64
Magazine Dijon

automne 2015

 N°64
 
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02

■ Jean-Guillaume Dufour

Dijon Vignes ou le Grand Vignoble

1200 hectares ! Ca vous dit quelque chose ? Non ? C’était la surface de terres plantées de vignes fin XIXe à Dijon !


pressoir sur charette dans les rues de Dijon
© Archives municipales de dijon - pressoir sur charette dans les rues de Dijon

À la fin du XVIIe siècle, il y a 321 vignerons à Dijon, habitant majoritairement le quartier Saint-Philibert (aujourd’hui appelé quartier Condorcet) ; le quartier des culs bleus (c’est ainsi qu’ils sont surnommés) est très populaire, et très aviné !
Le marché aux vins se tient place Saint-Jean (Bossuet n’était pas né), la production de Dijon et de sa banlieue est indifféremment appelée Vin de Dijon et jouit d’une très bonne réputation. Les vins blancs des Marcs-d’Or sont réputés aussi bons que les Meursault, et les parcelles de vieilles vignes plantées en pinot donnent des rouges remarquables.
Tout cela ne date pas d’hier, au VIe siècle, Grégoire de Tours décrit des vignes sur les coteaux de Dijon qui étaient la continuité de ce que l’on n’appelle pas encore la Côte de Nuits. Il s’agissait des vignes du Clos du Roi, des Champs Perdrix, des Marcs d’Or, il y avait encore le Chapitre, les Valendons, les Montre-Cul, les Violettes, les Pisse Vin, les Echaillons, Larrey, les Gremeaux, il y avait aussi Les Chartreux avec en face les Perrières, il y avait déjà la Cras, Talant, Fontaine, Daix, Plombière, Messigny, Asnières, Saint-Appolinaire, Ahuy, Collonges et Bussy (entre Dijon et Plombières), les vignes de Porte Neuve, celles de Saint-Jacques, de Mirande, des Poussots, des Lentillères, de la Chèvre Morte, du Clos de Pouilly, … autant de noms qui sonnent encore aux oreilles dijonnaises, même si les grappes n’y sont plus.
Le problème de ces vignes, ce qui causera leur perte, c’est justement leur trop grande proximité avec la ville et donc de ses consommateurs. L’augmentation de la demande due à l’accroissement de la population urbaine pousse les vignerons à planter du Gamay plutôt que du Pinot ; le premier offrant de plus gros rendements et ne nécessitant pas un élevage long se retrouve très vite dans les tavernes dijonnaises, au plus grand profit du vigneron. Mais cela se double d’un effet pervers, la production augmente très vite au détriment de la qualité, les prix ont tendance à baisser, et la culture de la vigne devient de moins en moins rentable. Ainsi, après la grande épidémie de phylloxéra du début du XXe siècle, les parcelles ne seront pas replantées.
Après la Première Guerre, Joseph Clair-Daü (que son nom soit sanctifié !) tente de faire admettre une AOC Côte dijonnaise, sans succès. L’urbanisation est galopante, les derniers ceps des Marcs-d’Or seront arrachés en 1967 pour laisser place à la Fontaine-d’Ouche !
Puis quelques illuminés, ou plutôt des héritiers qui ont le Pinot et le Chardonnay dans leur patrimoine génétique, ont tenté de retisser ce lien millénaire au début des années 80 en replantant quelques ares aux Marcs d’Or, sur le Plateau de la Cras à Talant. La forte augmentation qualitative permet de refaire le lien avec la Côte qui a connu une trajectoire inverse de celle du vignoble urbain, en augmentant la qualité et en allant chercher des débouchés partout autour du monde.
Pour le lien géologique, viticole, qualitatif, la reprise est en cours, reste un lien sociologique et économique à retisser.
À quand des places de parking réservées aux enjambeurs ? À quand des vignerons installés en plein centre ville ? On a bien des liquoristes. À quand des négociants dijonnais tenant boutique à la Toison d’Or ? À quand le Cellier de Clairvaux rendu à sa destination, rempli de cuves et de pièces ? Combien de Bas Reuzés recensés intra-muros ? Vous ne savez pas ce qu’est un bas reuzé ? Aujourd’hui on dit plutôt un Bareuzai, oui oui, comme la place François Rude. Vous vous souvenez tout de même qu’avant la traîtresse Loi Le Chapelier, les maîtres de la corporation des vignerons portaient des bas roses, en patois de l’époque des bas reuzé ou rozés, qui rappelaient la couleur des jambes des vignerons après le pigeage des cuves. Le bareuzai était un autre surnom des vignerons.
Vous voyez bien que j’avais raison de demander de planter de la vigne à cet endroit et de transformer le parking Grangier en cuverie !
Le centre de Dijon c’est la vigne, le vin et les vignerons, à quand un grand festival des vins à Dijon Centre, à Dijon Vignes !
« Pour moi le meilleur souvenir de Dijon ce n’est pas le climat, ce sont Les Climats ! », c’est ce que m’ont dit et le Pape François et Barak Obama. En tout cas, ils m’ont dit que c’est ce qu’ils auraient dit s’ils avaient eu le privilège d’être reçus à Dijon. C’est dire s’il faut les chérir et les aimer, ces Climats. ■


 
 

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