57
Magazine Dijon

Hiver 2013-2014

 N°57
 
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Christophe Bouvier, un vigneron de Talant se bat contre les blaireaux !

Christophe Bouvier, « jeune talent de Marsannay 2000 », est devenu - dix ans plus tard - LE vigneron de Talant ! Sa vie est un combat contre les blaireaux de Talant…


Christophe Bouvier

D’après l’état civil, Christophe Bouvier se nommerait réellement ainsi et non Bouba, comme tout le monde l’appelle, rapport à son physique d’ours-vigneron. Il serait né le 24 mai 1977 (au siècle dernier) à Dijon. C’est jeune, 36 ans pour un vigneron, c’est le début de la maîtrise, le commencement de la supériorité de l’expression sur la technique, un genre de virtuosité qui permet de travailler l’interprétation. Il incarne la septième génération de vignerons chez les Bouvier. Il a fait ce qu’il fallait pour être digne de ses ancêtres : après un BTA de viticulture-œnologie et un BTS technico-commercial en vins et spiritueux, le voici embauché dans le domaine paternel, et malgré sa discrétion, sa timidité, il fait parler de lui très vite et reçoit pour le millésime 2000 le trophée Jeune Talent de la Côte de Nuits (il est en quelque sorte le champion de la Côte). Cette première distinction le fait remarquer jusqu’à l’étranger, et le voici enrôlé par les Américains en 2004 à la Sainte-Michele Wine Estate, un modeste domaine de l’état de Washington de 5 900 ha qui l’emploie pour qu’il donne libre cours à son imagination. S’ensuivent, après son retour, quelques années de cours du soir sur les effets des spiritueux (comment pensez-vous que nous nous soyons rencontrés ?), puis notre vigneron décide de prendre en main son destin, de quitter le confort du domaine familial pour vivre sa vie, faire sa traversée du désert,
son Charles de Foucault, suivre son chemin de Damas et marcher seul, pieds nus dans le sable surchauffé du désert, afin de vérifier la consistance de ses convictions qui se résument en deux points principaux : le respect du terroir par une viticulture la plus raisonnée possible, et la recherche de la pureté de l’expression de ce terroir par une vinification qui souligne et met en valeur la nature.

En 2009, c’est décidé, il s’installe, modestement, petitement, discrètement, exploitant à peine cinq hectares, seul, sans salarié, sans grandes appellations à sa carte - on trouve des Bourgognes rouges et blancs, des Marsannay et des Fixin - avec pour seuls bagages sa volonté de bien faire, Marie, une femme soutenante (j’ai pas dit souteneuse !) et quelques copains présents pour faire les vendanges et un joli repas commun après.
Depuis 2009, tous ceux qui suivent un peu ce qui se passe dans les vignes le savent, les conditions ont été particulièrement difficiles (grêles, récoltes historiquement faibles…), mais Bouba persiste, fait le dos rond, ne part pas en vacances, en un mot, il bosse, bosse, bosse.
En 2010, il réussit à devenir LE vigneron de la ville de Talant qui a planté 70 ares de chardonnay. Il y produit le Coteau de la Fontaine aux Fées, un bourgogne blanc plein de légèreté, très désaltérant, avec de beaux arômes d’agrumes, pamplemousse, ananas et un vrai terroir, une typicité.

Seulement voilà, Talant est infesté de blaireaux, ces derniers sont connaisseurs et se régalent de raisin, ce qui fait que la dernière vendange de Coteau de la Fontaine aux Fées est historiquement faible, car les bestiaux ont picoré 75 % de la récolte dans la semaine qui a précédé les vendanges !

Notez, militants aveugles de la cause des blaireaux et autres, que le blaireau n’est plus chassé, il pullule et, comme de nombreux animaux, se rapproche des villes ; sachez encore que les vignerons sont aussi victimes des sangliers qui ne sont plus assez chassés non plus et qui occasionnent de gros dommages dans les vignes. Un vigneron qui n’a quasiment pas de vin à vendre à l’issue des vendanges va avoir du mal à se faire une bonne santé financière, laissons-le se débattre avec le climat, gardons-le des blaireaux et autres. Sus mes preux, mort au blaireau ! Haro sur le sanglier !
Je vais pas faire la fiche technique de chacun de ses vins, faut passer le voir : 2-4, rue Neuve à Marsannay-la-Côte (mieux vaut prendre rendez-vous avant au 06 86 46 71 23). Goûter à son Bourgogne, à son marsannay Les Longeroies et au fixin, ça vaut vraiment le voyage et ça change des gevrey ou vosnes-romanée, pas en qualité, mais en prix ! Faut acheter, surtout, tant qu’il en reste. D’autres blaireaux pourraient passer par là.

■ Jean-Guillaume Dufour


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