65
Magazine Dijon

hiver 2015

 N°65
 
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02

La chronique du mégalo
par Jean-Guillaume Dufour

Moi Cap’tain Franche Bourgogne sauveur du monde

J’étais seul ce jour là dans le wagon de 1ère classe de TER que j’avais intégralement réservé. J’étais en pleine forme, mais je n’avais pas dormi depuis 18 jours, occupé que j’étais à perpétrer des actes d’héroïsme, étant profondément français avant même d’être franc-comtois.


Andreas-Englund-JGD

Après une bonne nuit de 4mn 28s, je me sentais vraiment au sommet de ma forme. Je décidai de continuer mon voyage par moi-même en volant au-dessus du train qui se traînait lamentablement à 140 km/h, quand ma vitesse de pointe en vol est de 498 km/h. J’ai traversé la fenêtre. Un super-héros en TER ! Non c’est pas possible !
De retour de Los Angeles en passant par Singapour, je m’apprêtais à me rendre à Rouvres-en-Plaine en passant par Besançon.
Je sentais déjà la gentiane, le comté et la gelée de coin, un parfum de nostalgie, la jeunesse, les belles années…
Je suis né à Besançon (ce siècle avait deux ans), de l’accouplement improbable d’un extra-terrestre lui-même super-héros, ce jour là assez éméché, je précise, et d’une Montbéliarde qui passait (et non qui paissait, gaffe, les correcteurs !) paisiblement du côté de Serre-les-Sapins.
C’est pour retrouver ma jeunesse que je décidai de passer boire un petit verre au Cousty, avec un peu de chance, j’y retrouverais des vieux copains, on finira peut-être au Tahaus !

J’avais enfilé ma combinaison de latex à paillettes, celle que je ne mets que dans les grandes occasions et mon masque des dimanches, celui avec la moustache et la barbe.
Et puis il y avait Besançon, qui elle aussi avait mis des paillettes jusque sur la citadelle pour nos retrouvailles, Besançon rénovée, Besançon récurée, Besançon tramwaytisée, mais Besançon libérée !
Elle est si belle ma ville, elle reluit, elle rutile, elle éblouit, est-ce l’Espagne qui laisse un peu de soi (pas de soie, gaffe à la baffe, les correcteurs) sur ces façades que rien ne rend austères ?
Et la si belle doña de la rue Chifflet, m’a-t-elle attendu derrière la fenêtre du palais de son père, malgré l’implacable surveillance de sa duègne à mantille de dentelle noire, ou bien s’est-elle résolue à ce mariage arrangé par son père contre lequel la farouche était prête à s’ouvrir les veines ?
Les montbéliardes ont-elles pris des airs de taureaux de combat ?
Olà Bésanzon, mi querrida, me vuelvo en tus paredes !

Bon, le Cousty est toujours là, au même endroit, mais attention, c’est devenu une boîte, un club, lumière bleue, grosse ambiance mais bien plus tard, mais j’ai plus l’âge, au mieux je pourrais y retrouver les enfants de mes copains, mais mes copains, où restent-ils maintenant ?
À Besançon, on sort, c’est la seule différence avec Dijon que je survole souvent, en soupirant. À Dijon, on rentre, à Besançon, on sort. À Rouvres-en-Plaine on aimerait sortir. À Dijon, on aimerait que les gens sortent et s’amusent comme à Besançon, à Besançon on aimerait pas que ce soit comme à Dijon. Bon, survole les rues de la ville, recherche ton passé, mon héros, et tu seras super.
Au Rétro, Arnaud dans le fracas de l’apéro me paye un pot, comme j’ai les crocs, je fais 30 mètres et là je me trouve dans du tout nouveau, le Café Bohème. Tapas de dingue (de la vraie bouffe dis-donc), service tout tip top, alors là je mange, je me régale, je bois, je me régale, je rebois je me rerégale, je rerebois, je me rererégale et ainsi de suite, mais toujours pas une tête connue en vue !
J’apostrophe la fille de la maison, la Marion, une sérieuse, pas un sac à vent, pi j’y d’mande ousqu’y sont mes poteaux ?
Elle me d’mande c’est qui tes poteaux, j’y réponds j’sais pus, mais j’voulais en croiser un ou deux, y’avait l’Victor surtout qu’était marrant, voulait être Chateaubriand ou rien. Pis y’avait aussi le petit Sorel, qui fricotait avec sa taulière la de Rénal, pis plein d’autres !
La gamine commence à me regarder bizarre, du coup pour masquer mon trouble, je r’commande une bouteille et je remets mon masque, celui avec la belle moustache et la longue barbe. Boire un verre avec ce masque, c’est pas jouable, du coup, obligé de boire la bouteille au goulot, ça va plus vite, c’est pas bête ça.
La Marion vient me trouver, bien gentille la cocotte, pis me dit comme ça, dis-donc Cap’tain Cancoillotte, t’aurais pas pour mission de sauver le monde ? Tu crois que c’est en buvant des bouteilles de rouge à la bouteille que tu vas y arriver, tu penses pas que ce serait temps de commencer le boulot ?
L’a raison la gamine, ni une ni deux, me v’la parti.

Seulement voilà, un mauvais ajustement de la barbe et de la moustache du masque, un coup de vent latéral, et quelques verres dans l’pif, me v’là rendu non pas à Rouvres-en-Plaine, mais à Paris.
Oh, si c’est vilain à côté de B’sançon ! Pis alors là dans toutes les rues ça chouine, ça pleure, ça s’mouche. Z’inquiétez pas qu’j’leur dis, j’vais l’sauver l’monde !
J’sais plus par où commencer, bon d’abord j’leur explique que des bougies, ça sert pas à grand-chose, d’abord ça dure pas, ensuite t’as vite fait de réchauffer ton verre de blanc, c’est nocif. Ensuite, les bons sentiments, ça a jamais repoussé personne ni arrêté une balle.
Enfin je leur explique qu’en tant que super héros, j’allais leur protéger tout ça.
Manque de pot v’là t’y pas qu’un petit gars me fixe du regard, et tout d’un coup y s’met à hurler : « Au s’cours un terroriste ! »
Douze malabars me tombent dessus, persuadés que sous mon latex, y a des explosifs, alors que ce ne sont que les creux et bosses que forment mes énormes muscles et ma combinaison qui est un peu ajustée, j’ai du prendre un peu ces dernières semaines.
J’ai juste eu le temps de m’envoler, d’aller me planquer dans la forêt de Joux, histoire de méditer sur toutes ces aventures.
Le monde, je veux bien le sauver, mais vraiment, je ne sais pas par quel bout le prendre ! Je vais aller demander ce qu’ils en pensent aux deux éléphants du PS qui ont décidé de se pacser dans le TER, original, ça. Bon, le TER, c’est pas si mal, je vais ranger ma cape, et retrouver mon train-train quotidien. Sauveur, c’est pas un métier ! ■


 
 

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