56
Magazine Dijon

Automne 2013

 N°56
 
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02

Par Gérard Bouchu

David Lanaud du Gray Et si c’était lui ?
Questions à un champion (de la provoc) !

Rencontre avec DLDG, alias David Lanaud du Gray, roi de la com, prince de la provoc, et futur Duc de Dijon si François Rebsamen, lassé de la politique autant que de ses piques, accepte de le reconnaître comme son digne successeur à la mairie !


David Lanaud-du-Gray
David Lanaud du Gray

Q : Vous êtes qui, David Lanaud du Gray, pour oser vous confronter avec François Rebsamen ou le futur candidat de l’UMP ? J’espère ne pas vous vexer si je vous dis que tous les Dijonnais ne vous connaissent pas encore... Du moins ceux qui ne sont pas vos amis sur Facebook ou qui ne twittent pas.

R : Suivez-moi une journée dans la ville et vous verrez combien de fois on me salue, m’interpelle, m’encourage, des gens de tout âge ! Lorsque vous soulevez de vrais problèmes avec un ton différent de celui, triste et routinier, de nos hommes politiques « professionnels », on vous connaît très rapidement. Qui je suis ? Un citoyen dijonnais, amoureux de cette ville depuis ma vie de lycéen qui m’a amené à Dijon. Je suis issu d’une famille modeste, je ne suis pas né avec une cuillère en argent dans la bouche. Je n’ai fait ni l’ENA, ni Sciences-Po ! Je ne suis ni un homme politique professionnel, ni un militant obsessionnel. J’ai créé mon entreprise quand j’avais 22 ans et je me bats tous les jours pour trouver des contrats dans ce climat de crise qui n’en finit pas afin que mes cinq salariés puissent progresser. Je souhaite rassembler tous ceux qui en ont marre du clivage gauche-droite, et rêvent de participer au réveil de leur ville.

Q : Je ne savais pas que vous habitiez vers la rue de la Liberté, j’imaginais la rue désertée par ses habitants depuis plus de dix ans... Vous avez d’autres idées pour sauver la Liberté ?

R : Il y a des irréductibles comme moi qui souhaitent encore croire que la résurrection du centre est possible. Il faut sauver et soutenir le petit commerce indépendant. Les cœurs de villes sont notre identité. Concernant la rue de la Liberté, même si je trouve que notre maire a bien fait de la rendre piétonne, son type de revêtement est immonde et trop clair, ce qui la rend trop salissante. Elle manque d’eau et de végétal (en dehors d’un certain arbre sans feuilles dont tout le monde se moque !) Moi, j’aurais plutôt imaginé l’artère principale du centre ancien tapissée d’un immense gazon vert artificiel, avec des aires de jeux pour les enfants, des bancs pour s’y reposer, un couloir d’eau avec des aquariums géants et des poissons de toutes les couleurs.

Q : C’est une idée, on pourrait aussi creuser pour faire couler de nouveau le Suzon. Une ville où passe une rivière, c’est toujours plus sympa...

R : Non, le Suzon, c’est un autre combat politique, irréaliste celui-là (rires). Moi, j’aurais construit une allée de verre centrale tout le long de la rue, sous laquelle on exposerait tous les deux mois les créations de nos artistes locaux afin de les faire connaître aux passants. Ce seraient des expositions temporaires alternatives et non figées, les artistes changeraient tous les deux mois et nous n’aurions pas uniquement deux œuvres d’art contestées et contestables que nous allons devoir subir pendant 70 ans ! On pourrait également faire ça avec les dessins des enfants des écoles primaires. Je n’imposerai jamais à la population des œuvres d’arts sans consultation, on en voit le résultat aujourd’hui, j’organiserais plutôt, et à chaque fois qu’il y en aurait besoin, des concours d’artistes locaux soumis à un vote populaire des citoyens.

Q : L’aménagement réalisé à la suite des travaux du tram entre la gare et la place Darcy est une réussite aux yeux de beaucoup, mais j’ai cru comprendre que vous comptiez aller encore plus loin.

R : Il faut faire tomber les grilles du square pour en faire un mini Central Park. L’idéal serait de pouvoir faire passer le tramway sous la place Darcy (je ne comprends même pas pourquoi on n’y a pas pensé avant !). Les mères de famille ont un mal fou avec les rails du tramway, leurs roues de poussette s’y coincent. Le square Darcy et sa végétation pourraient alors être étendus aux abords de l’avenue Foch et sur la place Darcy elle-même. Il faut que les piétons puissent traverser le square et la place en toute sécurité et que le jardin soit visible en étant traversé immédiatement par les touristes dès leur sortie de la gare.

Q : Donner à la place Darcy des allures de Central Park, l’idée me plait bien. Dijon a déjà adopté les bagels et les hamburgers, mais ça zone pas mal, dans le coin. Et les brigades vertes n’osent pas s’attaquer aux propriétaires de chiens de plus de dix kilos...

