58
Magazine Dijon

Pintemps 2014

 N°58
 
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04

par Jean-Guillaume Dufour

La chronique du mégalo Moi Tycoon

Des idoles, j’en ai jamais eu, enfin presque jamais, mais depuis peu je me sens pousser des adorations pour quelques-uns, tiens par exemple Murdoch, Renaudot, Lazareff, Hersant, Maxwell, que des grands, du garanti mégalo, qui bâtissent des empires là où tout le monde perd sa culotte, dans la presse, les média (y’a pas de “s” à média, c’est du pluriel, au singulier on dit un médium, c’est du latin).


Voo-TV-Tycoon

C’est ça l’avenir, une société de l’information, l’ère de la communication qu’ils disaient, faudra voir à pas rater le coche, accrocher le bon wagon, faire sa petite fortune, son petit empire, être une fois au moins tout en haut de l’affiche. C’est à ça que je pensais en lisant l’annonce légale de mise en redressement judiciaire de Voo TV dans le Bien Public (oui je lis le Bien Public, et même les annonces légales dont certaines sont des annonces létales !).
Faut dire que ça faisait suite à une discussion animée avec le magnat, le nabab, bref le propriétaire du Bing Bang à qui je demandais une petite rallonge, étant donné que vous plébiscitez ma prose, que certains d’entre vous seraient prêts à acheter ce magazine gratuit rien que pour avoir l’insigne privilège de déchiffrer les premiers ces quelques lignes frappées au coin du bon sens, de la littérature, du lyrisme, du talent à l’état pur et de la poésie la plus délicate.

Tu te rends pas compte Coco - qu’il disait en tirant sur son Havane - une augmentation, c’est bien joli mais pour quoi faire ? Et comment veux-tu que je trouve l’argent, tu sais combien ça bouffe aux cent une Maserati ?

C’est le coup de la Maserati qui m’a interpellé. Je suis tellement gueux que je ne sais même pas combien ça fait aux cent une Maserati, ni même combien ça coûte à l’achat. Je suis allé me renseigner, ô bonne mère, comment ai-je pu oser demander 20€ de plus par article à un gars qui a ces frais ? Y’a des jours où je me demande si je suis vraiment lucide… J’ai donc décidé d’avoir à mon tour des frais élyséens et un train de vie présidentnormalesque (avec scooter et comédienne).

On va commencer par reprendre Voo TV que j’me dis, y’a qu’une recette pour avoir du succès, des stars, des stars et des stars. Je rappelle Patrick Sabatier, Stéphane Collaro et Philippe Gildas, je leur fais animer de la télé-réalité, un truc de cul et un talk-show-promo-pub-surtout-pas-une-critique pour attirer les attachées de presse. On fait revivre de la vieille gloire, je veux Linda de Suza, Rika Zaraï et Jaïro qui chantent en play-back, je veux Jean-Pierre Descombes, Maître Capello, Jean Amadou, Dorothée et Chantal Goya, Casimir, Toccata, Bart et Ernest, Isidore et Clémentine, Claude Pierrard et la Minute des femmes, les Dossiers de l’écran et Trente Six Chandelles sans oublier la Piste aux Étoiles et les 5 dernières minutes. On va leur montrer ce que c’est un empire, y vont voir comment ça paye le recyclage, un audimat qui grimpe en flèche, les recettes publicitaires qui suivent, on en profite pour racheter Le Bien Public, on en fait un tabloïd avec des photos embarrassantes qui vont scandaliser l’opinion, faire réagir les gens, provoquer des émeutes : Robert Poujade vu dans la rue, François Rebsamen surpris dans un restaurant non étoilé, Alain Houppert en train de réfléchir à son programme, des coups à se faire interroger par les RG, mais la puissance, la gloire, l’argent…
Le Bing Bang, je le rachète aussi, j’en fais un mag féminin, interview exclusive “Comment j’ai par erreur couché avec le livreur de pizzas” par Julie Gayet, “Faut pas me rayer le casque” par François H,
banc d’essai des régimes par Didier Chenu, boucher-charcutier, un peu ses 50 nuances de gras, dans 6 mois le maillot mais au lac Kir alors on s’en fout, le sondage-clivage-politique “String ou brésilien ?” et l’indispensable test psycho “Êtes-vous une grosse chienne ou une petite conne ?”. Pour l’horoscope on ira droit au but, par exemple Santé pour les Cancers : “Méfiez-vous de vous-même !” Finances : “De toute façon si tu lis ton horoscope c’est que tu es pauvre et que tu espères en sortir, mais ça sera pas encore pour cette décennie ! Essaie encore !”

Oh bon sang, je suis fait pour ça, je le sens, je la vois la fortune, la gloire, les soirées de gala, mon smoking blanc immaculé et mes santiags, la montée des marches à Cannes pasque forcément on est passé à la production de films, Pierre Lescure et Gilles Jacob qui m’embrassent émus, Spielberg himself m’acclamant debout, la palme d’or, mon air modeste et content de soi, comme il sied dans ces occasions, puis les Césars, puis les Oscars, les Lions et Ours d’Or, les 7 d’or aussi, les n’importe-quoi-du-moment-que-c’est-en-or, les dents en or, la Maserati plaquée or, mes lingots d’or que je ferais redorer comme mes robinets, bref, classe, élégance, réussite. Pour entreposer tous mes trésors, mes trophées, toutes ces manifestations tangibles de mon irrésistible réussite, je décide d’honorer ma chère ville en lui offrant le musée de moi-même, je propose au maire de Dijon de virer toutes les vieilleries qui traînent dans le palais des Ducs pour y installer ma réussite. J’aurais beau menacer de révéler sa liaison avec Lucette Gayet (Miss Oignon à Soirans et lointaine cousine de qui vous savez), proposer 14 millions en Suisse, dorer toute la façade de la Mairie, rien, rien, rien… Il a juste consenti à me concéder, moyennant un loyer, l’espèce de dessous d’escalier, de préau mal refermé qui sert de cafétéria et qui est resté vide tout l’hiver. Je l’ai fait repeindre couleur or, j’ai viré l’équipe qui était trop contente de quitter ce désert sans âme ni possibilité de faire ne serait-ce que cuire un bout de viande bleu chaud, bien que situé tout à côté des cuisines ducales, et qui dispose de la seule terrasse invisible depuis l’établissement puisque située sur la place des Ducs. À deux clients l’heure, fallait vendre les boissons les plus basiques aux prix les plus élevés pour s’en sortir ! Normal, plus c’est cher de façon injustifiée moins y’a de monde, et moins y’a de monde, plus on est obligé de vendre cher pour survivre, ça ne connaît qu’une fin, le tribunal de commerce section des procédures collectives (avant on appelait ça les faillites, mais ça faisait trop peur), et ça finit en annonce légale dans le Bien Public. Là dans ce couloir, j’ai fait faire par Starck lui-même mon gisant, tout en or, énorme, pas du Klaus Sluter, du vrai grand, riche, classe, avec quatre mille pleurants que des stars. Rahan, Michel Drucker, Arthur, Albator, Robert de Niro, Starsky et Hutch, Michaël Jackson, Kennedy, de Gaulle, Churchill, Thomas Magnum, Patrick Bruel, Goldorak… Ils y sont tous en train de me pleurer pour l’éternité que je vais passer dans mon or. La méga-classe et en plus maintenant on sait à quoi peut servir la buvette du musée !!!

 
 

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