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Magazine Dijon

Automne hiver 2011

 N°48
 
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06

La culture en chantier !

Auditorium, Consortium, Ministerium, Patrimonium… les médecins de Molière trouveraient la situation drolatique s’il y avait encore un théâtre à Dijon pour les accueillir. La vie culturelle dijonnaise est-elle à la hauteur d’une grande métropole ? Là aussi, c’est encore le chantier…

La « vie culturelle dijonnaise » démarre, dit-on, avec le concert de rentrée, grosse machine destinée à montrer aux vieilles pierres qu’on est une ville « rock ». Et elle ne s’arrête plus, jusqu’en juillet. Vrai. Et faux à la fois. Mais personne ne veut vraiment en convenir en public, alors que la grogne monte en privé. Dire qu’il y a quelque chose de nouveau tous les soirs ne préjuge pas de l’intérêt de ce quelque chose pour une grande partie de la population.
Prenez l’exemple du concert de rentrée. L’idée n’était pas mauvaise au départ, mais plus personne ne sait comment arrêter cette grosse machine à fric qui semble avoir échappé à ses créateurs, fait fuir les habitants du centre et ramène une population jeune dans des rues où ils dormiront ensuite sous les étoiles. Rien de bien méchant, rien de culturel non plus. L’arrivée du tram incitera peut-être les organisateurs à déplacer l’événement sur le port du canal ou dans des quartiers ayant soif d’animation, puisque chaque nouveau livre blanc de la culture, depuis 20 ans, se fait un devoir de prôner l’ouverture d’espaces culturels en dehors du centre historique.
L’autre événement de la rentrée est passé plus inaperçu, se déroulant dans le vieux théâtre municipal où François Rebsamen et ses adjoints concernés avaient réuni le petit monde de la culture pour évoquer le grand chantier qui devrait permettre, en 2014, de donner un nouveau visage à Dijon, si tout le monde y met du sien. Faute d’argent, va falloir trouver des idées ; faute de consensus, va falloir faire des choix. Nouveaux lieux culturels, dans des écoquartiers à peine sortis de terre, nouvelle approche globale à l’échelle de l’agglomération… Le Dijon nouveau est annoncé.


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En rouvrant Saint-Philibert au public, le maire de Dijon a tenu une vieille promesse électorale.
L’ancienne église des vignerons devrait être prête pour accueillir la future Saint-Vincent-Tournante à Dijon en 2012.

Les voyages forment les élus !

La présentation du chantier de la culture, ce soir-là, dans le cadre d’un théâtre de Dijon mis à mal par une rénovation désastreuse (qui fait toujours grincer les dents et les fauteuils), a renvoyé chacun à ses propres rêves. Il y aura, dans les mois à venir, beaucoup de réunions, beaucoup de promesses, et certainement quelques réalisations.
Chacun plaidera pour sa cause, mais les problèmes de fond, une fois de plus, ne seront pas évoqués. Question d’argent, diront certains (l’heure n’est plus aux dépenses inconsidérées), question de choix diront d’autres.
La fin des travaux de la première tranche du musée des Beaux-Arts pourrait donner le ton de la ville et de la vie nouvelle qui nous attend demain. Sophie Jugy, la conservatrice du musée, a eu une idée géniale en emmenant les édiles et les chargés de communication au sens large se balader aux USA pour faire la promotion de la ville, sur les pas de nos chers pleurants, devenus les nouvelles mascottes de la ville. Les voyages formant les élus, ces derniers ont pu découvrir l’efficacité d’une muséographie contemporaine - mettant le passé et le présent face à face - pour inciter les foules à se pencher sur notre histoire. Si nos édiles, conquis, arrivent à faire du musée des Beaux-Arts une de ces machines à rêver qui font l’orgueil des grandes cités, leur voyage d’études aura porté ses fruits.

Beaux parleurs contre hommes de parole

Homme de parole et de théâtre tout à la fois, Jean-Louis Hourdin voulait créer « l’Ecole des Elus », pour leur apprendre les rudiments de son métier, son économie, son sens vital. François Chattot a lancé sa saison en réunissant public-acteurs par petits groupes, sur le plateau du Parvis Saint-Jean, pour entamer un dialogue. Passionnant, édifiant, rassurant. François, c’est le Petit Poucet, avec ses mots qu’il jette, tels des cailloux, pour que les autres le suivent à la trace. Sa saison est belle, quand il nous la conte. François Chattot fait partie de ces Dijonnais d’adoption qui ont tissé un réseau interrégional avec d’autres créateurs, au fil du temps, faisant des choix qui ne sont pas forcément ceux qu’on attend de lui. Mais c’est tout à son honneur.
C’est la dernière grande voix qui se fait entendre pour défendre, sur Dijon, la passion du théâtre. Les autres sont partis se faire voir ailleurs, avec succès ou non, peu importe. Les 26000 couverts reviendront-ils pour de bon ? Suspense… Dijon n’est plus une ville de théâtre, plus vraiment. Plus très tendance, les théâtreux ? Le Parvis devra être rénové dans les années à venir, sinon il sera obligé de fermer ses portes. On pourrait leur donner les clefs du vieux théâtre municipal, qui ne sert plus qu’à des répétitions ou à des spectacles d’accueil pour l’Opéra de Dijon. Un lieu qui a perdu son sens, son cachet, et sa raison d’être. Plus de troupes, plus de rires, plus de drames, plus de délire. Trop bourgeois, pour reprendre un mot qu’on entend encore dans la bouche de nos édiles les plus bo-bo !
On ne peut pas leur en vouloir, à nos hommes politiques, d’avoir une vision de la culture dans l’air du temps, et de privilégier l’art contemporain au théâtre populaire, les fêtes rock aux festivals classiques qui font le bonheur d’autres villes. On peut juste regretter, à l’heure des choix, qu’ils consultent plus des techniciens que des artistes, des beaux parleurs que des hommes de parole.

