80
Magazine Dijon

Automne 2019

 N°80
 
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08

par Edouard Bouyé
Directeur des Archives départementales de la Côte d’Or

Les restes de Jean sans Peur à Saint-Bénigne un dispositif discret, voire indigne


Secrets d’histoire

Le 4 mai 1791, la chartreuse de Champmol est vendue nationalement à Emmanuel Crétet (1747-1809) pour la somme de 203.000 livres. Les « magnifiques tombeaux » des ducs et d’autres « décorations » sont explicitement exclus de la vente. Entre la vente de la chartreuse comme bien national et l’entrée en possession de ses biens par Emmanuel Crétet, le public eut accès à l’église de la chartreuse ; il put s’y promener à sa guise et il y eut alors, au printemps 1791, dispersion et profanation des corps.
Lorsque les tombeaux, biens que la nation se réservait pour des raisons artistiques et historiques, furent transférés depuis la ci-devant chartreuse vers l’église Saint-Bénigne, entre mai et juin 1792, ce qui restait des dépouilles fut enterré dans des caveaux, sous le pavement des chapelles formant le rez-de-chaussée des tours nord et sud, qui accueillirent elles-mêmes les tombeaux. Les corps étaient donc ensevelis sous le pavé sur lequel reposaient les tombeaux.
Puis, lorsqu’il fut décidé de transférer les tombeaux au musée des Beaux-Arts, il ne fut évidemment pas question d’y joindre ces restes humains, lesquels demeurèrent sous le pavement de Saint-Bénigne devenue cathédrale. Mais, en 1841, la Commission des antiquités de la Côte-d’Or (CACO), présidée par M. Maillard de Chambure, l’archiviste du temps, obtint des autorités civiles et religieuses la permission d’exhumer ces restes et de les expertiser.
Les opérations eurent lieu du 22 au 27 juillet 1841. La commission était nombreuse. Les restes furent recherchés sous la tour nord et sous la tour sud de la cathédrale ; ceux de la tour nord furent apportés, pour y être expertisés, dans les salons de l’évêché attenant à la cathédrale (devenu École nationale supérieure d’art et de design de Dijon). Louis-Bénigne Baudot, qui avait assisté aux opérations de 1792, est encore là. Mais les indications qu’il donne sont erronées, sa mémoire le trahit. On expertise avec soin les corps que l’on trouve sous la tour nord, tandis que le caveau de la tour sud est simplement visité.
Des recherches ultérieures, au début du XXe siècle, montrent que l’on a confondu, en 1841, le corps de Philippe le Hardi avec celui de Jean sans Peur. Le crâne fracassé est logiquement identifié comme celui de Jean sans Peur, quoique tous les autres indices plaident en faveur de Philippe le Hardi. C’est à ce moment qu’est réalisé le moulage du crâne, dont un exemplaire est conservé aux Archives départementales. Aux corps des ducs sont mélangés les restes de leurs enfants. Le contenu du caveau nord est replacé solennellement, dans un cercueil de plomb neuf, dûment scellé, le 27 juillet 1841. Une messe des morts est célébrée ; la sépulture de « puissant prince Jean sans Peur, assassiné à Montereau en 1419 » est dûment consignée dans le registre ordinaire des sépultures de la paroisse Saint-Bénigne. Les autorités civiles et religieuses de Dijon rendent ainsi un hommage solennel à une dépouille ducale.

Depuis 178 ans, force est de constater qu’il ne s’est rien passé, et seule une petite plaque signale la présence des restes ducaux sous le pavé.
L’exhumation des restes des ducs et de leur famille permettrait de les soumettre à des expertises scientifiques, notamment génétiques, assurément plus poussées qu’en 1841, ce qui ajouterait de précieux détails à l’histoire de la dynastie et validerait l’identification des restes.
Ce serait enfin l’occasion de prendre cette fois en compte les « questions de haute convenance et d’art » évoquées en 1841, mais demeurées lettres mortes. Il s’agirait de rassembler ces restes dans un même tombeau, qui n’aurait évidemment rien à voir avec les somptueux tombeaux originels que l’on peut admirer au Musée des Beaux-Arts, mais n’aurait pas non plus la triste discrétion de fosse commune du dispositif actuel. On pourrait imaginer une châsse conçue par un artiste qui prendrait place dans la chapelle des fonts baptismaux, dans la tour nord, et qui évoquerait la place éminente prise dans l’histoire de Dijon, de la Bourgogne et de l’Europe par ces ducs Valois, et notamment par Jean, prince sans Peur, prince meurtrier, ambitieux, entreprenant, amis des arts – qui trop aima la diplomatie directe….


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