72
Magazine Dijon

Automne 2017

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03

APPELEZ-MOI DØREX Alexis Doré

Entre poétique mélancolique, vision brute et sensible du monde contemporain, l’artiste dijonnais explore aujourd’hui de nouvelles facettes de son travail. Nous l’avons rencontré en août dernier pour réaliser un portrait sur papier glacé en édition limitée.


Alexis Doré

Vêtu de noir, tatouages imposants au bras et à la jambe, DØREX arbore une dégaine qui ne passe pas inaperçue. Sa silhouette longiligne et sa belle gueule rieuse, on la croise un peu partout… au PMU de quartier, à la Cancale son QG, à la dernière expo en vogue, à la terrasse d’un café et toujours très entouré. Pourtant, l’artiste trentenaire (né à Dijon en 1985) bien présent également sur les réseaux sociaux, semble se faire un poil plus discret ces derniers temps… Que nous réserve t-il dans les mois à venir ? Bing Bang fait tomber « le blazz » et revient sur le parcours de ce dijonnais le temps d’une rencontre artistique.
C’est aussi pour nous, il faut bien le dire, comme prendre des nouvelles d’un bon vieux poto ! Il y a un an en effet, DØREX signait les covers de votre BB chéri. Alors voilà, on en profite pour lui dire merci, et surtout lui souhaiter : « bon vent à toi l’artiste ! ».

Bio

Pur autodidacte, Alexis Doré est né en 1985 à Dijon. Il apprend au fil de ses expériences en tant que photographe pour des médias, fanzines, les techniques de la photographie au côté d’autres photographes professionnels. Très actif dans le milieu culturel dijonnais il participe à la création de la Péniche Cancale et collabore un temps à la programmation artistique du lieu. Co-fondateur du Café-Galerie Alchimia, il cesse ses activités fin 2016 pour se consacrer à l’art.


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Avec leurs tonalités froides et désaturées, les photographies de DØREX arborent une esthétique bien particulière à la beauté parfois lugubre. L’espace-temps y semble indéfini, comme suspendu entre passé et futur, coincé dans un « temps 0 » qui n’existe pas. DØREX s’intéresse avant tout aux lieux en transition, ces lieux « englués » dans leur présent et regardant vers un avenir incertain... Il investit les « espaces laissés libres » et les comblent de sa poétique singulière. Les couleurs particulières de ses photos sont dues en partie à la vision de l’artiste (daltonien), qu’il associe à un travail sur la lumière et les contrastes donnant de la force aux univers fixés sur pellicule.

Ces photographies offrent une diversité de sujets, un éclectisme foisonnant, dont le point commun se situe dans ce qu’elles révèlent de notre propre humanité. Dans la série Ego, la photographie se fait le miroir d’une quête identitaire, quand les tirages réalisés par l’artiste lors d’un voyage humanitaire au Népal, dévoilent les ruines d’un Katmandou dévasté suite à un séisme d’envergure.

Art for live…

Il est 15h. Ça sent bientôt la fin du coup de feu de midi. Derrière le comptoir, comme un poisson dans l’eau, c’est un DØREX tout sourire qui nous accueille au restaurant où il travaille actuellement, parfaitement à l’aise dans son nouveau rôle de garçon de café. À voir son enthousiasme et sa motivation, on sent bien qu’il nous prépare quelque chose… y’a comme de l’électricité dans l’air ! Il faut dire que l’artiste nous a habitué à faire parler de lui à la sortie de chacun de ses projets.

Le temps pour DØREX de passer le relais aux collègues et « l’interview retrouvailles » peut commencer par un amical
« Alors, comment ça va ? Et si tu nous parlais un peu de ta vie ces derniers temps ? »


biberon

Coco dorex


Little Boy

« Ma vie ces derniers temps… On pourrait dire qu’elle se résume à bosser environ 10h par jour ici au resto et à consacrer toute l’énergie qu’il me reste à développer de nouveaux projets artistiques. Je ne fais que ça, je ne pense qu’à ça et ne vis que pour ça... Mais sinon, à part mon état de fatigue avancé (rires)… je suis heureux de pouvoir dire, que je suis assez heureux en ce moment ! »

