58
Magazine Dijon

Pintemps 2014

 N°58
 
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05

par Jean Maisonnave

C’est le bouquet

Ça, c’est le bouquet, comme disait la crevette furieuse de se retrouver enceinte : la cuisine bourguignonne ne figure même pas dans le top des cuisines préférées des Français. On s’attriste, forcément. Puis on relativise.


Jean Maisonnave
C’est le résultat d’une enquête initiée par Tripadvisor, le plus grand site de voyage du monde. Enquête très sérieuse, certes, mais fatalement orientée. On y retrouve en première place des régions touristiques : Provence-Côte d’Azur, Aquitaine (la baignade) ; Rhône-Alpes et Midi-Pyrénées (le ski) ; Alsace (les géraniums)… Logique.

Par ailleurs, les résultats sont difficiles à décrypter dans la mesure où ces régions, administrativement composites, recouvrent des réalités culinaires bien différentes. En Aquitaine, par exemple, beaucoup de départements ont bien plus à voir avec la cuisine de Midi-Pyrénées qu’avec la cuisine basque. De même, la cuisine provençale, terrienne, se différencie-t-elle sensiblement de celle de la Côte d’Azur, et encore plus de la cuisine niçoise, historiquement italienne. Quant à la région Rhône-Alpes, on ne voit rien de commun entre les répertoires rhodaniens et ceux des attractives régions alpines, majoritairement dominées par divers barbotages fromagers à consommer dans la frisette ornée.

C’est ici qu’intervient une autre donnée spécifique aux voyages : la plus-value imaginaire. On est en vacances, c’est pas souvent, on a tendance à aimer ce qui se présente, fût-ce au prix de pathétiques confusions. Certains territoires en font leurs choux gras, genre Côte d’Azur.

Mais on ne peut s’en tenir à ces considérations. Sinon, on verrait d’autres régions riches de ressources à la fois touristiques et culinaires, telles la Bretagne ou les Pays de Loire, apparaître naturellement dans le classement. On doit aussi relever que toutes les régions de tête peuvent être identifiées à un plat fortement emblématique, plus ou moins unanimiste : dans l’ordre, la bouillabaisse, la choucroute, le foie gras, la fondue, le cassoulet. Ce qui, quelque part, tendrait à prouver que les Français sont plus enclins à voyager dans l’espace que dans leur tête. Dans le genre aventurier, on peut mieux faire.

Et en Bourgogne ?

Nous aussi, objectera t’on, on a des plats bien identitaires !
Eh… justement, pas tant que ça, à bien regarder. La moutarde, oui, mais comme plat, ça ne fait guère rêver. Idem, le cassis. Quant aux équivalents du coq au vin ou du « bœuf bourguignon », il en existait dès le moyen-âge dans à peu près toutes les régions de vignes. Le pain d’épices, on l’a quand même un peu piqué aux Rémois, et on doit rappeler que les escargots au beurre d’ail furent inventés par un Parisien, Carême…

Quoiqu’il en soit, on peut voir à tout ceci que les déclarations des touristes d’Advisor ne concernent que faiblement la gastronomie réelle d’une région, laquelle ne saurait se réduire à des critères communs et encore moins à quelques plats connus. À ce jeu-là, on irait droit à l’ankylose des savoirs. On ne saurait les croire non plus, quelle que soit la qualité de cette maison, lorsqu’ils voient dans le restaurant Lameloise de Chagny le meilleur du monde. Cela peut vouloir dire, et c’est déjà très bien, qu’il est parmi les grands l’un des plus accessibles. C’est une fierté et une autre de voir la Bourgogne ainsi remise en jeu. Cela dit c’est un jugement peut être un peu partiel…

Mais croyons-les un peu, les voyageurs français, lorsqu’ils retiennent à 63 % la cuisine locale comme critère de choix d’une destination ; même si ce n’est probablement pas très exact non plus. Parce que ça peut induire des conduites adaptées. Par la profession, les responsables touristiques, voire la future cité de la Gastronomie. Et parce que les opinions sont faites pour changer.
Le reste de l’enquête, il n’est pas question de l’ignorer. Mais il faut prendre ses précautions, comme disait à la crevette le bouquet furieux de se retrouver papa.


 
 

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