74
Magazine Dijon

Printemps 2018

 N°74
 
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08

par OM, ZT, GB

Charles Gassot et ses amis de La Fontaignotte

Semur et le cinéma, c’est une vieille histoire d’amour. Mais tout ça n’aurait pu être que du cinéma si un des plus grands producteurs (pas seulement par la taille) n’avait investi l’ancienne mairie de « Ni vu ni connu » (avec Louis de Funès) pour en faire un lieu de vie et d’accueil pour ses amis. Et quels amis ! Pas seulement des comédiens, mais aussi des dessinateurs de BD, parmi les plus connus, les mieux aimés.


Charles Gassot La Fontaignotte à Semur en Auxois La Fontaignotte
L’Auxois attire nombre de Parisiens aux beaux jours. Tout ça à cause d’un monument du cinéma français. Un des plus grands producteurs de cinéma, devenu un acteur de la vie locale. Aussi discret que généreux, charpenté comme un grizzly, Charles Gassot vit depuis plus de 35 ans dans la campagne de Montbard. Et à Semur même, face à la Collégiale Notre Dame de Semur, il a retapé une grande bâtisse pour en faire un lieu de vie, La Fontaignotte. Son histoire, il faudrait du temps pour vous la conter. A 21 ans, fauché, il s’était endetté en rachetant une boîte de prod qu’il aura fait prospérer 40 ans. Le défilé du Bicentenaire de la Révolution Française à Paris et les cérémonies des JO d’Albertville, c’était déjà lui. Sa spécialité ? Financer des films sur lesquels aucun producteur n’aurait parié un kopeck. Faire tourner des comédiens qui se seraient fait refouler de tous les castings le book dans les gencives. Agnès Jaoui, Claude Miller, Etienne Chatiliez, Cédric Klapisch, Jean-Paul Goude, Philippe Decouflé… une génération d’artistes lui doit la gloire et le succès. Charles Gassot, c’est une sorte de Jésus hyperprotéiné qui tend la main, ses sous et son réseau aux talents dans lesquels il croît dur comme fer. Un soir de projection du film Le Poulpe avec Jean-Pierre Darroussin au cinéma L’Etoile, il tombe amoureux de Semur en Auxois. Il s’y installe, retapant la Fontaignotte, en faisant une maison d’hôtes tapissée d’œuvres d’art, photo, peinture, sculpture. Charles, lorsqu’il est là, vous accueille jour et nuit dans son salon, fait le service, vous régale de ses projets fous à ne pas répéter. Aux beaux jours, on se prélasse sur l’incroyable vue panoramique d’un jardin quasi suspendu, donnant sur l’Armançon sinuant paresseusement dans la vallée et sur les remparts.

Enki Bilal, un parrain à Semur

Il y a deux ans, Charles avait projeté sur ces murailles, sur l’église et dans la ville les oeuvres d’une star mondiale de la BD, scénographe à ses heures, Enki Bilal. Et bien la nuit, dans l’une des trois chambres ou des deux suites, boostés par l’air printanier de la campagne, c’est entre deux de ses toiles que vous dormirez (ou non) dans de grands lits solides et confortables. Suivez de près le programme de la Fontaignotte : parrain officiel du Festival de BD de Semur, Enki Bilal y dédicacera son dernier album, Bug, publié chez Casterman.
Cette année, avec la Mairie (l’officielle, tenue par « une » maire hors norme elle aussi), les Amis de la Fontaignotte accueillent le dessinateur belge François Schuiten, qu’on a aimé depuis le début de sa collaboration, déjà lointaine, avec les scénaristes Benoît Peeters. Relisez vite Les Cités obscures et les albums Revoir Paris.

