66
Magazine Dijon

Printemps 2016

 N°66
 
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Irène Chauvy reine du polar historique à la française

Avant de ramener son héros en Côte d’Or pour enquêter sur l’imposture Alésia, elle continue, à la Réunion, de réinventer la France de Napoléon III. Pour notre plus grand bonheur. Son dernier ouvrage sort ce printemps aux éditions ExAequo.


Irène Chauvy

Pour suivre son mari, muté à la Réunion, Irène a dû quitter son bureau à l’Université de Bourgogne pour un autre, à Saint-Denis-de-la-Réunion. Du coup, elle n’écrit plus la suite des aventures du capitaine Hadrien Allonfleur derrière la baie vitrée de sa maison de Talant, mais depuis sa terrasse, où elle a vue sur la mer.
Irène, ce n’est pas trop son truc la chaleur, les moustiques, l’eau trop chaude, elle nous envie quand on se pèle ici parce qu’il fait juste un degré alors qu’elle doit en supporter 28 de plus à la même heure. Elle ne se moque pas, ce n’est pas dans son tempérament : elle est née dans les Cévennes, un coin pas forcément hilarant, qui sert de décor à une partie de son dernier polar, La Mouche du Coche.
Irène est une tueuse méthodique. Ses cadavres, elle les a semés dans des lieux qu’elle a pris le temps de repérer, qu’il s’agisse de la route des vins, entre Dijon et Nuits, pour La vengeance volée, premier épisode de la saga (qui a reçu le prix « Ça m’intéresse » catégorie Histoire) ou de Paris sous le Second Empire… qu’elle retrouve chaque soir par la magie d’Internet.

Quoi de plus beau qu’un meurtre pour cette femme qui a toujours la tête dans le passé tout en essayant de s’intéresser au présent ? Dense, riche, passionnant, humain, vous allez aimer le dernier opus d’une série qui nous est devenue familière. Hadrien Allonfleur, capitaine dans l’escadron des Cent-gardes, est chargé d’élucider les affaires délicates susceptibles d’éclabousser l’Empereur ou ses proches. On est en 1864, dans les coulisses de l’Opéra, les tutus s’enflamment, les cœurs aussi. Hadrien devrait un jour prochain suivre Napoléon III à Alise-Sainte-Reine, village entré dans l’histoire l’année suivante par le caprice d’un homme qui y a semé des pièces de monnaie gauloise pour faire croire que… Une piste de départ, mais on peut faire confiance à Irène pour en inventer d’autres. À la Réunion ou ici, quand elle prendra sa retraite. Car elle a toujours sa maison à Talant et une piscine qui l’attend, pour qu’elle ne soit pas trop dépaysée. ■ GB

roman la mouche du coche

Si son dernier ouvrage n’est pas en librairie, commandez-le à l’éditeur.
www.editions-exaequo.fr

Dijon sous Napoléon III

(extraits du premier roman d’Irène Chauvy )

Les bâtiments étaient austères, mais imposants. Des fiacres patientaient sur la place. Dijon, nous confirma le commissaire, était en plein développement. Les abords de la gare étaient bruyants et fleuraient bon le crottin de cheval. Des malles-postes attendaient le départ pour les villes avoisinantes. Des gamins couraient entre les caisses. J’examinai discrètement quelques dames. La mode féminine faisait preuve de pondération, plus qu’à Paris, sauf pour les chapeaux dont l’exubérance avait tout du verger en fleurs. Des représentants de commerce, costumes noirs et cols cassés, discutaient entre eux clientèle et bénéfices.

Ils me quittèrent sur la place Saint-Étienne. Un marché avait dû se tenir le matin même, car des restes de légumes traînaient sur la chaussée. Un chien gris grognait devant une caisse retournée. Un passant le chassa en tapant du pied. Les sabots d’un cheval cliquetèrent sur le pavage. La ville était trop calme à mon goût. À toute heure, Paris grouillait, sentait, s’époumonait. À six heures ici, on devait entendre le claquement des volets : les Dijonnais s’enfermaient pour la nuit. Je m’arrêtai devant la devanture d’un coutelier. Entre une pelle à tarte en argent et une pince à sucre, un carton indiquait Fermé pour cause de mort.

Nous prîmes la direction de Chenôve, laissant derrière nous la place Darcy et la porte Guillaume. La route, bien que passante, était en bon état… Les habitations se réunissaient par villages ou gros bourgs. Nous dépassâmes Marsannay. Des paysannes rameutèrent leurs poules à notre passage. Un chien noir courut après la voiture en aboyant, obligeant le cheval à faire un écart. À Couchey, un groupe de femmes jacassait devant le lavoir. Je m’arrêtai pour leur permettre de traverser, le panier de linge sur l’épaule, le battoir dans la main. Leurs tabliers étaient mouillés, leurs bras nus et rougis me firent frissonner. Le cabot hésita, trottina derrière elles à distance prudente, puis rebroussa chemin pour venir gambader à nos côtés jusqu’à l’entrée de Fixin. Le printemps n’en était qu’à ses balbutiements.


 
 

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