80
Magazine Dijon

Automne 2019

 N°80
 
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08

par Edouard Bouyé
Directeur des Archives départementales de la Côte d’Or

Jean sans Peur, le prince meurtrier L’Histoire avec une grande Hache

1419-2019

C’est sur un pont de Montereau, aux confins de la Bourgogne et de l’Île-de-France, que se termine tragiquement la vie du deuxième grand duc Valois. C’est là qu’il reçoit de Tanguy du Châtel le fatal coup de hache qui lui enleva la vie.
Jean Sans peur avait gagné son nom à la croisade, où il avait été fait prisonnier, à Nicopolis (Bulgarie) entre 1396 et 1398. C’est sans peur et peut-être même avec confiance qu’il s’avance sur le pont pour rencontrer son cousin le jeune dauphin Charles. Charles VI, son père, était fou, mais le futur Charles VII, quant à lui, était faux. Tous les torts ne sont pourtant pas du côté du commanditaire et témoin de l’assassinat. Car Jean sans Peur était un « prince meurtrier » (B. Schnerb).


Jean sans Peur, le prince meurtrier

Au confluent de l’histoire

Jean sans Peur, c’est l’histoire d’un prince très puissant qui entend tirer son épingle du conflit opposant la France à l’Angleterre et qui n’hésite pas pour cela à faire assassiner son oncle le duc d’Orléans en 1407. Ce sang crie vengeance et, malgré les rabibochages spectaculaires des années suivantes, il met entre le parti dauphinois et le parti bourguignon une haine inexpiable, un véritable mur de sang.
Le Dauphin se méfie de la connivence avec les Anglais du cousin de son père ; il soupçonne le duc de Bourgogne de vouloir rassembler à son profit les princes français, pour mieux manipuler le roi devenu fou. Élisabeth II d’Angleterre et ses premiers ministres ont la volonté, en 2019, de se couper du continent européen ; ses prédécesseurs avaient alors l’obsession inverse. D’Édouard III (en 1340) à Georges III (en 1801), soit durant près de cinq siècles, les souverains anglais revendiquent le royaume de France en plaçant dans leurs armes les lis de France. Ces lis étaient comme un aiguillon au flanc de la France, comme un fer au feu prêt pour la guerre. C’est par le blason que les souverains anglais, qui s’intitulaient « rois de France et d’Angleterre », manifestèrent longtemps aux yeux du monde leur rêve de France. Et ils n’ont de cesse que d’être comme un coin entre le Dauphin et le Duc.
En 1419, c’est une partie de billard à trois bandes qui se joue, entre un roi de France affaibli, un roi d’Angleterre concupiscent et un duc de Bourgogne dont les seigneuries s’étendent de Mâcon à Amsterdam. Mais une partie de billard sanglante : une guerre nationale, civile et familiale.

Le meurtre d’un meurtrier

L’automne 1418 et le printemps 1419 avaient pourtant été consacrés à des conférences de négociation entre Dauphinois et Bourguignons ; une paix fut conclue au Ponceau (à Pouilly-le-Fort, dans l’actuelle Seine-et-Marne) le 11 juillet ; le dauphin et le duc échangèrent des présents et l’on festoya. Mais il fallait aller plus loin pour définir une stratégie commune contre l’Anglais. La rencontre suivante eut lieu à Montereau. Chacun prend ses précautions : les hommes d’armes du roi et du duc sont respectivement dans la ville et dans le château, chacun ne peut venir sur le pont qu’avec dix hommes, on inspecte les maisons environnant le pont… un peu lorsque Donald Trump rencontre Kim-Jong-Un sur la ligne de démarcation des deux Corées. L’entrevue était un traquenard, le duc est massacré à coups d’épée et de hache, les partisans du dauphin veulent jeter le corps de Jean dans l’Yonne, mais les curés présents protestent. Le corps est rendu aux Bourguignons ; il est inhumé provisoirement à Montereau, et sera porté à la chartreuse de Champmol, près de Dijon, entre juin et juillet 1420. Là se déroulent les cérémonies funèbres, entre le 11 et le 13 juillet.
Les membres de l’entourage ducal présents à Montereau eurent des destins divers : soumission, rançon, exécution, détention. Les biens apportés par le duc Jean à Montereau furent partagés par le Dauphin entre ses partisans. De son côté, Philippe le Bon poursuivit avec acharnement tous ceux qui avaient trempé dans le meurtre de son père – à l’exception du Dauphin.
L’Histoire s’écrit avec la grande hache de Montereau, car le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, s’engage résolument dans l’alliance anglaise contre le roi de France. L’année suivante, au traité de Troyes, le roi Henri V d’Angleterre est désigné comme le successeur de Charles VI.
Durant quinze ans la France est coupée en deux, la guerre se prolonge, et il faut l’intervention de Jeanne d’Arc pour redresser la situation du dauphin Charles, déshérité par ce traité de Troyes ; il retrouve alors l’alliance avec le duc de Bourgogne, contre l’Anglais, au traité d’Arras en 1435.
Durant ces années, le duc Philippe le Bon, se détournant des affaires françaises, se consacre à l’affermissement de son État bourguignon, méritant ainsi le titre de Grand-Duc d’Occident. Si Charles le Téméraire avait réussi à faire de ses seigneuries un royaume, peut-être l’histoire eût-elle été écrite autrement, et c’est Charles VII qui aurait été appelé le Dauphin « meurtrier ». ■


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