Xavier Douroux au Grand Palais, dans cent ans !

Les travaux du tram vont redonner vie au quartier de l’auditorium, mais qui redonnera vie au bâtiment lui-même ? Quelqu’un me disait qu’on avait tort, à Dijon, de se croire plus fort que Dole, qu’on n’avait même pas de vrais lieux pour le théâtre, le jazz, la danse, en dehors du Zénith ou de scènes de banlieue, la salle de l’ABC rue Condorcet étant dans sa tête aussi mal placée que celle de Marsannay ou de la Fontaine d’Ouche pour attirer du public. Triste fin pour l’Opéra de Dijon, disent les amoureux du lyrique, qui voient ce lieu magique servir uniquement à accueillir des musiciens (renommés, certes) venus d’ailleurs alors que l’orchestre Dijon-Bourgogne semble pour l’instant destiné à faire des tournées entre Auxerre, Cluny et Montceau-les-Mines, tout en rêvant de lendemains qui chantent sur sur des scènes européennes. Ou dans des fosses dites d’orchestre, dont ils doivent avoir la nostalgie, pour certains, faute de participer à six ou sept ouvrages lyriques comme avant (deux, cette année ?). On a perdu déjà nombre de gens de théâtre, cette fois, ce sont les musiciens qui vont aller se faire entendre ailleurs.
Ce qui n’empêche pas les Caens, Jamait, Fernandez… sans parler d’autres comédiens, musiciens, chanteurs moins connus que nous aimons tout autant, de vivre ici, la qualité de vie dijonnaise n’étant pas en cause.
Je tape ces mots en écoutant la radio. Un chroniqueur vient de lâcher une petite phrase au cœur d’un débat très parisien : « Il n’y a plus de politique culturelle en France depuis Lang, tous les maires, à commencer par celui de Paris, ne s’intéressent qu’au patrimoine, etc, etc… »
Frédéric Mitterrand est venu à Dijon inaugurer le Consortium, les élus étaient heureux, ça se voyait, son directeur, Xavier Douroux aussi. Qu’il y ait foule ensuite pour visiter ce nouveau lieu emblématique de la vie culturelle dans tout l’est de la France, lui, il s’en fout un peu, ce n’est plus sa priorité, en admettant que ça l’ait été un jour. Trente ans qu’il milite pour l’art, qu’il achète des œuvres qui seront demain des pièces de musée. Le Grand Palais célèbre les Stein, qui ont su acheter Picasso & Co au bon moment : un jour, dans cent ans, ce sera son tour, à l’Homme du Consortium.

En chantier !? Enchantés !

François Rebsamen s’intéresse à la culture, on ne peut le nier. Après l’inauguration du Consortium, la réouverture de Saint-Philibert, le lendemain, a permis au même public assoiffé de culture de découvrir un lieu étonnant, à qui même la pire des expos ne pourra jamais enlever son mystère.
Quelques privilégiés ont même pu visiter le cellier du Morimont, autre souvenir d’un temps où Dijon était un bourg vigneron, et qu’un particulier transformera peut-être en espace où la culture du vin sera à l’honneur. Et oui, le vin fait aussi partie de la culture, et la future Saint-Vincent
tournante devrait permettre de réveiller d’autres lieux oubliés. Le patrimoine d’hier au secours de la vie culturelle d’aujourd’hui, ça, c’est dans l’air du temps, de vignes en caves, de jardins en appartements.
Le patrimoine est en chantier, on dit bravo ! Et on sera enchanté de voir un jour le tram nous mener d’un Zénith à la salle Fornier, de la péniche Cancale, lieu qui se bat sans rien demander à personne, à un Auditorium qui programme une saison musicale de qualité sans s’occuper des souhaits des uns et des autres, ni de son cahier des charges original, d’ailleurs.
L’ancien maire de Dijon n’avait peut-être pas tort, en conseillant à ceux qui se plaignaient, d’aller faire un tour en TGV à Paris. Bientôt, avec le TGV Est, on va connaître un flux et reflux encore plus intense. Les festivals de l’automne dijonnais ont leurs afficionados, heureusement, la vie ne s’arrête pas avec la fin des grosses machines à rêver. Le maire ne veut pas entendre parler d’un vrai grand festival, un rêve bourgeois que ne partagerait pas un Frédéric Mitterrand, qui semble prendre goût à la vie ici. S’il n’est plus ministre de la culture l’an prochain, il pourrait venir prendre ici prendre la présidence d’un festival aussi éclectique qu’il l’est lui même, lui qu’on voit un jour cuisiner à domicile, un autre jour s’intéresser à l’opéra italien, à la musique arabe ou au théâtre de Genet. Tout ce qu’on aime aussi.


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