56
Magazine Dijon

Automne 2013

 N°56
 
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02

Humeur
par Jean Maisonnave

La rentrée du Conservatoire de Dijon Où il est suggéré que mieux valent des missions que démission.

Un des plaisirs du retour, c’est d’aller prendre la température à la Buvette du marché. Les nouvelles sont fraîches et le vin blanc pas trop froid. On sert souvent les blancs trop froids. Les mauvais s’y retrouvent, les bons pas du tout.
Le sujet du moment, c’était la rentrée du conservatoire. Assez problématique semble-t’il. Et même un peu plus, mais restons polis. C’est un sujet culturel.


La rentrée au Conservatoire : sans porte de sortie ?
Conservatoire, ce n’est pas un joli mot. Il commence mal et il renifle le confinement. Alors que ce pourrait être une grande chose, si on voulait bien le considérer autrement que comme une sorte de cours du soir pour gosses de bourges. J’irai jusqu’à affirmer que ce pourrait être le socle d’une politique artistique conséquente, qui ne considérerait pas l’art comme une façon d’enjoliver le loisir, mais comme un moyen de faire bouger les sociétés. Allons au bout : un palier fondamental dans le cadre d’une politique de gauche.

Pourquoi ? Parce que c’est le seul endroit où l’on puisse à la fois faire de la formation, de la médiation et de la diffusion. De façon non séparée. Hors des logiques marchandes.
Quand j’étais minot à Montbard Côte d’Or - vieille ville ouvrière et communiste - j’ai eu la révélation du théâtre grâce à la Comédie de Bourgogne, la troupe du conservatoire de Dijon, il y en avait une à l’époque. Un prof, des élèves, des anciens élèves, tous amateurs ; ça a permis à plein de gosses comme moi, dans plein de campagnes, de découvrir Molière ou Feydeau (diffusion) ; ça permettait aussi aux apprentis comédiens de rencontrer les publics (formation) ; ça concrétisait des liens entre la capitale et les ploucs (médiation). On aurait pu envisager la même chose avec la musique ou la danse. Il n’y avait pas de troupe. Sinon, au lieu de faire metteur en scène, j’aurais pu devenir danseur mondain, ou chanteur de charme. Et peut-être que vous aussi, vous auriez pu ; en tout cas, ajouter un corde à votre arc, quelle que soit la cible, ou votre vie.

Ceci dit pour illustrer le fait que, résumons abruptement, les conservatoires revus et repensés peuvent devenir les outils fondamentaux d’une vraie politique culturelle, pas celle dont on se débarrasse en additionnant les spectacles aux autres produits. Un outil de l’importance des écoles de la République, en plus mobile.
On peut rêver. Il y faudrait les moyens et les hommes. C’est-à-dire une volonté globale, des projets, des synergies.

Pour l’heure, c’est un peu le caillon, comme disent les vignerons. On a deux conservatoires dans la région - fait unique en France, je crois - qui ne font rien ensemble. Un orchestre, disons, discret. Côté danse, pas grand chose et côté théâtre, le dénuement absolu, scandaleux. Or, c’est aux conservatoires publics d’assurer la formation, pas aux compagnies.
Quant aux moyens, c’est la peau de chagrin et la défausse tous azimuts. L’Etat, plus jacobin que jamais, fait l’aumône (moins de 5 % des subventions). Le département a toujours eu une politique culturelle risible
(0,88 %), alors rions. Mais quand on voit la Région Bourgogne se débiner elle aussi, on n’a plus envie de rire. Si les conservatoires ont un sens, c’est dans un cadre régional (une fois qu’on aura supprimé les départements), vu que ce sont elles, les régions, qui sont en la matière le cadre pertinent. Reste la ville, qui assure sans aucun enthousiasme presque 75 % de la dépense.
Il est vrai que les quatre cinquièmes des élèves viennent de l’agglomération, mais ça non plus, ce n’est pas une fatalité. Encore faudrait-il ne pas décourager les candidats, et réfléchir ensemble à une ambition commune, légèrement supérieure à comment on va gérer ce bazar. Région de gauche, agglo de gauche, y a vraiment pas moyen de collaborer quelque chose d’un peu stratégique dans ce secteur ?
Pendant ce temps-là, le pognon file dans l’événementiel, l’art promotionnel et la culture institutionnelle, comme avant. On délaisse le sujet pour les objets. C’est comme si, dans ta maison, l’escalier s’était écroulé et que tu changes les matelas du solarium. Jolis matelas.
Mais tu vas y aller comment, à ton solarium ?

■ Jean Maisonnave


 
 

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