75
Magazine Dijon

Été 2018

 N°75
 
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06

par Michel Rouger
Directeur du MuseoParc Alésia

Coqs en stock une opportunité à saisir !

Point de combat de coqs entre le MuséoParc Alésia et le musée et parc Buffon, mais une fraternité animalière pour traiter du gallinacé dans deux expositions complémentaires. Il fallait bien ça, car le champ d’exploration du coq est vaste. Vous rêvez d’un réveil nature ? Cocorico ! Vous êtes supporter de football, de vélo, de handball ? Cocorico ! Vous voulez faire connaître votre start-up à l’étranger ? Cocorico ! Vous souhaitez incarner le vintage allié à l’high-tech ? Cocorico ! Vous envisagez de cuisiner un plat à base de vin ? Cocorico ! Vous cherchez à gagner des parts de marché en vantant le made in France ? Cocorico !


Michel Rouger © DR

Il est loin le temps où Napoléon préférait l’aigle, roi des airs, au roi de la basse-cour. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Sénèque : “le coq est roi sur son fumier”. Aujourd’hui il est dans la place, qu’on se le dise ! Avec ses plumes, avec sa crête, avec son chant il peut se pavaner sur les podiums, trônant sur la première marche ou défilant sous les flashes de la célébrité. Ambiance strass et paillettes, il ne manque au tableau qu’une ligne de coq ! Il est partout, à la fois patrimonial et publicitaire, institutionnel et tête de gondole, rural et citadin… bref, incontournable ! Mais d’où vient-il ce héros des temps pas si nouveaux ? Pas de la Gaule en tous les cas, malgré ce que pourrait laisser penser son nom de “coq gaulois”. A cette époque, l’animal star et vénéré c’est le sanglier. Si les Gaulois ont un emblème, c’est de lui qu’il s’agit. Le coq, on trouve ses restes dans le cadre de banquets, utilisé certainement comme offrande. Il est encore loin d’avoir atteint la reconnaissance d’une nation toute entière. Avec la romanisation, en tant qu’attribut de Mercure, il va être représenté sur les fibules, sous forme de figurines en terre ou sur des bas-reliefs, mais il ne sera jamais l’incarnation de cette civilisation gallo-romaine qui se met en place. Le coq gaulois serait-il donc une arnaque ? Pas complètement pourrait-on répondre ! Il s’avère qu’en latin le mot gallus signifie à la fois le coq et l’habitant de la Gaule. Certes, et alors me direz-vous ? Eh bien il faut attendre le Moyen Âge pour que les traducteurs du latin au français associent coq et habitant de la France. C’est seulement à partir de là qu’il commence à jouer le premier rôle. Et encore, le coq est d’abord porté aux nues par les ennemis des Français qui l’utilisent pour se moquer d’eux. Il faut dire que la période médiévale n’est pas tendre avec la bête ! Il est qualifié de libidineux, ridicule et vaniteux… tellement Français en quelque sorte ! Mais l’histoire n’étant faite que de retournement de situation, voilà que les Français reprennent le symbole à leur compte, valorisant ses qualités : courageux, vigilant et fier. Dès la Renaissance, les rois de France l’intègrent dans leurs symboles. Animal solaire annonçant le lever du jour, c’est tout naturellement que Louis XIV le récupère, ce qui explique qu’on le retrouve dans le décor de la galerie des glaces du château de Versailles. Belle revanche pour ce campagnard de se retrouver sous les ors de la royauté !
Et puis arrive la Révolution française. Loin de se faire couper la crête, le coq, véritable incarnation du peuple au sein d’une société principalement rurale, se retrouve au milieu des symboles révolutionnaires avec la cocarde, le bonnet phrygien ou l’arbre de la liberté. Il traverse les événements de cette période sans encombre pour disparaître avec l’arrivée de Napoléon qui lui préfère un volatile, un vrai, plus noble et majestueux, l’aigle, qui s’envolera définitivement avec la chute de l’empereur. Car l’affection des Français pour le coq est désormais une réalité !

Pour Louis-Philippe, il est le symbole de la réconciliation d’un peuple divisé entre république et monarchie. Le coq s’inscrit dans le paysage symbolique et emblématique au cours du XIXe siècle, pour ne plus jamais le quitter. Sa silhouette et son cocorico sont dorénavant liés à jamais à la France. C’est flagrant au moment du premier conflit mondial pendant lequel la bête à plumes va devenir le défenseur des poilus. Représenté écrasant l’aigle (tiens donc !) allemand, trônant sur un canon de 75 ou sur les monuments aux morts après-guerre, il est omniprésent dans l’imagerie du conflit. La France ne peut plus faire sans, c’est pourquoi on le retrouvera au cours de la Seconde Guerre mondiale, mais son usage va irriguer l’ensemble de la société. Publicité, sport, loisirs, mode, politique, économie, arts… il est aujourd’hui partout ! Il joue des ailes, met une patte dans la porte et pousse un cocorico si on l’oublie ! Il n’y en a pas deux pareils, stylisés ou réalistes, en papier ou en chocolat, en bois ou en bronze, même en pâte…. avec toujours cette fierté de lui-même et de ce qu’il incarne. Certes, il ne peut pas rivaliser avec les symboles officiels de la République que sont le drapeau tricolore, La Marseillaise et la devise “Liberté, Egalité, Fraternité”, mais pourtant, pour le monde entier, la France c’est lui.

Alors, il est maintenant temps de fermer son bec et de quitter sa basse-cour pour partir explorer tous les aspects de cet animal pas banal, dont on pourrait croire qu’il n’y a rien à en dire alors qu’il est un excellent guide pour découvrir l’histoire de France ! Les expositions du MuséoParc Alésia et du musée et parc Buffon en témoignent. Et sans passer du coq à l’âne, rappelons nous ce que disait Coluche : “Savez-vous pourquoi les Français ont choisi le coq comme emblème ? Parce que c’est le seul oiseau qui arrive à chanter fièrement les pieds dans la merde” ! CQFD !
Le MuséoParc Alésia : 03-80-96-96-23. alesia.com.
Tlj 10h-18h (19h juil-août). 12 € selon saison, audioguide inclus ; gratuit moins de 7 ans. Entrée exposition seule : 3€.
Résa en ligne possible.


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