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Magazine Dijon

Avril mai juin 2010

 N°42
 
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03

Jean Maisonnave

Humeurs de table par Jean Maisonnave Eloge du pape, de la pizza et de la culture en general

« L’art est le lieu de rencontre avec le mystère » écrit Jean-Paul II. Démarrer une chronique gastro en citant le pape, ça fait riche ; mais ce n’est pas des riches dont il est question ici. Le pape évoque le mystère de la présence de Dieu ; moi ce serait plutôt celui de l’humaine condition.


pizza
photo prise du portable de Jean Maisonnave (à jeun en plus, aucunes excuses).
La pizza sicilienne de Gino Sorbillo, Naples, février 2010 (ap. JC)

Quand on se balade dans les ruines de Pompéi -ce qu’il faut faire en hiver, justement- on est d’abord frappé par l’absence ; tout est là, les murs, les traces, les ombres et personne. Puis on s’approche, on voit sur les murs une fresque en morceaux, une perdrix qui guette, une Vénus en coquille, une jeune femme en robe aérienne, la beauté… on se dit : voici l’homme. Puis on s’approche encore et on voit ça, autour, sur la peinture même : Marco et Paula, août 87 ; à Johanna with love ; Roger et Josiane, Compiègne ; Kurt à Ursula etc. La connerie est internationale. Et on se dit : voici l’homme. On ne sait plus s’il faut espérer ou désespérer, s’enrager ou se résigner. Une fois, dans une grotte, j’en ai vu un casser en douce un petit stalagmite pour l’offrir à sa Josiane. La haine. Des millénaires, des milliards de gouttes d’eau pour arriver à ça, le primate irréductible, le crétin satisfait, l’abîme culturel.

Jean Maisonnave
Comprenez le comme vous voudrez, en sortant de Pompéi, j’avais envie d’une pizza. On est allés chez Sorbillo*, à Napoli. C’est lui qui a inventé le « calzone » ; enfin, il faut aller à côté, c’est la même famille et c’est moins la bourre. Si on veut savoir à quel degré d’excellence peut aboutir la pizza, c’est là. Tomate, mais miranda, olive mais taggiascha, mozarella « fior de latte », anchois de Vulcano. Des siècles de civilisation rurale sur assiette en pâte, pétrie à la main, et on bouffe même l’assiette. Pour moins de 10 euros. On en sort plus riche qu’on est entré, comme réchauffé, au milieu des crèches (c’est le coin des bondieuseries). A Pompéi, on a retrouvé des restes de pizza solidifiés du premier siècle après JC, c’est marrant, on dirait des poteries. Ce qu’il y avait dessus, on ne sait plus…
En revenant d’Italie, on a voulu s’arrêter à Mandelieu. Une auberge top classe, un chef très inventif, j’avais envie de belle cuisine, on ne peut pas vivre que de tomates et d’anchois, la gastronomie a avancé depuis Pompéi. Le petit menu : 130 euros. Le plat le moins cher à la carte : 66 euros -il est vrai en « déclinaison trilogique »- mais un voiturier devant la porte, bonjour Monsieur, je vous gare ? Non Amiral, je me barre. En repartant, c’est moi qui me demandais où eux pouvaient bien aller comme ça. Il y a à peu près 5% de la population qui peut s’offrir cette excellence, et ça ne fait que diminuer par les temps qui courent.
On a poireauté 20 minutes à la pompe à essence. Une vague crainte de fermeture des raffineries, pénurie possible paraît-il. En fait, ils la creusaient tout seuls, comme des grands, la pénurie. Rien que trois jerrycans pour le quidam de devant. Les mêmes blaireaux que les ineffables graffiteurs pompéiens. Putain, on n’est pas sortis de l’auberge, me disais-je comme un malpoli.
On a fini par retourner à Nice, manger une pizza à la Villa d’Este. C’était sûrement le vin, toujours est-il que j’en suis ressorti réchauffé. Tomates, olives correctes. Pour la margharita, créée pour une princesse, il faut attendre la saison du basilic.
Et qu’est-ce que je voulais dire, moi, avec tout ça ?
Voilà : la pizza me réconcilie avec le peuple !!
Peut-être parce qu’en Italie, elle n’est pas un expédient mais une affaire culturelle.

*Pizzeria Sorbillo, 32, 34, 38 via dei Tribunali (quartier Spacca)

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