Childhood

Avant d’en savoir plus sur les « actus rentrée » de DØREX, revenons un instant sur son parcours. Tout d’abord, l’enfance qu’il passe ici, dans la périphérie sud de Dijon côté vignes, un enfant du cru quoi !
À l’âge de 12 ans, son jeu préféré, c’est déjà d’aller gambader avec les copains dans des lieux abandonnés ou interdits, un plaisir me direz-vous assez répandu chez les ados... Sauf que pour Alexis, très vite, il ne s’agit pas seulement de se procurer un petit shoot d’adrénaline… Pour lui, c’est une véritable révélation.
Ces lieux pas comme les autres qu’il choisit d’investir provoquent chez lui de véritables « décharges poétiques » et émotionnelles, se révélant à lui tels de somptueux « déserts chaotiques »... Des endroits « magiques », où la beauté peut frapper partout sans prévenir. Evanescente, éphémère, imprévisible et fragile… elle éclate là où précisément tout semble vain, condamné par avance. Plongés dans une apparente léthargie, le lent processus de dégradation et les stigmates laissés par le temps dans ces lieux singuliers, rappellent l’inexorabilité des choses. Une source d’inspiration et de fascination qui va opérer chez DØREX comme un déclic.
Vient ensuite l’heure des premières tentatives artistiques de manière totalement inattendue dans sa vie.
au supermarché

« Pendant longtemps, je ne me suis pas considéré comme un artiste à part entière. À la base, tout s’est déclenché presque par hasard pour moi. Un ami un jour m’a donné un appareil photo et m’a dit que je devrais prendre des clichés des Minoteries dijonnaises avant que celles-ci ne soient complètement détruites, ce que j’ai fait immédiatement le jour même. La publication sur le web des clichés réalisés a suscité pas mal de retentissements, le lieu étant emblématique. La ville de Dijon m’avait par ailleurs proposé à l’époque de réaliser l’exposition Dijon vu par, offre que j’avais décliné pour autre chose, ne comprenant pas bien ce que l’on attendait de moi.
S’en est suivi l’épisode des photos prises à l’hôpital de Saint Nazaire, avec perquisition et procédure judiciaire à la clé… Sur le moment, je n’ai vraiment pas compris l’ampleur que tout cela prenait. Tout s’est finalement pas trop mal terminé pour moi, grâce au soutien et à la mobilisation de très nombreuses personnes. Je n’ai jamais cherché à nuire à quiconque et ce fut une période émotionnellement compliquée, assez dure à vivre je dirai même… »
« Beaucoup de personnes m’ont aussi catalogué d’artiste « urbex ». Je ne me reconnais en rien dans ce courant. La destruction m’inspire bien plus que l’abandon. Je ne veux m’imposer aucune règle lors de mes explorations et surtout pas celle d’un pseudo mouvement artistique. ».

Peux-tu nous en dire un peu plus sur tes nouveaux projets ?
« Je suis dans une phase très riche artistiquement, je développe pleins d’idées nouvelles et explore de nouveaux horizons. La photographie n’a toujours été pour moi qu’un moyen, un outil, pour retranscrire un imaginaire et non une fin artistique en soi.
J’ai toujours été attiré par la mise en scène, par quelque chose qui soit plus proche de l’installation et mixe plusieurs techniques et dispositifs. Aujourd’hui, je ne fais plus que simplement y penser, j’y travaille activement…
DØREX MARKET, c’était déjà en quelque sorte une proposition d’installation, même si la photographie y avait toujours une place importante, elle s’inscrivait déjà ici dans un dispositif artistique global, et n’avait de sens et corps qu’à travers lui.

Un des prochains projets street art sur lequel je travaille en ce moment renoue clairement avec ma sensibilité punk d’origine, complètement absente de DØREX MARKET, comme une envie de retour aux sources, je ne sais pas. C’est peut-être l’époque qui veut ça aussi. L’air du temps… nauséabond, et pas qu’en France, la puanteur en ce moment elle est mondiale !
À la neurasthénie collective, je choisis l’urgence de créer ! »

■ Bambz

Lire aussi : Alexis Doré et L’enfer du décor


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