57
Magazine Dijon

Hiver 2013-2014

 N°57
 
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DIJON FIRST PREMIUM PIQUETTE LUXURY

Il était une fois... La Cras

Une ferme modèle pour le Grand Dijon ? Un domaine viticole capable de faire trembler les Beaunois ? Un espace à parcourir à pied, à cheval plus qu’en voiture, surtout, dernier terrain de liberté ayant échappé à l’avancée du béton. Certains demandent déjà des comptes. Nous, on préfère les contes !


Le Domaine de la Cras, tous les trekkers urbains partis randonner entre Corcelles-les-Monts et Plombières sont tombés un jour dans le panneau. Seuls les vrais amateurs de curiosité viticole avaient eu l’occasion de goûter les vins blancs produits en petite quantité sur ce domaine. Un vin rare (et pas forcément cher) qui n’allait pas justifier à lui seul le rachat du domaine par le Grand Dijon. Un évènement passé inaperçu du grand public avant que certains ne parlent chiffres.
1 500 000 euros pour sauver 160 hectares de terrain non pas des eaux (pas de danger, le lac est bien plus bas, et sur ce terrain crayeux, ni le blé ni le cassis ni le houblon ne poussent vraiment), mais des requins de l’immobilier qui vont devoir aller bétonner ailleurs. 11 000 logements auraient pu pousser là, sur les hauteurs, à deux pas de la nouvelle LINO, des combes à la Serpent et autres charmantes bestioles, d’un lac restant un des plus belles idées du cher vieux Kir.
C’est à ce personnage, ô combien controversé de la vie politique locale, que François Rebsamen a rendu un hommage ironique, en présentant le dossier de la Cras quelques minutes avant le conseil de communauté de l’agglomération dijonnaise (qui vaut son pesant de cacahuètes à lui tout seul, mais ça c’est un autre sujet !) qui devait entériner le projet.


Kir y est, aleison !

Campagne : La Cras

Pour comprendre ce qui se passe - et surtout ce qui risque de se passer demain - sur le plateau de la Cras, il faut faire un retour en arrière, imaginer le paysage quand le lac Kir n’était encore qu’un vaste espace planté de jardins maraîchers et de potagers. Un ministre de De Gaulle, dont personne n’a retenu le nom, rêvait pour Dijon d’une entrée digne de ce nom, à la sortie d’une bretelle d’autoroute faisant alors une cour discrète au canal. Une quatre voies aurait pénétré dans le nouveau quartier de la Fontaine d’Ouche, le Belvédère aurait de toute façon ses maisons de rêve avec vue, et il ne restait plus qu’à urbaniser ce plateau un peu cra-cra de la Cras, pour le plus grand bonheur de certains portefeuilles ministériels et autres.
On y a échappé, et depuis quelques décennies pas mal d’enfants ont pu courir derrière des cerfs-volants sur le plateau, une famille de vignerons a pu subsister, des chevaux ont pu courir...
Lorsque la SAFER a communiqué la vente de tout le domaine, rares étaient ceux qui imaginaient que le Grand Dijon allait finalement se décider, en cette période tendue pour les finances, à acquérir tout le lot, dans un but de développement agricole, ou du moins durable, qui plus est.

Bonjour vin bio, moutons, couvées !

« La tendance actuelle étant plutôt à l’achat de terres pour urbaniser... Là, on achète pour protéger un secteur fragile (le risque majeur était un démantèlement du site et une vente en petits morceaux !) et le mettre en valeur ». C’est à Benoît Bordat, qui a suivi le dossier pour la ville en tant qu’élu (on vous parle un peu plus loin de ce politique encore vert, amoureux des abeilles, du vin et de la liberté de parole) qu’on a demandé de nous conter tout ça, après en avoir entendu d’autres lui demander des comptes.

« Certains vont encore évoquer une dépense supplémentaire... Depuis quand investir dans le foncier agricole est-il une mauvaise chose ? Un honorable (ou moins honorable, NDLR) Chinois aurait racheté, on aurait crié au loup et vanté notre incapacité a préserver le patrimoine ! On aurait urbanisé, c’aurait été la même chose. »

Il y aura donc, désormais, d’un côté le Domaine de la Cras, qui sera confié à un jeune viticulteur, Marc Soyard, actuellement chef de culture au domaine Jean-Yves Bizot (Vosne-Romanée). Vingt-deux hectares maximum (pas 160, les vignerons de la côte déjà inquiets peuvent passer Noël tranquille !) dont huit sont déjà plantés. Et ce n’est pas encore demain qu’on pourra déguster l’une des deux mille bouteilles réservées pour le Grand Dijon...

De l’autre côté, on trouve surtout, et le maire a insisté sur cet aspect, des terres agricoles destinées à différents projets : « Des ovins et caprins sur cinquante hectares, un centre équestre sur quarante hectares... » Bon, d’accord, la ferme modèle pour les enfants du siècle à venir façon Martine à la ferme, on l’a un peu rêvée. Pas de bus scolaires grimpant allègrement les lacets depuis Plombières pour aller déposer des centaines de bambins heureux d’aller caresser un mouton, traire une vache, patauger avec un cochon. Quoique...

On va conforter des exploitants locaux et en installer d’autres sur des projets innovants. Une truffière est prévue. Pourquoi pas de nouvelles ruches pour les abeilles (on est de plus en plus adepte du miel de Dijon !), des plantes médicinales, un verger conservatoire à deux pas de la cité et ouvert aux habitants avec des circuits pédagogiques, « pour mieux comprendre que les pâtes ne poussent pas dans les placards mais qu’il faut faire pousser du blé, que l’huile c’est du colza et du tournesol », comme le souligne Benoît Bordat...

Et oui, c’est inédit, c’est fort, cette opportunité était unique pour Dijon, surtout à l’heure de la future cité de la gastronomie : mise en valeur des côteaux de Dijon, maintien de l’activité viticole, soutien à l’agriculture et à l’installation des jeunes
Tout à la fois un projet important pour le développement agricole, économique et la promotion d’une agglo engagée dans le développement durable...

Cocorico ! Il ne manque plus que des coqs, des poules, en ville. Un marché paysan le dimanche place des Halles Champeaux, enfin libérées des voitures. Oui, rendez-nous des coqs, on préfèrerait être réveillés par eux que par les milliers de bouteilles vides qui tombent jour et nuit dans les conteneurs du centre. Dijon douce à vivre... A l’extérieur mais plus au centre ? Allez, encore un effort, le Grand Dijon ! ■ Gérard Bouchu


 
 

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