le chef de service (dés)appointé ou l’entrepreneur rentier qui croit pouvoir compter sur le travail des générations précédentes pour ne pas avoir à travailler !
Aux armes Dijonnais, boutons hors de nos bistrots l’encroûté chronique qui répond invariablement « Rien » à l’inévitable question « Quoi de neuf ? », à grands coups de pompes où vous voulez, mais dehors !

Formons nos bataillons contre les vendeurs de rien, en vrac : tout ce qui se livre et fait qu’aller manger dans un endroit va bientôt être considéré comme une contrainte, les bistrots employant des serveurs incompétents et inintéressés par leur boulot, les restaus qui pensent que plus le service dure longtemps meilleur est le repas, les centres commerciaux qui nous prennent délibérément pour des bovins en stabulation, ceux qui pensent que c’est moins cher d’acheter de la viande ou des légumes en supermarché, alors qu’il suffit pour la viande d’en acheter moins souvent pour manger plus sain et surtout meilleur, quant aux légumes comparez une carotte élevée sur plastique, vendue récurée, calibrée et proprette et garantie sans goût avec une carotte élevée en pleine terre par un maraîcher des environs qui fait l’effort de venir jusqu’aux halles et qui la vend à vil prix, je n’ose pas aborder le sujet de la charcuterie, mais il va falloir arrêter de manger du sel et du jus de phosphates et où trouve-t-on un saucisson correct ? Tout comme il va falloir arrêter d’appeler la police au moindre bruit, on est d’accord que vivre en ville c’est avoir l’avantage de trouver tout à portée de main moyennant le désavantage de vivre dans une certaine promiscuité, tiens j’aurais dû faire tout l’article rien que là-dessus tellement je m’échauffe, j’m’emporte, m’énerve.

Marchons, marchons qu’un sang tout frais abreuve les artères de notre bonne cité ducale, régénère sa population et crée une dynamique débordant la ville, submergeant le département, envahissant la région, gagnant le pays tout entier. Notre bon Rebsamen remplacerait le corrézien natif de Rouen, et là on touche au sublime, c’est d’abord l’aménagement d’un court de tennis à l’Elysée, ensuite le Quatar sommé de financer le DFCO, la JDA qui joue en NBA, le Domaine de la Cras classé en Grand Cru et le quartier Montchapet classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.


 
 

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