79
Magazine Dijon

Été 2019

 N°79
 
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05

Au musée des morts et des vivants… La vie résolument !


« D’ailleurs c’est toujours les autres qui meurent »… Cette épitaphe dadaïste et caustique de Marcel Duchamp ( 1887-1968), gravée sur sa tombe du cimetière de Rouen, m’a toujours interpellé, amusé et accompagné. Elle nous incite à prendre du recul sur le temps qui passe, les chaos et les joies de nos existences. Elle se moque de la mort, elle en rit, la dépasse.
Premier Plan : David Liot Arrière plan : Xavier Douroux, portrait d'un ami

Non, les musées ne sont pas des cimetières mais sont des lieux de vie, de résilience et d’espoir. Leurs œuvres et objets, même s’ils sont porteurs de gravité et évoquent la mort, nous font du bien. Ils réincarnent les artistes ou artisans qui, morts ou vifs, donnent du sens à nos vies. A Montréal, ils sont considérés comme thérapeutiques. Ils « soignent » et conduisent certains médecins à prescrire dans leurs ordonnances des visites au musée des Beaux-Arts de la cité québécoise… Selon une étude anglaise récente, restituée par le Journal des Arts du 11 juin 2019, fréquenter les musées limiterait le risque de démence…
Donc, si vous recherchez le bien-être, la sérénité et le bonheur, venez à la rencontre de nos artistes et de leurs œuvres, celles de peintres et sculpteurs célèbres ou méconnus. Leurs esprits, leurs fantômes, ont beaucoup à vous apprendre. Depuis le 17 mai, leurs autoportraits bienveillants rythment les 50 salles du musée rénové et vous plongent dans les tréfonds de l’histoire. Les frontières entre le monde des vivants et celui des morts s’estompent naturellement.
Le co-commissariat de l’exposition de Yan Pei-Ming, L’Homme qui pleure, a été pour moi troublant et marquant. Un temps suspendu, intimement lié à la métamorphose du musée des Beaux-arts. J’ai d’emblée été hypnotisé par cette peinture explosive et existentielle qui cisèle par des coulures, des touches empâtées et des giclures, des portraits aux yeux luisants et interrogatifs – des passages naturels entre nos vies réelles et l’au-delà. Les trois portraits de sa mère défunte, monumentaux et sublimes d’émotion, surplombent les tombeaux des ducs et interpellent nos pleurants d’albâtre. Ils nous rappellent que nos émotions intimes ont autant d’importance que les drames médiatiques qui tournent en boucle sur nos écrans.
Au musée, Claus Sluter, Jean-François Colson, Gustave Courbet, Sarah Bernhardt, Pablo Picasso ou Pierre Tal Coat sont là pour nous le rappeler. Selon Robert Filliou, « L’Art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art »…

■ par David Liot,
Directeur des musées de Dijon

Le mystère Ming

À Dijon, l’artiste est chez lui, plus encore que Philippe le Bon, dans ce musée qu’il hante de son vivant.

Emmanuel Macron est venu à Ornans saluer Yan Pei Ming et rencontrer Courbet (ou vice et versa). Bel hommage à l’un des artistes les plus anticonformistes du 19e siècle et à l’un des maîtres de la peinture actuelle, Yan Pei Ming. Autre anticonformiste, cultivant lui aussi l’art d’être libre.
Emmanuel Macron est comme Louis XI, il se méfie du duc de Bourgogne. Dommage, il aurait pu faire un détour par le musée des Beaux-Arts de Dijon. Il aurait découvert la salle des tombeaux, métamorphosée par ce face à face entre des ducs disparus depuis 6 siècles et une mère à qui son fils a rendu le plus beau des hommages. Espérons qu’une donation permettra de placer cette rencontre dans l’éternité. Une notion qui interroge cet homme que vous rencontrerez peut-être, cachant derrière un petit sourire de politesse sa vision pessimiste d’un monde et des soit-disant grands de ce monde, dont il a commencé à peindre les visages.
Nombre de Dijonnais vont profiter de l’été pour faire le voyage à Ornans, découvrir l’ancien atelier de Courbet où le plus français des peintres chinois a réalisé un autre face à face hors norme, réinterprétant dix œuvres majeures à sa façon. Une autre rencontre avec la mort. ■ GB


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