77
Magazine Dijon

Hiver 2018-2019

 N°77
 
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L’art de ne rien faire par Jean Maisonnave

Avis aux éditeurs. La forme de la lettre m’a paru la plus pertinente faute d’autres préconisations. J’y tiens. Mais il faut un chapeau, du coup cet aparté. Genre : il a fait des tas de trucs puis il a tout arrêté, donc il nous a semblé intéressant de lui poser la question : peut-on parler d’un art de ne rien faire. Avis de spécialiste…


Votre question est tout à fait paradoxale, Monsieur, on n’y peut répondre positivement sans entrer dans la contradiction. La seule façon d’y répondre avec conséquence serait en effet de n’en rien faire puisque ce faisant on y répondrait assez. Vous voyez ? Mais enfin, on est poli. Né en face d’une usine qui vomissait jour et nuit la ferraille et les hommes, j’ai très tôt réalisé que l’ennemi principal c’était le travail. Si ça c’était une vie, il fallait en changer. Et si c’était la vie, il fallait la changer. Voilà pourquoi je suis entré dans l’art. J’ai travaillé, beaucoup parfois, à m’en faire une existence ; jusqu’à ce que voyant poindre la cinquantaine, je me trouve lassé de mettre en scène des illusions. J’avais besoin de plus. De sens sûrement. De peser sur le réel autrement que par sa représentation, activité plaisante mais dont la dérision m’échappait de moins en moins. Jusqu’à ce que je finisse par conclure que cette histoire de l’art pour tous, c’était une fumisterie assez suspecte attendu que ce qu’il pouvait faire de mieux, l’art, à ce moment de l’histoire, c’était de repeindre épisodiquement le grand mur des ségrégations avec de jolies couleurs ; donc à le conforter.
C’est ainsi que j’ai lâché l’image et la marchandise pour glisser jusqu’ici* où l’on sait que la mer toujours se recommence et où l’on sait moins que la daurade, au mitan de son âge, change de sexe pour itou se recommencer. N’étant pas moi-même parvenu à imiter ce prodige, j’ai d’abord cuisiné la daurade, puis réalisé mon premier rêve d’enfant : ne rien faire, mais cette fois à temps complet. Et ça, voyez, c’est tout un art. Un art de vivre. Il faudrait développer. Peut-être même que ce serait intéressant. Mais pour en revenir à la question, je n’y ai déjà que trop répondu puisque ce faisant, je n’ai fait que trahir mon art. Souffrez donc, Monsieur, que j’y retourne : il me reste tant à ne pas faire que j’ai peur de laisser mon oeuvre inachevée.

NDLR Pour ceux qui l’auraient perdu de vue, JM a quitté Dijon pour Sète*, non pas parce qu’il coûtait trop cher à la rédaction de Bing Bang chargée de le nourrir, mais par amour de la mer, du soleil et du farniente. Il aurait troqué la plume pour le pinceau, aux dernières nouvelles.


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