60
Magazine Dijon

Automne 2014

 N°60
 
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05

Fond de terroir
par Éric Chariot

Le vin naturel n’existe pas ! Et pis c’est tout !

C’est fou ce besoin de s’élever toujours CONTRE quelque chose pour exister. Une sorte de crise d’adolescence permanente. Et le monde du vin n’y échappe pas.


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Regardez ces méchants humains qui ont inventé une viticulture de mort, et qui répandent sur la terre des produits inventés pour faire la guerre. Des pesticides, des fongicides et tout un tas de produits qui les mènent au suicide… Non mais nous, les bios, on est mieux… À bas les produits de synthèse, nous on met que des substances naturelles : du cuivre, du soufre et des plantes. Ah oui, mais le bio, c’est plus ce que c’était ! Ils autorisent beaucoup trop de choses, y a du laisser-aller. Et puis ils mettent du cuivre dans leurs vignes ! Et puis maintenant que tout le monde en fait, comment je vais bien pouvoir me démarquer ? Non, nous les biodynamistes, on met plus de produit, juste des « tisanes » qui vont invoquer les « forces cosmiques » du sol.

Non mais regardez-les biodyneux, ils font encore du collage et d’autre trucs à la vinification. Nous on fait du vin Nature ! Et la Nature, elle a besoin de rien, c’est juste du raisin fermenté.
A chaque fois qu’on change, il y a un truc qui ne change pas. C’est qu’on lutte contre le « système ». Le système qui nous impose des normes et des pratiques dont on ne veut pas. Alors on crée son propre mouvement, avec des normes encore plus contraignantes. Mais bon, ce sont les nôtres, alors elles sont forcément mieux. Chaque mouvement commence donc par créer son label. AB pour le bio, Demeter pour la biodynamie et AVN (Association pour le Vin Naturel).

Le vin Naturel s’attache surtout, à partir de raisins bio récoltés à la main, à ne rien ajouter à la vinification, sauf un peu de soufre pour la conservation. Et le site de l’AVN liste tous les méchants produits que les autres labels mettent, et pas eux. Pas de collage, pas de filtrage, rien. Un vin Nature, dans sa nudité nue, c’est un peu comme un cuni qui ne s’est pas fait le maillot, une haie non débroussaillée… Mais ne soyons pas mauvaise langue. Y en a qui aiment.

Ce qu’on note en tout cas, c’est cette tendance à limiter drastiquement toute intervention humaine à la vinification. Voire l’interdire. Étonnant quand on sait qu’un des produits stars de ces vignerons est le « pétillant naturel » (un vin qui pique, quoi) et qu’on voit l’attention et le boulot que cette méthode réclame.
Mais quoi, ce n’est pas bien l’humain ? L’Humain s’oppose à la Nature ? La Nature, c’est bien et l’Humain, ce n’est pas bien, c’est ça ? Mouais, l’uranium c’est naturel, aussi. Ou un ouragan, ou un astéroïde qui tombe sur la tête des dinosaures… Et la médecine, les vaccins, qui ont contribué à augmenter l’espérance de vie. Ben c’est humain...
L’affaire est simple. Soit on considère que l’Homme fait partie de la Nature, car après tout c’est une espèce créée sur Terre comme les autres. Donc toutes ses « inventions », comme les produits de synthèses, les intrants, sont naturels. Et dans ce cas TOUS les vins sont naturels.

Soit l’Homme ne fait pas partie de la Nature, une opération du Saint-Esprit sans doute, et alors le fait même de faire du vin, transformation voulue et réalisée par l’Homme, n’est pas naturel, et aucun vin ne l’est ! Les viticulteurs Naturels disent s’attacher au goût, vouloir retrouver l’expression originelle du terroir. Mais qu’y a-t-il de plus subjectif et humain que le goût ? Quel goût ça a, le terroir ? Comment on sait quelle méthode l’exprime le mieux ? Car le laisser-faire, c’est déjà une manière d’intervenir, un choix humain.
Et finalement derrière le concept de Nature, il n’y a que de l’humain. Le vin retourne toujours à l’humain.
Bon ben voilà, il ne reste plus qu’à aller voir un viticulteur naturel et à causer de tout ça. En Bourgogne, il y en a peu, ils sont surtout en Saône-et-Loire. Un seul en Côte-d’Or, qui en plus travaille en biodynamie. Étonnant d’ailleurs que l’AVN, qui annonce dans ses statuts être une association « culturelle et scientifique » soit si peu regardante sur les pratiques « magiques » de la biodynamie…
Voilà, vous avez maintenant tout pour vous chamailler avec un vigneron naturiste (oui on les appelle comme ça !). Et une fois que vous vous serez bien engueulés, que vous vous serez tous mis à nu ( ! ), rien de tel que de se réconcilier devant un verre. Il vous fera goûter son « jus de chaussettes », son « A ligoter » ou sa « Bulle à zéro ». Parce que les étiquettes aussi sont très nature.
Et comme ils disent sur le site de l’AVN : « Chassez le naturel, il revient au goulot ».


 
 

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