64
Magazine Dijon

automne 2015

 N°64
 
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08

par Gérard Bouchu
Photos : Nicolas Coupet et Alexis Doré -www.dorexela.blog.fr

Dijon / Katmandou mur-mur

Vous pourrez retrouver toutes les photos du reportage sur la page Facebook Doré Alexis ou sur le blog www.dorexela.blog.fr

Quand l’enfer du décor se heurte au paradis des bienheureux :
la dernière expo photos d’Alexis Doré fait grimper aux murs les Dijonnais


Dijon / Katmandou

Pas de pages consacrées aux Dijonnaises sous la couette, dans ce numéro, comme on l’avait espéré pour la suite de la série « Poses intimes ». Ce sont d’autres photos qu’on vous offre, prises au petit matin, disparues pour la plupart à l’heure où vous découvrirez ce mag : elles en dérangeaient certains, plus que les tags, plus que les mecs qui viennent pisser sur le pas des portes à la sortie des boîtes.
Muettes, elles parlaient d’elles-mêmes, aux yeux d’Alex Doré, qui les avait sélectionnées. Pas assez fort pourtant pour faire comprendre qu’elles n’avaient pas été placées là au hasard, ou pour annoncer un spectacle, une manif, allez savoir, il n’y avait rien d’écrit.
Angoissant, l’absence de mots. Il aurait fallu installer des tablettes tactiles, des écrans lumineux pour raconter, mais d’une part, ça aurait coûté cher, d’autre part on frôlait la légalité, on sortait du semi-interdit, du remue-méninges espéré.
Et d’abord, c’était quoi ces murs déglingués, ces visages ne respirant pas la joie de vivre ? Encore une histoire de migrants ?


Zinzin au Tibet !

On n’avait pas réellement saisi l’importance du projet quand Alex était parti au Népal, ce printemps, photographier cet « Enfer du décor » qui le fascine, l’obsède, l’émeut aussi plus peut-être que ses photos, publiées pour certaines dans Bing Bang (un port du canal à Dijon, un hôpital abandonné à Saint-Nazaire), ne le laisseraient imaginer.
Comme il n’en fait qu’à sa tête, j’attendais la suite des mésaventures de notre Zinzin au Tibet, en préparant d’autres voyages, pour des guides plus peinards (même si leur créateur s’était fait connaître justement, il y a près d’un demi-siècle de cela, par le premier guide du routard autour de Katmandou).
Alexis aurait pu se contenter de témoigner via son site et Facebook. Il n’a pas voulu d’une expo entre les murs protégés de l’Alchimia, il a préféré prendre le risque d’une confrontation à ciel ouvert. Pas avec la police, ni avec la mairie, mais avec le regard des autres.
Alex a réussi à faire parler les murs bien tranquilles de sa ville. En les confrontant, par photos interposées, à d’autres murs ayant une histoire plus perturbée à livrer à l’œil du photographe : ceux de la ville de Katmandou, bien sûr, touchée cette année par de nombreux séismes.

La destruction d’un héritage

« L’esthétisme personnel d’un daltonien, à travers des clichés désaturés, à mi-chemin entre la couleur et le noir et blanc, loin de la photo touristique et son goût de carte postale. Il ne s’agit pas ici d’y trouver de la beauté ». Ce sont toujours les mêmes mots qui reviennent chez lui, lorsqu’il s’agit de parler du travail réalisé : destruction, abandon, peur de l’oubli, témoignage à vif d’un « héritage détruit, qui n’existe plus qu’à travers les bribes, les débris, les squelettes d’une architecture chargée d’Histoire et d’histoires ; des images qui montrent un futur incertain, nous laissant dans l’impossibilité de se projeter ». Cette fois, le regard de l’homme est là pour nous déranger encore plus. Normal, « car il est au cœur du sujet. Sous les décombres, des vies, des souvenirs, des histoires anéanties en un instant par une catastrophe naturelle. La nature reprend ses droits et rappelle à l’homme sa toute-puissance. »
Alex n’a pas choisi la facilité pour faire passer son message. Ceux qui savaient l’ont lu sur internet. Ceux qui se lèvent tôt (ou se couchent tard) ont vu ces photographies agrandies s’afficher sur les murs des rues dijonnaises.
Alex ne se faisait pas d’illusion, il savait qu’il travaillait dans l’éphémère. « Des affiches* vouées à être arrachées, dégradées, détruites par l’homme ou par le temps. Amenées à disparaître à leur tour. »
Et sans le regard d’un autre photographe, Nicolas Coupet, complice et interrogatif à la fois, il ne resterait rien aujourd’hui de ce témoignage. Les murs continueront de se taire. Ils en ont tant vu, tant entendu, à Dijon. Eux sont toujours là, se moquant de l’aspect éphémère et fragile de l’existence humaine. ■

*Merci à Jérôme Gorce de Photo Express - Place Grangier qui a financé les tirages sans contrepartie.


 
 

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