Jules, Fabienne, Virginie et Marc, le surfeur calédonien

A 70 ans, comme si ça ne suffisait pas, Charles s’expatrie une partie de l’année à Madagascar. En 21 ans, avec son association Ecoles du monde, il a construit 15 écoles en brousse, 180 puits, 4 dispensaires, formant les profs, accueillant des minots dont les parents ne gagnent pas un euro par jour. La dernière est équipée d’un relais téléphone et wifi : les instits vont pouvoir donner des cours depuis la France.
Pour tenir tout ça, Charles est entouré de ses fidèles, une petite famille recomposée. Son fils Jules, romancier. Son amie Fabienne Tsaï, productrice, écrivain, qui dirigeait des cinémas à Paris. Marc Maillot, un maçon d’art rencontré sur le chantier, qui surfait en Nouvelle Calédonie avant de reprendre avec Virginie l’entreprise de maçonnerie Boccard SN. La Fontaignotte, c’est pas du cinéma, vous verrez !

●  La Fontaignotte, 4 rue de la Fontaignotte, 21140 Semur en Auxois
lesamisdelafontaignotte@gmail.com | lafontaignotte.com

●  Inauguration de l’exposition François Schuiten le 22.06 à 18h : déambulation avec François Schuiten à la découverte de ses oeuvres exposées dans la ville.
A 19h : visite au Musée autour de la salle François Schuiten
23.06 à 11h : à l’ancien Tribunal, rencontre publique avec François Schuiten

●  À lire : Ca, c’est cancan ! Le journal d’Antoinette Zouzou, Fabienne Tsaï, illustrations Christian Lacroix, éditions Solar

La face cachée de la Fontaignotte :

on y grignote, on vous dorlote !

Quand vous êtes face à la cathédrale de Semur, c’est sur la droite, une grande bâtisse qui ne respire pas la joie de vivre, de l’extérieur, comme ses consoeurs d’ailleurs. Dans l’Auxois, on ne cherche pas à « paraître ».
Suivez les flèches et contournez le bâtiment. Ah, ça va mieux déjà ? Une vue qui vous donne envie de vous poser, avec vos valises ou avec votre chien ou avec votre âme sœur, ou avec tout ça à la fois car il y a de la place dans les chambres et suites. Le prix est à la hauteur du lieu et du projet. Mais faut savoir ce qu’on veut. Des hôtels en béton, on en trouve, à la sortie de l’autoroute, mais du charme, ça ne court pas les rues. Et puis, on peut juste s’arrêter prendre un verre ou manger. Semur a la chance de posséder encore quelques bonnes adresses avec une déco qui date des débuts du cinéma ici (on parle des tournages, dans les années 60). Le resto de la Fontaignotte ne cherche pas à faire dans le tout-époisses, d’autres le fond très bien. On vient là pour coincer la bulle, dans un univers parallèle, avec des œuvres originales signées Ted Benoît ou Bilal sur les murs, des lustres à pampilles au plafond, du vintage italien pour poser les fesses et dans l’assiette une cuisine du monde pour tout le monde. Des salades, des veloutés si le temps fraîchit, mais lâchez-vous plutôt autour d’une omelette à la crème de truffe blanche arrosée d’un verre de Maranges du domaine Claude Nouveau (entre autres, il a une bonne cave, Monsieur Charles) ou d’un croustillant de boudin sur un lit de salade. La spécialité maison, pour qui aime les épices et les voyages, c’est le Tigre-qui-pleure, un faux-filet de bœuf mariné et sauté servi avec une sauce aux épices thaï. Les desserts jouent les saisons, c’est très bien comme ça.
Si la saison s’y prête, testez la terrasse, en attendant la création d’une pergola, l’équipe ayant reçu l’appui d’un autre fan de BD, architecte des bâtiments de France à ses heures. Et sans vouloir vous en mettre plein la vue, imaginez-vous en train de bronzer à Semur, face au pont Pinard et au viaduc, joyau de l’architecture industrielle qui devrait ravir Schuiten.

La Fontaignotte, réouverture mi-avril 2018. 03 80 96 61 26. Fermé le mardi. Carte 35 €.


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