Texte : Jean Maisonnave
Photo : Bingbang et Fotolia
Et d’autant plus facilement qu’on est là en tant que spectateur ouvert, abandonné pour ainsi dire à la détente estivale, tout près de croire à la sincérité rassurante des ces lieux enchantés. On sourit à la douce chanson des bonimenteurs ; l’accent aidant, on écouterait n’importe quoi, on est saisi par la plastique colorée des emballages, on goûte avec entrain des produits qu’il devient tout à fait impossible, dans le contexte, de trouver moyens ; bref, on est mûr pour l’arnaque au terroir.
Comme le théâtre, le marché réalise ce paradoxe d’être à la fois le lieu de l’absolue sincérité et des illusions préméditées. J’ai passé beaucoup de temps à les fréquenter, autant par satisfaction personnelle que par nécessité professionnelle, ce qui peut m’autoriser quelques conseils, destinés à ceux qui vont filer vers ces merveilleuses scènes de genre…
D’abord, privilégier absolument les marchés de producteurs (sauf pour la truffe, mais c’est une autre histoire) ; il s’en trouve de plus en plus, en Provence surtout, où les producteurs eux même entendent réagir aux pratiques et tarifs estivaux – ils s’y retrouvent aussi.
Ensuite lire de très près les étiquettes, devenues plus précises pour le poisson,et les viandes. Eviter aussi les charcuteries dites « de pays », lesquelles, même vendues par de plaisants zigomards enchapeautés façon rustique ou vêtus de costumes folklos, proviennent en général de centrales d’achats ( le genre 5 saucissons pour le prix de quatre, porc, âne, chèvre…) Et vérifier de très près, sans se fier aux vendeurs ( j’ai entendu n’importe quoi…) l’origine exacte des produits de pays, quand le dit pays n’est pas clairement indiqué. J’ai déjà parlé des huiles d’olives ( 8 sur 10 viennent d’ailleurs) ; il faut y ajouter les produits dérivés : tapenades, ails confits, poivronades, et autres, présentés en panier, bidons, bocaux sans indication d’origines. Et les vinaigres, travestis et parfumés très souvent. Pour les vins méfiance, je me suis fait avoir ; il faut déguster, avec vigilance. Quant aux produits « traiteurs », si pratiques, je conseille tout bonnement des les éviter.
Moyennant ces quelques précautions, il n’y a en effet rien de plus vrai qu’un marché au soleil. A tel point que déjà, nous voici contraints d’y aller avant 9h du matin, après quoi on s’y fait meurtrir par les poussettes, emportés par la foule et contraints de subir – outre l’augmentation des prix – des réflexions telles que celle-ci, adressée à son épouse par un homme de belle allure : « Achète nous un bon cassoulpif ! ». Ce candide vêtu de lin blanc, probablement abusé par le GPS de son « Cayenne », avait confondu le Lubéron avec le Lauragais. Il est temps de remonter, comme on dit ici, avant l’invasion capitale.