80
Magazine Dijon

Automne 2019

 N°80
 
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08

par Claude Lougnot

Balade dans la rue des Godrans… au temps des Ducs

Au milieu du XVe siècle, en 1454-1455, une bande de malfaiteurs étrangers au pays surnommés les Compagnons de la Coquille, dont fit vraisemblablement partie François Villon, terrorisèrent la région et commirent plusieurs vols à Dijon – certains d’entre eux faisaient partie des célèbres « écorcheurs » de sinistre mémoire, qui épouvantèrent la région après 1435, date marquant la fin de la guerre entre Armagnacs et Bourguignons.


rue des Godrans… au temps des Ducs

Ces argousins avaient élu domicile dans un des « bordeauls » de la ville, l’Ecu de France, qui avait reçu le surnom de « Maison des Fillettes » ; cet hôtel très particulier était sis au bout de l’actuelle rue des Godrans, appelée jadis rue des Grands Champs. Arrêtés, les Coquillards furent soumis à la torture et exécutés place du Morimont, appelée de nos jours place Emile-Zola. Dans le Dijon ducal, les lieux de prostitution majeurs étaient les étuves de la ville, du moins certaines d’entre elles. Celles-ci, au nombre de quatre, étaient curieusement situées aux points cardinaux : au nord, les étuves de la rue du Vertbois (dans la partie nord de l’actuelle rue Vannerie) ; à l’est se trouvaient celles de Saint-Michel, qui appartenaient alors à l’abbaye Saint-Etienne – elles occupaient la place des maisons 29 et 31 de la rue Jeannin - ; à l’ouest, au fond de l’abbaye homonyme, s’étendaient les étuves de Saint-Seine, à l’emplacement de l’actuel hôtel de la Cloche ; au midi, enfin, rue du Four-de-Cluny, au 14 et 16 de la rue Cazotte, étaient sises les étuves dites de la Rochelle, ou de Saint-Philibert. Ces dernières furent au XVe siècle les témoins d’un fait-divers sanglant. Les lieux étaient tenus par une mère maquerelle, nommée Jeannotte Saignant. Si la Saignant, comme on l’appelait alors, appréciait la compagnie des hommes, elle préférait encore plus celle des femmes. Et c’est la passion qu’elle nourrissait à l’égard d’une jeune et jolie dame dijonnaise qui causa sa perte. Le 21 août 1465, elle fut condamnée « à estre noyée en la rivière tellement que l’âme fut séparée du corps, et ses biens confisqués à M. le duc ». Une semaine plus tard, la sentence fut exécutée, la mère maquerelle traînée jusqu’aux bords de l’Ouche, et jetée à l’eau.
La jeune innocente victime de la Saignant était la séduisante Claire, née Berbisey, épouse de Jean de Molême, secrétaire du duc de Bourgogne. Claire n’avait rien d’une oie blanche : elle appréciait la propriétaire du lieu en ce que celle-ci lui fournissait, pour son plaisir personnel, les services d’une poignée de gentilshommes tout prêts à satisfaire la belle dame. Elle se rendait toujours sur les lieux de débauche en compagnie d’une « nourrice ». Des hommes, la mère maquerelle ne se souciait pas ; mais, s’étant amourachée de Claire, elle fut prise de jalousie quand elle crut percevoir qu’entre Claire et sa « nourrice » existaient des liens autres que ceux pouvant naturellement exister entre un serviteur et sa maîtresse. Aussi envisagea-t-elle d’assassiner la pauvre fille. Qui mourut empoisonnée. L’affaire fit grand bruit à Dijon, mais ce ne fut étrangement pas le seul crime sérieux de la Saignant qui causa sa perte : elle fut aussi accusée de « diffamation » – les juges ne voulaient pas impliquer directement la femme du secrétaire du duc, qui ne fut même pas appelée à comparaître – et d’avoir « tenté d’incendier la maison Aigneaud à l’aide d’une fusée de feu grégeois ». Un crime horrible, comme on peut le constater. Quoi qu’il en soit, Jeannotte Saignant finit au fond de l’eau, condamnation dont on peut tirer une morale : il ne faut jamais désirer au-delà de sa condition ! Précisons enfin que la rue des Godrans doit son nom à Odinet Godran, qui vécut au XVe siècle, et avait construit là son hôtel particulier. Son métier de marchand – de drap, de grains ? – lui permit d’amasser une très grande fortune. On peut de nos jours admirer la tour de l’ancien hôtel Godran, qui domine la place François-Rude : les lieux communiquaient alors. ■

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