60
Magazine Dijon

Automne 2014

 N°60
 
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60 au compteur ! ■ par Thierry Binoche


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Nous y voilà ! Ah ce chiffre, j’ai l’impression qu’il va m’accompagner durant toute cette année, oui je parle encore en année scolaire, une nostalgie qui perdure. Début 2015 ? J’entrerai dans une nouvelle décennie, celle des sexagénaires (étonnant mot, non ?). Presque un miracle pour un ancien rocker.

L’occasion d’un petit flashback et de se rappeler les fameuses « sixties ». La communale, les porte-plume et les taches d’encre qui vont avec sur nos blouses grises. Hé oui, pas encore de dictat des marques : c’est blouse pour tout le monde ! Le crissement insupportable de la craie sur le tableau noir, les parties de billes ou d’osselets où j’étais assez doué, beaucoup plus que pour les études ! On rejouait sur le chemin de l’école les derniers épisodes de Thierry La Fronde, je l’aimais bien celui-là ; peut-être son prénom ou son surnom ou peut-être les deux ! On frissonnait en se racontant les aventures de Belphégor. A la sortie des classes, un détour par l’une des premières usines Coca Cola nous redonnait la pêche pour la suite de la journée, ils savaient déjà y faire pour accrocher leurs futurs clients. Dans ce 15ème arrondissement en pleine métamorphose, le monde aussi changeait. Fini le quartier populaire où les vendeurs de L’Huma Dimanche venaient vous livrer le journal dominical avec Pif en supplément ! Le Front de Seine poussait, éloignant les anciennes usines pour laisser place aux tours géantes aux loyers stratosphériques !

À la télévision, on regardait « Age Tendre et Tête de Bois » avec l’inénarrable Albert Raisner et les yéyés de l’époque, mais surtout le Discorama de la fantastique Denise Glaser, imparable intervieweuse, qui passait allègrement de la chanson rive gauche à la pop la plus débridée, au grand dam de sa direction. Et on achetait les journaux où l’on avait les paroles des chansons. On écoutait nos émissions préférées, les transistors (ancêtres des lecteurs MP3) cachés sous l’oreiller. Le twist, le rock, le jerk et la pop. Les chemises à fleurs d’Antoine, les cactus de Dutronc, la poupée qui dit non de Polnareff et Christophe qui criait déjà après Aline ! SLC salut les copains sur Europe 1 et le président Rosko « celui qu’il vous faut, celui qui marche sur l’eau » sur Radio Luxembourg. La révolution Beatles était passée par mon cinéma de quartier où je vis pour la première fois Help ! et commençais à blinder mes tympans malgré les cris des filles en folie. Beatles ou Rolling Stones ? Peu importe, chaque semaine nous offrait un groupe, une chanson, qui resteraient gravés dans la mémoire collective.

L’invasion Britannique ! Superbe, tout simplement superbe ! On commençait à se prendre pour nos idoles et on inventait « l’air guitare » avant l’heure. Pour les concerts, hormis les podiums des radios qui venaient s’installer sur les plages de nos vacances, l’offre était assez pauvre, j’étais encore un peu jeune pour traîner dans les clubs où se passait la vraie révolution musicale... qui allait en entraîner une autre. Mais la valeur n’attend pas le nombre des années et dès 67 (sûrement la plus belle année de cette décennie), grâce à un Grand qui devait avoir plus de 16 ans, l’expérience du premier festival. A l’affiche de cette Fête du Muguet (vieille tradition qui s’est légèrement étiolée, à Chaville) : les Yardbirds avec un certain Jimmy Page ; Nino Ferrer & Eddy Mitchell dans leur période rythm’n blues ; Los Bravos (Black is black) et Percy Sledge et son slow qui tue (When a man loves a woman). C’est peut-être ainsi que naît une vocation et qu’on grandit.

Arrive Mai 68. La fabuleuse émission Campus de Michel Lancelot sur Europe 1 donne à entendre la bande-son de cet événement un peu lointain pour le pré-ado envoyé en pension dans la lointaine banlieue parisienne. Dans le chaos ambiant, c’est une sorte de grande surprise-partie qui se déroule au foyer du lycée de Poissy où j’essaie d’améliorer mes résultats scolaires avec une certaine réussite, mais tout ça ne durera pas. Au cours de quelques escapades à Paris, avec un détour par la Sorbonne devenue un lieu quasi-touristique, dans un quartier latin en pleine effervescence, on se dit qu’on devrait faire notre propre journal. Avec un camarade de lycée, combien de stencils avons-nous usés avant d’arriver à faire paraître nos premières feuilles ronéotypées et distribuées avec culot aux élèves de notre classe avec le fruit de nos délires d’adolescents ! Une décennie flamboyante se terminait dans un tourbillon qui allait changer le monde, croyait-on. Les années 70 auraient une toute autre saveur, mais ça, c’est déjà une autre histoire ! Pour l’instant, je vais prendre ce virage à 60 et essayer de garder le cap.


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