R : Actuellement le square Darcy n’est qu’un parc à crottes de chiens. Le peupler d’écureuils et de tables de jeux d’échec, ça aurait une autre allure… L’été, le parc pourrait accueillir des séances de ciné à la nuit tombée, en partenariat avec les cinémas Darcy et Olympia. On pourrait y organiser des pique-niques nocturnes avec une buvette municipale pour tous ceux qui ne peuvent se permettre de fréquenter des restaurants tous les soirs d’été. Tout ça sous surveillance, bien évidemment.

Q : Il y a d’autres places, à commencer par celle de la République, qui auraient bien besoin d’un coup de pouce pour redevenir des lieux de vie et de rencontre. Vous y avez pensé aussi ?

R : C’est l’évidence même, il faut organiser sur toutes les places de la ville des scènes ouvertes qui permettront à nos artistes locaux de s’y produire gratuitement afin de se faire connaître. Dijon est bourré de talents qui ne demandent que ça. Chaque place aura sa thématique :
chanson française, impro théâtrale, musique électro, jazz, rock, etc. On peut animer une ville sans forcément que cela coûte de l’argent au citoyen. Il faut sauver la République. On nous a dit qu’elle deviendrait la place la plus animée de Dijon après la jonction des lignes de trams et de correspondances avec les bus. Les gens s’y arrêtent, y passent, mais rien ne les retient. Là encore, il y a beaucoup de travail à faire !

Q : J’ai toujours rêvé d’un grand festival capable de donner à Dijon une image forte pour un public le plus large possible. Le maire actuel est contre, vous seriez pour ?

R : Ce qui est sûr, c’est que notre ville ne peut pas se contenter d’avoir des fêtes de la Vigne et une foire gastronomique, qui sont des événements qui n’ont jamais été revisités depuis plus de 60 ans. Il est temps d’organiser un festival rassembleur qui ne ressemblerait pas aux autres, tout autour de nous des villes beaucoup plus petites comme Belfort, Chaumont, Chalon-sur-Saône ont le leur, qui permet à l’économie locale de vivre. Pour le festival d’été d’Aix-en-Provence, une étude a démontré qu’1 € investi entraînait 10 € de dépenses de la part des visiteurs dans le commerce local. 1 € investi dans un grand festival original et populaire pourrait entraîner 100 € réinjectés dans l’économie locale. Demandez aux commerçants chalonnais ce qu’ils pensent de Chalon dans la Rue. Certains font jusqu’à l’équivalent de 4 à 5 mois de chiffre d’affaires…

Q : L’important, c’est de ne pas le faire au Zénith, ni sur le parking de la Toison d’Or. Là vous allez rendre de l’espoir aux commerçants du centre...

R : On a besoin d’un événement rassembleur où tout le monde s’entendrait avec tout le monde. Je réfléchirai à un grand Festival original mêlant musique et théâtre, qui deviendra un événement d’envergure nationale voire international et qui marquera Dijon. J’aimerais également créer un carnaval participatif avec un thème différent chaque année. Un carnaval où, en amont, chacun pourrait participer au sein d’un groupe à la construction d’un char, de déguisements et où toute la population serait costumée.

Q : C’est une idée, même si ce n’était pas le festival auquel je rêvais. Et avec quel argent, au fait ?

R : Il faut ouvrir au mécénat, les événements ne doivent pas uniquement être financés par de l’argent public. Je suis convaincu que l’on peut « vendre » des festivals avec de bonnes idées auprès d’enseignes prestigieuses qui pourraient y investir de l’argent. Bon nombre d’habitants sont prêts à s’investir bénévolement pour la création d’un événement qui permettrait de faire vivre leur ville. Il faut croire en la valeur humaine et favoriser son retour dans tous les domaines. « Mieux vivre ensemble », c’est aussi ça !

Q : On a un nouveau musée des Beaux-Arts qui va rendre à la cité des Ducs un peu de son passé et de sa gloire. Mais pour vous, la gloire de Dijon, en dehors d’être un nom de rose, ne passe pas par l’histoire des Ducs ?

R : Il faut penser tout à la fois à ce qui a fait notre histoire et ce pourquoi nous sommes connus à l’international. Les Ducs de Bourgogne bien marketés peuvent être très vendeurs, la rénovation du musée des Beaux-Arts était indispensable et je remercie le sénateur-maire sortant d’avoir entrepris sa rénovation. Mais il n’y a pas que les Ducs ! Il faut créer à Dijon un véritable musée de la moutarde, notre ville est sur les pots de moutarde dans le monde entier et nous n’avons même pas de musée racontant de façon vivante son histoire ! Ce musée pourrait être financé avec les moutardiers et d’autres entreprises agro-alimentaires pour qu’il ne coûte pas uniquement de l’argent à la ville.

