75
Magazine Dijon

Été 2018

 N°75
 
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06

Buffon, Montbard et une histoire très naturelle

(après ça, vous ne ferez plus jamais la bouche en cul de poule)

Rousseau est venu à Montbard en pèlerinage. Stendhal a fait un grand détour pour venir expressément visiter la ville. Un autre écrivain, Hérault de Séchelles, a même écrit un livre intitulé Voyage à Montbard. Que diable tous ces éminents voyageurs venaient-ils faire dans cette contrée si reculée ?


Eh bien, ils ne venaient que pour une seule chose, ou plutôt pour une seule personne : pour Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, le grand naturaliste ! On venait de très loin pour venir le saluer ou rendre hommage à son génie. À présent, il est vrai que Buffon est mort, évidemment, mais pourtant on peut encore le voir à Montbard, et sans difficultés, puisqu’il y est partout. D’abord, il y a sa sculpture, en bronze, qui trône à la sortie de la gare. Puis il y a son corps, ou du moins ce qu’il en reste, qui repose tout là-haut, dans la petite église Sainte-Urse. Et puis surtout, il y a son esprit, toujours vivant, que l’on peut aussi bien retrouver dans son œuvre que dans son cabinet de travail ou dans le musée que la ville lui a consacré. On trouve là diverses éditions de l’Histoire naturelle, des gravures, des sculptures. Il y a des bestioles partout, plein les vitrines, du sol jusqu’au plafond. Ça grouille, ça grogne : c’est très vivant ! La vie de Buffon nous est aussi racontée dans ses grandes lignes comme dans ses menus détails. En ce moment, se tient une exposition sur le coq, où l’on apprend comment cet animal fut progressivement domestiqué par l’homme. On voit surtout cet oiseau décliné dans une série de portraits aussi curieux qu’amusants. Et puis on lit ce que Buffon nous dit de cet animal. Et alors, d’un seul coup, en quelques mots, par la grâce de son style, on voit l’animal parader devant nous, gonfler le torse, et arborer sa crête avec orgueil : « Le coq est un oiseau pesant, dont la démarche est grave et lente, et qui, ayant les ailes fort courtes, ne vole que rarement, et quelquefois avec des cris qui expriment l’effort ». Le coq cesse d’être un simple objet d’étude, le voilà qui prend vie. On découvre tout de lui, son tempérament, sa personnalité, sa façon de manger comme sa façon de dormir : « Il gratte la terre pour chercher sa nourriture ; il avale autant de petits cailloux que de grains, et n’en digère que mieux : il boit en prenant de l’eau dans son bec et levant la tête à chaque fois pour l’avaler. Il dort le plus souvent un pied en l’air !, et en cachant sa tête sous l’aile du même côté ». Quelques lignes plus loin, on découvre même ses mœurs amoureuses, qui n’ont rien de très chastes : « Un bon coq est celui qui a du feu dans les yeux, de la fierté dans la démarche, de la liberté dans ses mouvements, et toutes les proportions qui annoncent la force. Un coq ainsi fait inspirera de l’amour à un grand nombre de poules ; si on veut le ménager, on ne lui en laissera que douze ou quinze... » Buffon nous décrit même, avec précision, l’art de la séduction tel qu’il s’est développé chez les coqs, ainsi que leur vigoureuse manière de s’adonner aux plaisirs de l’amour. On n’a plus l’impression de lire un ouvrage scientifique, mais de parcourir un véritable roman libertin. La vie animale devient une aventure ! Alors, en sortant de cette visite, en se promenant dans les environs de Montbard, lorsque l’on croise un coq, un véritable coq, on s’aperçoit qu’on ne le regarde plus de la même façon qu’auparavant. Celui-ci cesse de nous apparaître comme un vulgaire animal de basse-cour. Ce n’est plus un bête gallinacé que nous avons devant nous, ni même un objet d’étude éthologique, non, c’est un être vivant, pareil à nous, qui nous parle, et que nous comprenons. Par sa façon d’être, il nous incite à l’orgueil, à la conquête, il nous encourage à jouir fièrement, comme lui, des voluptés que la vie nous offre. Il nous transmet toute une philosophie que toute son attitude exprime et que Buffon nous a traduit en un langage humain. Oui, c’est là le véritable génie de Buffon, qui fut un grand poète autant qu’un grand savant. Lorsque l’on achève la visite de cette exposition, qu’on s’est imprégné du texte de Buffon, la nature toute entière nous devient plus familière, la vie nous semble plus proche, plus intime, et, le coq, désormais, fait partie de notre vie. ■ Germain Arfeux
Coq ! Animal et emblème - Muséoparc Alésia

Musée et Parc Buffon,

rue du Parc, 21500 Montbard
musee-parc-buffon.fr | 03.80.92.50.57
Musée gratuit, ouvert tljs sauf le mar. 10h-12h, 14h-18h.
Parc Buffon en accès libre. Visite guidée du mer. au dim. à 11h, 14h30 et 16h. Visite spéciale tous les lun. de juillet et août à 15h avec dégustation en haut de la tour. Tarif : 5€.

Coq ! Animal et emblème :

jusqu’au 30 novembre. Visite guidée de l’exposition tous les sam. en juillet et août à 17h15 (3 €, gratuit pour les moins de 18 ans), avant les Expo’Apero du MuseoParc à 18h30.


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