47
Magazine Dijon

été 2011

 N°47
 
Accueil > Les numéros > N°47 > 02 > Dijon revu par… Antonin Dujardin
02

Dijon revu par… Antonin Dujardin homme de petite taille mais de haute moralité. (Part one)


BingBang Antonin, bienvenue à Dijon, capitale des Ducs de Bourgogne. Toute l’équipe t’attendait hier, mais tu as passé la nuit à Paris. C’était prévu ?

Antonin Dujardin J’ai voulu rendre visite à des cousins Disney qui vivent à Marne-la-Vallée, dans une grande communauté où on ne voit pas le temps passer. C’est une fête continuelle, je me demande ce qu’ils prennent, comme médicament, pour être aussi euphoriques…

BB Tu m’aurais dit ça, je t’aurais rejoint là-bas, les retrouvailles n’ont pas du être tristes.

AD J’aurais du prendre un TGV direct pour Dijon. J’ai cru que je m’étais trompé de gare, je ne la voyais pas comme ça, ta ville. Vous n’avez pas encore fini de tout reconstruire, depuis la guerre ? Je trouve les Flamands plus courageux. Chez nous, tout le monde s’y est mis, et personne ne voit la différence. Toutes les façades ne sont pas d’époque, mais personne ne le dit. On a besoin des touristes pour vivre. Vous pas, apparemment, j’ai vu la pub dans le métro…

BB Je doute que tu aies pu voir la pub dans le métro...

AD Jérémie m’avait confié à un ami qui m’avait glissé dans son sac à dos. Mon porteur s’est arrêté devant un panneau géant où l’on voyait écrit : ‘Il n’y a pas de touristes en Bourgogne’… C’est pas parce que vous êtes des sauvages, c’est parce que vous aimez choisir ceux qui viennent vous voir, c’est ça ?

BB C’est un peu ça, on voudrait qu’on nous aime comme on est, qu’on vienne pour nos vins, nos fromages, nos maisons, nos monuments, notre philosophie de la vie, notre esprit…

AD Tu as fumé quoi, en m’attendant ? Je te signale que ça fait une heure que je suis arrivé, je n’ai vu que des panneaux indiquant des interdictions de stationner, de passer, de traverser… La ville est un grand chantier, tu n’as pas arrêté de rouspéter parce que tu ne pouvais pas avancer, ta voiture est garée dans une rue sinistre où tu as failli me déposer sur une crotte de chien, il y a des sacs poubelles éventrés partout… On est où, là ? Tu ne vas pas me dire qu’on est près de chez toi ?

BB Panique pas, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Tiens, là, tu vois la fleuriste, elle sourit, en face, le gros monsieur en tablier qui te propose de boire un verre, il a une bonne tête, non ? On a passé le poste frontière, tu es arrivé dans le centre ancien, regarde autour de toi, il y a des maisons anciennes…

AD Tu rigoles, ils sont où, les jardins ? Je ne suis pas tombé de la dernière pluie, j’ai lu ce que tu avais écrit dans le routard Bourgogne, tu parles d’une ville verte, calme, avec des hôtels particuliers, des maisons moyen-âgeuses, des Halles comme autrefois…

BB Montre-moi ton guide. Evidemment… tu as pris une édition d’il y a dix ans. Je te ferai lire ce que j’ai mis dans la prochaine, sur l’ordi. Depuis, on a changé de millénaire, de maire et de politique de la ville.

AD Il n’est plus à droite, le maire ?

BB Non, mais il est adroit. Il a su y faire avec les Dijonnais.

AD L’autre était resté des décennies, comme les Ducs, vous n’aimez pas le changement par ici. Vous en prenez pour combien de temps, cette fois ?

BB Difficile à dire, tout dépend de ce qui va se passer demain une fois les travaux terminés. J’ai du te le dire, on a un tram en chantier, en ce moment…

AD J’aurais cru que vous creusiez pour un métro, vu l’ampleur des dégâts. Tu me montreras les plans ?
BB Si ça t’amuse, on pourras même aller jusqu’à la Toison d’Or pour suivre la future ligne !

AD Je ne savais pas que vous aviez conservé un palais qui porte le nom de mon collier vénéré. J’ai rien vu dans ton guide. J’espère qu’il y a un musée digne de ce nom et que le tram permettra de voir la cité des Ducs sans avoir à marcher, quand je reviendrai. Quand on a visité Vienne, avec Jérémie, on a passé du temps à admirer le trésor des Ducs. Vous allez le rapatrier, le collier de la Toison d’Or, à la fin des travaux ?

