71
Magazine Dijon

Été 2017

 N°71
 
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08

par Émilie Chapulliot

Le vin, c’est dans ma nature

On a tous ou presque une histoire avec le vin. Limpide, romanesque, tumultueuse, addictive, folle, sentimentale, oubliée, gâchée, chiante à mourir, déroutante, immature, inachevée, détestable, honteuse, souriante, riante, légère, rouge, blanche, avec ou sans bulles, avec ou sans produits chimiques.
Contrairement à certaines apparences, la route du vin n’est pas un long fleuve tranquille. Sauf pour les buveurs d’étiquette qui canonnent sans réfléchir. Pour les autres, elle est faite de doutes, d’étapes clés et de virages pas toujours faciles à négocier.


Les Contes d’Hoffman
Les Contes d’Hoffman
"Laissez-moi hurler et gémir et ramper comme une bête"

1- Tremper ses lèvres.

Les premiers pas sont hésitants. Généralement en famille, autour d’une table, avec tonton Gégé ou cousin Machin, jamais à l’ouest quand il s’agit de trinquer. « Allez, mon petit, trempe don’ tes lèvres » qu’ils disaient. Alors on trempait. Et c’était dégueulasse. Mais pas suffisamment pour nous dégouter, pas assez pour que surgisse un « plus jamais ». Le vin gardait son mystère : il réconciliait, réunissait, rendait les joues roses et les voix plus rauques, il donnait le sourire à cette France-là, et c’était bien comme ça.

2- Avaler des histoires.

En grandissant, on fait marcher ses méninges, histoire de « boire intelligent ». On apprend, à chaque gorgée. On se trouve un mentor pour nous guider, un passionné pour nous introniser, un compagnon de route toujours armé d’un tire-bouchon.
Et soudain, tout s’éclaire : le vin se transcende. Il est géologie, histoire, géographie, hommes, femmes, cépages, terroir, météorologie, agriculture, vinification, savoir-faire… Un puzzle au nombre de pièces incalculables. Une nouvelle aventure à chaque millésime. Et des rencontres avec des faiseurs de vin.

3- S’abreuver.

Comme on a l’impression de mieux maîtriser le sujet, on se jette plus facilement à l’eau. On se fait plaisir au resto, à la maison, en vacances, à l’apéro, au boulot, en famille, entre amis, en week-end, pour Pâques, à Noël, dedans, dehors. On se sent l’âme d’un chasseur de quilles : on constitue une petite cave qu’on a du mal à maintenir à flot, on s’emballe pour une appellation, on tombe amoureux d’un domaine, d’une patte de vigneron comme on dit. On glougloute sans se poser de questions… ou presque.

Manifeste pour le Vin Naturel

4- Étancher sa soif de vérité.

Un peu plus tard, vient le temps des premiers désaccords. Pesticides, insecticides et tout un tas d’autres mots en « cide » commencent à vous revenir en pleine face. Sans tomber dans la paranoïa aiguë on se demande alors si notre nouveau péché mignon n’est pas trop gourmand en produits chimiques. Et vous avez beau aimer le vin plus que de raison, les soupçons deviennent pesants et l’idée de vous empoisonner à chaque fois que vous débouchez une bouteille vous guette. Ça craint.

5- Boire la tasse.

Ecorché dans vos rêves, malmené dans vos habitudes vous devenez suspicieux. Alors vous creusez : viticulture durable, lutte raisonnée, bio, biodynamie, AB, Demeter, intrants, levures indigènes, sans soufre... Au point de vous noyer dans les labels. C’est le moment du doute. De la remise en cause. Bref, c’est le drame. Vous achetez des bouquins comme le Manifeste pour le Vin Naturel, vous interrogez votre caviste préféré, gourou des vins nature, vous allez en dégust’ avec des ayatollahs du tout nature et vous vous retrouvez largué. Vous qui pensiez en connaître en rayon sur le pinard, vous voilà complètement paumé. Vous retournez à la case départ. Vous redevenez un « bébé » du vin.

6- Trinquer en toute impunité

Cette renaissance est salvatrice. Vous avez désormais toutes les cartes en main pour choisir. Dire oui ou non à telle ou telle bouteille. Miser sur les vins nature ou pas. Boire en connaissance de cause, trinquer le cœur léger en pensant à demain, à un avenir tout beau, tout bio, avec des vins chouchoutés sans être malmenés. Vous choisissez des adresses – restos, bars à vins –, en pleine confiance : des gens qui respectent la nature, ont une certaine éthique du vin, un amour de la terre et une sincérité à toute épreuve. La transparence en ligne de mire, le plaisir avant tout et l’éthique comme leitmotiv.


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