Q : J’ai compris que pour vous l’art ne s’arrêtait pas aux arbres morts rue de la Liberté ni aux pleurants au pied des tombeaux des Ducs. Quel autre symbole fort verriez-vous pour la ville ? Quelqu’un m’a susurré à l’oreille que vous réclamiez le retour de la tour Eiffel ?

R : Lorsque je dis que la tour Eiffel doit être rapatriée à Dijon, je veux dire par là que Gustave Eiffel, né à Dijon, à qui l’on doit le monument touristique le plus visité au monde, n’a même pas un musée en France. Gustave Eiffel a quitté Dijon parce que le conseil municipal de l’époque ne lui a pas donné de réalisations à effectuer à part un pont et le restaurant de la Taverne des Halles. Il est temps de lui rendre hommage, après tout le mal que nous lui avons fait en n’ayant pas su le reconnaître à ses débuts !

Q : Vous êtes certain qu’il a bien fait les plans de la taverne des Halles ? C’est là que vous pourriez installer votre musée, à moins de laisser ceux qui rêvent d’une vraie taverne à Dijon se cotiser pour la racheter. Il paraît qu’il y a autant de bars à bière que de bars à vin, déjà...

R : Dans le cadre de la Cité de la Gastronomie, il nous faut surtout créer un musée pédagogique sur l’histoire du vin, ses différents crus, sa place dans la société, etc., mais de façon ultra moderne en utilisant tous les medias qui existent. Un vrai musée du vin qui, par son ampleur, serait plus important que celui de Beaune et deviendrait un passage obligé pour tous les touristes qui passent plus de temps dans la capitale du bourgogne qu’à Dijon. Le BIVB pourrait participer à son financement. Le vin historiquement a sa place à Dijon, il est temps de réhabiliter nos vignes et d’en faire une promotion plus ludique, plus jeune auprès des touristes. On peut gagner des points contre Beaune.

Q : Le Dijon dont vous rêveriez vraiment, on aurait besoin d’un mag entier pour le décrire. Il passe aussi, si j’ai bien compris, par un aéroport pour filer à Marrakech, Londres ou Berlin au premier coup de blues ? Les jeunes Bourguignons sont obligés d’aller faire la fête ailleurs...

R : On n’a même pas été capable de s’entendre avec Dôle, qui n’est qu’un gros bourg, pour créer un aéroport commun digne de se nom. Un plus gros vaut mieux que deux petits, non ? Résultat, les deux risquent de fermer… Et quand un aéroport est fermé, n’espérez pas le faire rouvrir ! L’attractivité d’une ville passe aussi par la création de lieux originaux, différents que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Des lieux qui incitent les touristes à venir et à dépenser, c’est bon pour l’économie et l’emploi dijonnais ! Vous revenez de Berlin, vous me parliez d’un ancien aéroport transformé en jardin, en lieu de fête, c’est sérieux ?

Q : À Berlin, l’aéroport de Tempelhof est devenu un immense terrain pour les familles le jour, les fêtards la nuit. Ils en auront bientôt un autre, pas loin, pour accueillir les milliers de touristes, les jeunes surtout, qui viennent du monde entier pour se défouler.

R : Ils ne viendront pas d’ici, vos jeunes, même si on a du mal à les garder... Faire une boîte de nuit dans le réservoir qui est sous le square Darcy serait quelque chose de génial, à leurs yeux. Un truc branché tellement atypique et qui n’aurait, pour le coup, aucune répercussion de nuisances nocturnes auprès des riverains. J’ai toujours rêvé de créer une boîte de nuit dans l’église Saint-Philibert : Dijon serait la première ville en France à convertir une église en boîte alors que ça existe à l’étranger ,
y compris en Italie, pays pourtant très pratiquant. On peut aussi envisager que l’exploitation de ces nouvelles boîtes de nuit soit gérée par la ville de Dijon. Si je suis élu, c’est ce que je ferais. Les bénéfices réalisés entreront ainsi dans les caisses de la ville et serviront à rentabiliser les lieux.

Q : Il y a certainement d’autres questions idiotes que je n’ai pas posées et auxquelles vous aimeriez pourvoir répondre. Allez-y franchement, quoique... Quand un politique déclare : « Franchement, vous me voyez faire ceci ou cela », on peut s’attendre au pire, non ?

R : Je ne vais pas tout vous dévoiler. Vous verrez que nos hommes politiques locaux vont essayer de reprendre mes idées… J’hésite à déposer un brevet (rires). En tous cas, je renouvelle mon offre : j’appelle les sénateurs Houpert et Rebsamen à déchirer leur carte et à rejoindre ma liste. Je pense qu’à nous tous, on pourrait faire des choses sympathiques pour le bonheur des Dijonnais. Alors messieurs, rejoignez moi, je veux vous éviter une défaite…


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