BB Tu sais, ici, on ne fait plus vraiment dans la nostalgie des grandes heures, on est dans le pragmatisme. Même la cité des Ducs, le tram la contourne, l’ignore même totalement. Il ne traverse que des quartiers sans grand intérêt architectural, sauf peut-être aux yeux des architectes du futur. Et la Toison d’Or, c’est un centre commercial comme un autre…
AD C’est là que tu vas faire tes courses ? Tu m’emmèneras, sur ton caddie, j’aime bien voir la tête des gens dans les grandes surfaces. Ils ne font pas attention à moi, ils me prennent pour un jouet.

BB Je vais t’emmener plutôt voir les commerçants du centre, je ne prends plus la voiture depuis que les travaux ont commencé, comme beaucoup de Dijonnais. C’est plus sympa, comme ça.

AD Tu parlais tout à l’heure d’un ‘dernier été entre nous !’. Tu es raciste, toi ? Tu as peur d’être envahi par les hordes de touristes ou tu as peur des banlieues ?

BB C’est ton humour qui vole bas, cette fois. Je serai très content d’avoir un tram presqu’à ma porte, demain. Son arrivée s’accompagne d’un nouveau plan de circulation, de rues rendues aux vélos, aux piétons, aux terrasses. La vie en ville deviendra plus douce à vivre, pour reprendre les mots du maire, qui a intérêt à tenir ses promesses… On sait qu’on est en train de vivre la fin d’une époque, que la ville qu’on a connu depuis des décennies est en train de disparaître, qu’il faut se préparer à une ouverture sur le monde. On est une petite ville en train de grandir…

AD Elle a bien de la chance, elle…

BB Oui, bon, c’est une image… Excuse-moi ! Mais on peut s’inquiéter justement de l’image que la ville aura et qu’elle donnera demain. Qu’est-ce qui t’amuses ?

AD J’attendais que tu me parles du foot. Pour une ville qui était plutôt qualifiée de bourgeoise, je trouve que vous faites dans le populaire, maintenant… Jérémie m’a dit que le maire était un fan de foot, c’est vrai ça ?
BB C’est sûr qu’il a du voir plus de matchs que moi dans sa vie. Quand je parlais de ‘dernier été entre nous’, c’est aussi à cause du foot. Les Dijonnais se voient déjà envahis par des hordes avinées en train de hurler « On a gagné » ou en train de tout casser au cri de « On a perdu ».

AD Vous faites le contraire de Lens, en somme ? Eux, ils pleurent leur équipe passée en seconde division et se réjouissent à moitié d’accueillir « Le Louvre 2 » à l’entrée de leur ville. Vous avez un musée en réfection qui pourrait attirer plein de monde mais vous ne pensez qu’à la baballe. J’arrive pas à vous comprendre, les mecs !

BB On va aller prendre l’apéro ce soir chez Françoise, tu vas rencontrer pas mal de beau monde chez elle, même du bobo monde, mais au moins tu sauras tout ce qui se passe dans le milieu artistique local…

AD C’est pas près de Dijon qu’un architecte japonais a construit un musée qui devrait attirer des millions de visiteurs du monde entier ?

BB Ne te moque pas, c’est pas gentil. C’est Metz qui a gagné le droit à devenir une ville d’art alors qu’avant tu n’aurais pas eu envie d’y passer un week-end. Tu le savais, avoue…

AD Quand tu prends cet air mauvais, tu me rappelles un cousin. J’ai pourtant lu ça dans le journal local, en t’attendant à l’entrée de la gare, puisque tu étais en retard…

BB J’ai compris, tu veux parler du Consortium, c’est le même architecte, et c’est un des évènements de l’été, mais là, ça reste encore entre nous. Quoique, avec le TGV Grand Est, on risque de voir un nouveau public découvrir Dijon, l’an prochain, un public plus tendance…

AD Le Dijonnais va enfin sortir de sa coquille, c’est ça ?

BB C’est une allusion au fait qu’il est l’heure de déjeuner, je suppose. Tu as de la chance, on arrive place de la Lib, comme il ne fait pas trop chaud, on va te trouver une place en terrasse. Tiens, regarde, il y a un cousin à toi qui nous fait signe. Et tu vas voir le tout-Dijon défiler, pose-toi, je dois aller saluer la reine-mère, ici, il faut toujours respecter les convenances…


 
 

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | SPIP PUBLICITÉ : 03 80 73 01 15 ou 06 86 86 48 28 - contact@bing-bang-mag.com
BingBang magazine Dijon - Edité par EDIBANG : SARL au capital de 14 400 euros - 52, avenue de Stalingrad - 21000 DIJON - Tél : 03 80 73 01 15 - E-mail : 

Création sites internet Dijon : i-com - Photographic : Photographe publicitaire - Marielys Lorthios Photographe culinaire
Toute reproduction même partielle des articles et des photos interdite. Droits réservés.