72
Magazine Dijon

Automne 2017

 N°72
 
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10

Vous avez dit raciste ?

3e prix : Les Peaux rouges, d’Emmanuel Brault

« Je m’appelle Amédée Gourd, et je suis raciste. Aujourd’hui je ne peux pas le dire, alors je l’écris. Un jour, on n’aura plus le droit de l’écrire non plus. Alors là on sera bien ». Nous sommes à la page 11 du roman d’Emmanuel Brault, « Les Peaux rouges », et l’on se dit que ça commence fort, très fort, même. Il est rare en effet qu’un roman ose faire d’un raciste avéré le « héros » d’une fable contemporaine. C’est en effet, à ma connaissance, le seul livre qui ose aborder le racisme par ce biais. Rassurez-vous néanmoins, le « coupable » sera dûment puni. Mais quelle est sa faute, au fait ?


Un jour, le dit Amédée bouscule (par inadvertance ?) et insulte une Peau rouge enceinte qui promène sa progéniture dans les rues de la ville. Elle l’insulte, il en fait de même. Une Peau rouge, dites-vous ? Sachez qu’on appelle ainsi les membres d’un peuple de migrants qui ont envahi le territoire incertain et imaginaire où habite notre anti-héros. Migrants à qui Amédée Gourd – un patronyme bien choisi - voue une haine farouche. L’insulte raciste étant le pire des crimes au temps où l’action se déroule, la société entreprend de le rééduquer. Avec des méthodes qui ressemblent à un lavage de cerveau, et nous valent des pages presque malgré elles hilarantes. Bien entendu, cette entreprise de réinsertion ne marchera pas, ne faisant que souligner l’hypocrisie du système. Ce roman constitue un véritable piège : oserons-nous nous faire l’avocat de la défense, ou pas ? Et si oui, quels arguments allons-nous employer ? Emmanuel Brault a choisi de donner la parole au condamné, qui s’exprime dans une langue parlée vivante et directe, celle d’un quasi illettré asocial, qui ne peut espérer de salut que dans la haine, vivant seul avec sa « mémé ». Un déclassé. Un paumé. Mais l’échec affectif et social est-il seul responsable du racisme ? Pas sûr… « Les Peaux rouges » est un roman férocement drôle, qui engendre un rire jaune, tout en nous faisant réfléchir. Bravo !

Livre : Les Peaux rouges,

d’Emmanuel Brault,
Grasset, 198 pages, 17,50 €.


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