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Magazine Dijon

automne 2018

 N°76
 
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Millénaire de la rotonde Saint-Bénigne Retour vers l’an Mil


Crypte Saint-Benigne © DR
Saint-Benigne © RP
Alors je me suis assis, et j’ai attendu… J’étais dans le troisième cercle, entouré des huit colonnes, au plus proche de l’oculus qui laissait sourdre dans ce lieu une lumière d’outre-monde. Du temps a passé, et puis le temps lui-même s’est aboli. Et ils sont arrivés. Tous. Certains les yeux cavés, d’autres sans jambes, portés par des formes humaines à moitié mourantes, pustuleux, scrofuleux, les plus vaillants et en meilleure santé épuisés par leur longue marche, tous les pèlerins en guenilles marchant vers Compostelle depuis Trèves qui avaient voulu se recueillir sur le tombeau de Saint Bénigne, martyr du IIe siècle, le temps d’une étape. Le soir venu, les locaux de l’abbaye les accueilleront, leur fournissant de quoi se nourrir et un lieu pour dormir, pour les plus chanceux.

Nous sommes en 1018 et la grande rotonde dédiée à Sainte Marie, dans la partie inférieure de laquelle je me tiens, - la crypte – a été sanctifiée cette année même. Mais ce que nous pouvons visiter actuellement ne constitue que la partie inférieure de l’édifice : celui-ci comportait à l’époque deux autres niveaux supérieurs, dont les moines avaient la jouissance exclusive, et où donc les laïcs ne pouvaient pénétrer, sauf dérogation. A cette date la basilique, quant à elle, est loin d’être terminée, mais le lieu vibre et vit tout de même, dirigé par la main de fer d’un abbé d’exception, Guillaume de Volpiano.

Dès l’entrée dans la rotonde, on peut découvrir le tombeau de Saint Bénigne, premier martyr de la région, dont les restes reposent dans un sarcophage du IIe siècle. On nous l’affirme. Il faut donc le croire…

Des hommes et des monstres

Ensuite je me suis levé, et j’ai suivi les pieux fantômes, parcourant les trois cercles délimités par des colonnes : huit, seize et vingt-quatre. C’est ainsi que j’ai découvert, en levant les yeux, le fameux « chapiteau à l’orant » - un orant étant un homme en prière -, datant du début du XIe siècle, et faisant donc partie intégrante de l’édifice originel. Le lieu comporte d’autres chapiteaux historiés, mais ils sont tous de « réemploi » ; l’un d’eux, situé dans l’absidiole sud, est proprement fascinant : il présente une figure humaine surgissant d’un entrelacs de feuillages, avec des cheveux en palmettes habilement stylisées, et dont le buste est serré par deux monstres. Une pure merveille, datant de l’an Mil, et qui selon moi exprime le désarroi du pécheur lequel, n’ayant pas renié les dieux des anciens polythéismes – Dionysos, en l’occurrence, ou Pan, très ancienne divinité de la Nature, qui se complaît dans la compagnie des satyres, créatures on le sait peu recommandables – est puni par la loi divine, d’où les monstres envoyés pour le dévorer vif.

Ainsi donc, depuis mille ans révolus, ce qui reste de la rotonde de Saint-Bénigne – la plus belle de France, selon les spécialistes – accueille croyants et athées, sans distinction. Je connais des Dijonnais qui n’ont jamais visité ce lieu. S’ils lisent ces lignes, le moment est venu pour eux de découvrir l’un des plus beaux témoins du riche passé de leur ville. Frissons esthétiques garantis ! ■ Claude Lougnot


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