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Magazine Dijon

Pintemps 2014

 N°58
 
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Le chevalier à la ronde figure chapitre 6

Chronique des saintes huiles, du petit cochon noir et des rillettes superlatives


chez-bruno-
Au dernier épisode, on avait vu notre héros courir sous le ciel
immense en déchiffrant dans les étoiles éparpillées, non point les prémices
de la grande ourse ou de quelque divinité, mais ceux de la dive bouteille et du
cochon saucissonnier. ayant fini par toucher au but, sinon au Graal, il était
revenu, plein d’heur et de salaisons, dans la cité ducale où quelques brumes effilochées
manifestaient la persistance d’un hiver au demeurant mollasse. ce que voyant, l’homme
du lard conçut incontinent, et sans autrement barguigner, le désir d’un nouveau départ.
il y a dans la quête une jouissance trop mésestimée par les poètes : celle de n’être nulle
part, et d’être où l’on n’est pas, comprenne qui voudra.
Certaine vesprée, donc, qu’il officiait avec dévotion auprès de ses fidèles,
- les communiants soudés à l’autel comme moules aux bouchots, les impétrants pressés
à l’arrière comme harengs en caques et guettant le moindre interstice par où s’insinuer
au plus près des saintes espèces et de la moins sainte sarah- l’éminent Bruno eut une
vision.

A ce point du Récit, je vois quelques dévots broncher : comment peut-on
sans sacrilège évoquer la sainte communion à propos de nourritures aussi matérielles ?
c’est que précisément, à un certain degré de perfection, les productions humaines
peuvent toucher à l’esprit. on les dit alors « l’un (ou l’une) des meilleurs du monde ».
Mais pour le preux Bruno, cet indéfini était tout à fait insatisfaisant. il lui fallait Le
meilleur du monde, La crème de tête de l’absolu, considérant comme billevesée tout ce
qui prétendait seulement s’en approcher. on voit bien à ce trait que la quête éperdue du
chevalier à la panse ronde s’apparentait plus à une mystique qu’au simple chalandage :
l’objet n’en était plus le sujet, comprenne qui voudra.

Consécutivement, tous les liquides et solides qui, du sol au plafond et du
portail aux absides, emplissaient la chapelle de la rue rousseau, descendaient droit
de l’olympe où, pour mieux assurer le bonheur des hommes, les dieux se plaisent à
s’assembler. tel reynaud de rayas, pape du chateauneuf. tels alliet de chinon
avecques les frères Foucault. tels roumier, rousseau ou coche Dury, grands prêtres
du bourgogne. tels l’ermite de la Grange des pères ; le grand Delas de l’hermitage et
tant d’autres qu’on en ferait une bible. a quoi il faudrait encore ajouter les sardinelles
de Don peñas venues par les chemins de compostelle et la burrata séraphique, quoique
produite là où homère situait les portes de l’enfer…
oR DonC, qu’avait aperçu le preux Bruno dans sa tranche de culatello, plus fine
et diaphane qu’un vitrail d’albâtre ? il avait vu un poète monté aux nues, une veuve au
visage giottesque, et des collines d’oliviers, inexplicablement parcourues par des tribus
de petits cochons noirs… comprenne qui pourra.
touJouRs est-il que quelques minutes plus taRD des témoins
le virent cingler en direction des tours de san Gimignano, armé de pied en cap et de sa
carte bleue. D’autres affirment au contraire l’avoir vu au sud de cahors négocier à prix
d’or des rillettes de porc noir gascon. La geste du coup perdait toute logique : bien qu’il
fût passablement agité, le chevalier à la ronde figure ne pouvait prétendre à l’ubiquité !
etant moi-même au loin, je n’en saurais dire plus. Mais lorsque paraîtront
ces lignes, les pèlerins assemblés au comptoir du bar à vins (et à jambons) auront eux-mêmes
élucidé ce nouveau mystère, en oignant par exemple, comme font les ibériques,
quelques copeaux du sensationnel jambon de porc noir gascon de patrick Duler, d’un
rien d’huile d’olive d’isole et oléna, ou de celle de Maria cristina (veuve de Léo Ferré),
deux déités incontestées de l’olive toscane. par ce geste simple, celle du chevalier à la
ronde figure retrouve alors sa cohérence : il montre qu’on peut être à la fois à la soue et
au moulin, dans le Quercy et en toscane. comprenne qui pourra.
et C’est ainsi que perdure la légende, sauf le lundi bien sûr où la légende se repose.

Chez Bruno

80 rue Jean-Jacques Rousseau, à Dijon - 03 80 66 12 33


 
 

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