75
Magazine Dijon

Été 2018

 N°75
 
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06

Buffon / Koen Vanmechelen rencontre autour d’un gallinacé

« Mon but est à présent de recroiser toutes ces races de poules de telle sorte qu’une poule qui en serait issue porterait en elle les gènes de toutes les générations précédentes. Une sorte de poule universelle, l’ultime métaphore de la diversité génétique et culturelle mondiale. »


Georges-Louis Leclerc - MechelseBresse - Koen Vanmechelen © FlorianVoggeneder

Portrait de Georges-Louis Leclerc, Comte de Buffon
par François-Hubert Drouais (1753) © Photo Xavier Spertini

MechelseBresse © Koen Vanmechelen
Koen Vanmechelen © FlorianVoggeneder


L’artiste flamand Koen Vanmechelen initie à la fin des années 90 un projet intitulé « Cosmopolitan Chicken Project » consistant à croiser, chaque année, des poulets domestiques (gallus gallus) issus de différents pays. Le Melchesse Bresse (CCP2), exposé au Musée Buffon dans le cadre de l’exposition « Coq, animal et emblème », correspond ainsi à la deuxième génération d’hybride, entre un poulet de Bresse et une race flamande. Le projet intéresse rapidement la communauté scientifique. Les générations hybrides succes­sives se révèlent plus robustes que leurs parents de race pure. Elles vivent plus longtemps, sont moins sensibles aux maladies et moins agressives et, ce qui n’est pas surprenant, les carac­téristiques morphologiques et phénotypiques des races, acquises au fil des programmes de sélection réalisés par l’homme, s’estompent progressivement. Un retour à un nouvel état naturel ? Pour l’artiste, le projet est avant tout une façon d’aborder des questions fondamentales telles que la manipulation génétique, le clonage, la globalisation et la multiculturalité.
ateliers de Koen Vanmechelen et Cabinet de travail de Buffon
Labiomista, atelier de Koen Vanmechelen © DR
Cabinet de travail de Buffon © Xavier Spertini
Preuves de la Théorie de la Terre, Buffon
Preuves de la Théorie de la Terre, Buffon, 1749
Archives Musée © Xavier Spertini
Medusa, Koen Vanmechelen
Medusa, Koen Vanmechelen © Thomas Journot
Le projet scientifique peut alors prendre une dimension artistique. Dans son atelier, les grandes frises photographiques cohabitent avec des taxidermies, des peintures ou sculptures qui nous parlent toutes du métissage comme nécessité à la fois pratique et philosophique, voire comme d’une obligation mo­rale. Pour l’artiste, « Chaque organisme a besoin d’un autre organisme pour survivre. » L’artiste acquiert dès lors une reconnaissance internationale et sera distingué par plusieurs prix dont récemment le prestigieux Prix Ars Electronica (Golden Nica Hybrid Art, 2013). En 2013 il représente également la Belgique à la 55e Biennale de Venise.

L’artiste reconnaît la filiation avec le célèbre naturaliste du XVIIIe siècle : « Ce que j’ai retenu d’important dans le concept d’évolution de Buffon est l’existence d’éléments qui reviennent sans cesse, car inscrits dans la mémoire génétique, le génome de l’espèce. (…) C’est dans mon atelier LABIOMISTA, qui est aussi un centre de recherches, un parc animalier et un espace d’exposition que je me sens lié à cet homme. Très en avance sur son temps, mais néanmoins enfant de son époque, il s’engagea dans des thèmes centraux, comme la transformation, la diversité, la domestication et l’adaptation qu’il appela dégénération. »
Plus de 300 ans séparent les deux démarches. On retiendra des théories de Buffon qu’elles ouvriront la voie aux sciences naturelles du XIXe. Bientôt la théorie cellulaire et la découverte des chromosomes apporteront des réponses concrètes aux questions soulevées par les scientifiques du XVIIIe siècle.
Et si la pratique de l’art marque la rupture de l’homme avec son animalité, l’animal reste un des motifs centraux de cette forme d’expression. Les sculptures et photographies de Koen Vanmechelen mettent en lumière les rapports parfois inconscients et complexes que nous entretenons avec l’animal.
■ Lionel Markus - Directeur du Musée et Parc Buffon à Montbard

Estampe aquarellée
Estampe aquarellée du Coq François-Nicolas Martinet, Histoire naturelle des Oiseaux, seconde moitié du XVIIIe.

Buffon rédige les 9 volumes de l’Histoire naturelle des Oiseaux de 1770 à 1783. C’est un succès d’édition sans précédent qui conduit l’Imprimerie Royale à produire, pendant plus de 20 ans près d’un demi-million d’estampes aquarellées à la main représentant 1007 oiseaux. Image d’Épinal, chef-d’œuvre de l’illustration ornithologique, jamais la place accordée à l’image n’aura été aussi importante au Siècle des Lumières dans un ouvrage scientifique.


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