34
Magazine Dijon

Avril 2008

 N°34
 
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03

Par Jean Maisonnave

Menus désastres...


Avec ensemble et détermination, haïssons les menus pour enfants : j’en entends qui protestent, lassés : voici qu’après des mamans pousseuses et des papas grillardins, il s’en prend aux enfants, ce type a un problème… Point

Je veux défendre ici le goût des enfants et consécutivement, un peu de leur autonomie, voire de leur santé. J’en profite, en passant, pour saluer les efforts des cantines scolaires qui ont fait ces dernières années de gros progrès et font ce qu’elles peuvent le plus souvent, avec ce qu’elles ont. Ce que je vise ici, ce sont les restaurants, la plupart, que je fréquente à longueur d’année professionnellement, et dont beaucoup proposent aux bambins des menus irresponsables, tel que celui que je viens de relever dans un des endroits les plus touristiques de la région.

Entrée : œuf mayonnaise ou jambon ; plats : steak haché ou sticks de poulet ; dessert : fromage blanc ou glace… désastreux.

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Celui-ci pousse un peu loin le bouchon, mais j’en connais du même acabit. Et ce que je prétends, c’est que ces menus ne sont pas seulement un signe de paresse ou d’inconscience diététique, considérant implicitement les mômes comme une engeance importune ; ils contribuent en outre à perpétrer de mauvaises habitudes alimentaires, et à déformer le goût des adultes. Ça va loin.

Je connais, pour l’avoir maintes fois entendue, l’antithèse : « mais les parents sont contents, mais c’est ce que demandent les mômes, si on leur propose autre chose, ils n’en veulent pas ». Ça ne tient pas. D’abord, un certain nombre de jeunes chefs, dans toute la France, justement préoccupés par la question, ont déjà montré que si on sait y faire – contenu et présentation – on peut faire aimer aux enfants des choses variées, inconnues, saines, bref enrichir ce qu’on suppose trop hâtivement être leur goût.

Précisément, le goût des enfants est un objet d’éducation, pas réductible à ce dont ils sont supposés exclusivement se satisfaire. Or, les restaurants sont un des lieux majeurs de cette éducation. On sait que les enfants sont néophobes, ce qui veut dire qu’ils se méfient de l’inconnu, on sait pourquoi. Et on sait à peu près pourquoi ils ont tendance à aimer, ou à ne pas aimer les mêmes choses, c’est très complexe, c’est très culturel. Le milieu joue un grand rôle : famille, pays, cantines, et aussi les restaurants, lieux plus que d’autres propices au plaisir de découvertes partagées.

Alors, je dis que le restaurateur, qui propose de pareils menus et refuse d’intégrer de telles considérations à sa pratique, trahit le métier en se conduisant comme un méchant tenancier de fast-food. Et je conseille aux parents de ne pas accepter de tels menus, même pas chers, même pour manger peinards. Découvrir ensemble le goût d’un haricot vert, d’un poisson (soigneusement désarêté !), d’un escargot, que sais-je… Je sais d’expérience, que c’est un vrai bonheur de table, pas toujours facile, mais productif. Haïssons les sempiternels menus « juniors », sauf s’ils sont bien faits, il y en a. Il impose qu’on l’aide, les enjeux valent le coup, c’est d’aimer, qu’il s’agit.


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